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sation. « Les Parisiens, amoureux d'un parler doux et mignard disent presque tous (en 1688) aneau pour agneau. » (N" obs. pag. 74.) J'ai cité plus haut maline et assinée de La Fontaine, et je lis la phrase suivante dans une lettre du P. Rapin à M" de Sablé : « La rayne et madame de Toscane vont à S'-Clou, dont la beauté naturelle sera réausé de toute les musique possible et d'un repas manifique. » Le P. Rapin n'est pas le premier venu et cet exemple démontre que la prononciation de-gn en n, du moins dans certains mots d'où elle a disparu aujourd'hui, est encore vivace dans la conversation et dans le style familier.

Au XVIII° siècle le son du g s'accentue excepté dans signe et ses composés. Néanmoins « bien des gens à Paris et en province prononcent aneau en fait de table et de cuisine, mais on dit agneau avec gn mouillé en fait de bercail et de bergerie. » (Bibl. des enf. 1733, p.201.) Restaut est à ma connoissance le dernier grammairien qui ait signalé cet usage : « Le g, dit-il, ne sonne pas dans assigner, résigner, signe, signet, signifier, soussigner et semblables. » (Traité de l'orthogr. franç. p. XXV. — 1764.)

Aujourd'hui il ne reste plus de cette prononciation que sinet pour signet.

De la sifflarnte X.

RÈGLE I. — X sonne non ixe, mais isque dans le dialecte blaisois. Le paysan transporte naturellement cette prononciation vicieuse dans quelques mots, généralement dissyllabiques, terminés en xe. Ainsi tandis qu'il donne à l'x son vrai son dans exemple, exécuter, exercice, pron. : euxampe, axéqueuté, axarcice, il dit fisque, leusque, sesque au lieu de fixe, luxe, sexe.

Je ne me rappelle pas avoir surpris de traces de cette prononciation au moyen-âge (o), mais un grammairien du XVIII° siècle

(1) V. Brachet, Dict. Etym. aux mots Tâche et Lâche .

la condamne en ces termes : « A Paris bien des maîtres appelant isque la lettre x, on trouve des gens qui disent et qui lisent ensuite asque, tasque, fisque, etc., au lieu d'acse, tacse, ficse, etc., pour les mots écrits axe, taxe, fixe, etc. Ce défaut, assez général dans de petites écoles de Paris, et même dans de bons colléges, montre de quelle importance il est de bien faire nommer la lettre, non seulement la lettre x, mais toutes les lettres de l'A B C. » (Bibl. des Enf. 1733, p. 205.)

RÈGLE II. — X précédé d'une et suivi d'une consonne se transforme en s; Ex. : eskeuzé, escomeunié, espouser pour excuser, excomunier, exposer.

Ses pechiez ne sera jamès espurgiez par sacrefices. (M. s. J.) Comme rebelles et escommeniez. (Lett. de Rois, etc. Alix de Bretagne, 5 févr. 1275.) Je cuit bien que s'escusera. (R. du Ren. vs. 9897.) Je feray le mieulx que je pourray pour l'espurger. (Palsgr. p. 729.)

Cette prononciation est conforme à la règle de Palsgrave qui dit que les Français ne prononcent jamais trois consonnes de suite, excepté dans strideur et splendeur. De même en effet que dans obscur, s'abstenir et autres mots semblables nos paysans suppriment le b, de même et logiquement dans les mots commençant par exp, exc, etc. (ecsp, exsc) ils suppriment le son du c ou du g, renfermé dans l'x.

CINQUIÈME PARTIE.

CHAPITRE I.
De l'article .

RÈGLE I. — L'e de l'article masculin ne se prononce jamais, même quand le substantif suivant commence par une consonne ; Ex. : Ya l'feu à Conkeuriée (o). Rends lli (o) l'liveurr" qu'y t'a peurté (o). REMARQUE. — Quand le est précédé d'un mot, terminé par un e muet, la métathèse de l'e se produit et l'article se prononce eul ; Ex. : - L'viau, la vache, eul boeu, tout ha breulé (o). Faut lli (*) prende eul chian (o).

RÈGLE II. — L'article la s'emploie souvent, comme en italien, pour désigner la femme, devant le nom de famille du mari: Ex. : La Roussiau, la Roussiaute (la femme de Rousseau); la Barbançon, la Barbançonne ou la Brebançon, la Brebançonne (la femme de Brabançon).

(1) Il y a le feu à Concriers,
(2) Rends lui le livre qu'il t'a prêté.
(3) Le veau, la vache, le bœuf, tout a brûlé.
(4) Ces deux ll sonnent mouillés comme l'italien gli.
(5) Il faut lui prendre le chien.

« Les hommes et les femmes qu'on ne peut qualifier de moindre titre, comme les paysans et les paysannes, ne se peuvent appeler que par leur surnom, ajoutant aux femmes seulement l'article la; Bothereau, la Botherelle; Roberdeau, la Roberdelle. » (Les plus belles lettres des meill. aut. franç., par P. Richelet, augmentées de tous les titres dont on qualifie toutes sortes de personnes par le sieur de Milleran, Paris, 1696.)

« Il se trouve souvent chez la Aubry. (o) (Recueil, tom. IV. K, p. 95.)

Par quoy fort elle asseure
A la Faifeue et bien fort la requiert.
(Ch. Bourd. p.32.)

Je serais assez porté à croire que ce la fût non pas l'article comme en italien, mais l'ancien pronom possessif le, la, les, employé pour celui de, celle de, ceux de. (Voir Burguy, Gr. de la lang. d'oil, p. 57, IV.)

RÈGLE III. — L'article pluriel se met souvent devant les noms propres de famille pour désigner la famille tout entière; Ex. :

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Cet usage, très commun dans certaines provinces, a souvent été signalé par les romanciers modernes. V. Champfleury, les Bourg. de Molinchart, passim. Cf. Furii et Valerii.

CHAPITRE II.

D e s sub starntifs.

Les substantifs, usités aujourd'hui dans le dialecte blaisois, peuvent se diviser en trois classes.

(6) Prononcez en dial. bl. la Oubry. Remarquez l'aspir. de l'o; Cf. ouate, p. 197 et 198. (1) Les Bergeron dinent ce soir chez les Dutertre.

1° Ceux qui, encore usités dans le français actuel, ont conservé dans la bouche de nos paysans l'ancienne prononciation.

2° Ceux qui ont conservé leur ancienne forme dans le dialecte blaisois et l'ont perdue dans le langage actuel.

3° Ceux qui sont formés par le paysan lui-même, et ne se retrouvent pas dans l'ancienne langue.

I" CLASSE. — sUBSTANTIFS QUI NE DIFFÈRENT DU FRANÇAIS
QUE PAR LA PRONONCIATION.

La différence de prononciation provient :
1° De la transformation d'une voyelle en une autre,

2° - d'une voyelle en diphthongue, 3° - d'une diphthongue en voyelle, 4° - d'une diphthongue en une autre, 5° - d'une triphthongue en une autre, 6° - d'un son mouillé en son simple, 7° - d'une liquide en voyelle, 8° - d'une liquide en une autre, 9° - d'une liquide en consonne, 10° - d'une consonne en une autre, 11° - d'une voyelle en consonne.

I° TRANSFoRMATIoN D'UNE voYELLE EN UNE AUTRE.

A se transforme en e (ou ai); Ex. : glener, armena, etc.

Icelle Mabille avait emblé et fait ses glennes en temps d'août. (Gl. de

Carpent. art. Glana.)
Chaircuictier, Thermopola.
(Féd. Morel.)
Hercules en sa fureur esracha ou arracha les arbres.

(Palsgr. p. 670.) 2° E se transforme en a : Farme, lantarne, acouter, astimer, etc.

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