Images de page
PDF
ePub

CHAPITRE III.

De la prononciation de la voyelle I.

RÈGLE I. — I se prononce généralement e, é, ai, ei, au commencement et au milieu des mots; Ex. : Imagination, bénédiction, vigueur, minuit, milieu, sillon, etc., prononcez : Emagénation, bénédection, végueur, ménuit, méyeu, seillon, etc. Cette règle ne s'applique qu'à l'i suivi d'une consonne, jamais à l'i suivi d'une voyelle.

Et tost de votre enfermeté guarirez. (Rois, p. 20.)
Regars atraians, vairs, humelians.
(Ad. de la Halle, Buchon, p. 29.)
Tays-toi, sacrefie à nos Diex.
(Un miracle de S" Ignace, Buchon, p. 269.)
souffrerez-vous grief martire. (Id. id. p. 281 )
Par la mort que tu souffreras
Couronne de vie acquerras.
(Un miracle de So Valentin, Buchon, p. 324.)
Souvent voi des plus ediotes (Li Jus Adan, id. p. 66 ,
La sousquanie qui fut blanche
Senefioit que douce et franche
Estoit celle qui la vestoit.
(Rom. de la Ros. cité dans Buchon, p. 103.)
Mais faus est qui se glorefie. (Rom. de Rou.)
Onquez mais rois, contes, ne dus
N'oïrent de meillor estoire. (")
(Bat. de Caresme et de Charnage. Roquef. à estoire.)

(1) Instrument, intention, perdent la nasale et deviennent estrument, étention. Cf. Rois, p. 33.

Et n'y avez trouvé descorde. (Mist. du S. d'Orl., p.244.)

Tous les sains et la létanie

Huy maugrez en puissent avoir. (Eust. Desch. p. 179.)

Letany prayer, letanies. (Palsgr. p. 238.)

Voilà l'avan-propos qui me sovera devant vous du redicule.
(Lett. du P. Rapin.)

C'est ainsi qu'en français
medicin est devenu médecin

et primier premier
et nigromantien nécromantien
et moriginer morigéner
et chyminée cheminée
et irésie · hérésie, etc.

Ex. : Les médicins disent, quand on esterne, c'est bon signe, mais malvaise cause. (Palsgr, p. 644.) Por ce dame vos loe a escuser Que cil ne soient atains de l'irésie. (Quesnes de Béthune dans Ch. hist. p. 38.)

REMARQUE I. — Dans les terminaisons en ine, igne, l'i sonne toujours ei. Ex. : j'examine, poitrine, vigne, etc. pron. ; : j'eugzamcine, potreine, veigne.

En ceste croix est le seigne
De la chambre aus deniers la Roinne. (J. Rouyer, p. 31.)
Cette coupe est toute pleine ;
J'en vay laver mes poulmons ;
C'est le chaud et la saleine,
Ce n'est pas nous qui buvons. (Oliv. Bass. p. 94.)
Prendray-je ceste médecine?
Ouy, ouy, ne prenons point la peine, etc.
(Jean le Houx, p. 157.)
Et si tu n'as du fonds, pour le moins que par mines
Et non par bien aymer, ta maistresse tu meines.
(Est. Pasq., les Jeux Poétiq. Liberté.)

Voir aussi le sonnet de Nic. Ellain, commençant par : Or, viens un peu, je te prie, Lucine, et l'Euvangile des femmes, verset 2. Cf. avec le vieux latin, conservé sans doute dans le langage populaire : preimus, poplei, et avec les noms primitivement en en, cinis, plus tard en, inis, comme gramen, fulmen, etc. REMARQUE II. — Dans les terminaisons en iture, l'e qui remplace l'i, ou sonne légèrement, ou même est complètement muet ; Ex. : Confiture, nourriture, friture, etc., prononcez : conféteure, (ou counféteure), norréteure, (ou nourréteure), fréteure, ou avec la suppression complète du son e : couns"teure, norr'teure, seurteure (pour ferteure, lequel est pour freteure, avec transposition de l'r.) Gaainz, labors et norreture. (Chr. des d. de Norm. v. 26692.) Ja mes n'y aura advantage, Tant ait esté de hault parage, Qui ne devienne pourreture. (Rom. d'Alexandre, cité par Fauchet, p. 45, Orig. des Dign.) Que (car) tu venras en pourreture ; Pense c'as (qu'aux) vers es norreture. (Le Despisement du Corps. Roquef. à Lai.)

RÈGLE II. L'i est remplacé par u dans les participes des verbes bouillir, sentir, repentir, faillir (dans le sens de manquer de,) et quelquefois cueillir, suivre, et leurs composés. Cette prononciation n'est autre chose qu'un débris des anciennes formes que ces verbes ont revêtues au moyen-âge. Ainsi pour suivre, je rencontre les infinitifs suyvre, suyvir, d'où les participes suivi et suivu. ( ) (1) Suyvir. La fureur que suivir déjà je commençois. (Nic. Ellain, p. 46.) Les vierges de sa cour la suyviront de près. (Ph. Desp. Ps. XLIV.) Si on avait seu'ment pu lée suivir.

(Pothier, garçon du bassin de natation à Sainte-Colombe, près La Flèche, 27 juillet 1868.)

1° BOuillir :

En or bouillant bouillu seras. (Myst. inéd. I. p. 94.)
Paradis painct, ou sont harpes et luz,
Et ung enfer ou damnez sont boulus. (Fr. Villon, p. 106.)
Bouilli ou boulu, caro lixa. (Féd. Morel.)

[ocr errors]

Et pour ce faillu lendemain
Que la place au prince rendissent. (Eust. Desch. p. 246.)

Je cite cet exemple-ci, bien que faillut y soit pour fallut et non pour faillit, parce que la forme faillu de faillir me paraît provenir d'une confusion entre les deux verbes, dont les Blaisois ont mêlé la forme mouillée de l'un avec la terminaison en u de l'autre. 3° Repentir :

Je me repens, je me suis repentu. (Palsgr. p. 686.) 4° Sentir :

Il m'a arraché une dent, et je n'ay point sentu de peine.
(Palsgr. p. 670.)

C'est une faute de dire sentu pour senti.
(H. Est. dans Livet, p. 436.)

Sentu se trouve encore dans le Dict. de rimes de Richelet, de 1781. ( )

Tu luy diras que je luy mande

Qu'en elle sera ma vertu

Et que je me suis consentu
Recouvrer le royaume de France. (M. du S. d'Orl., v. 7200.)
Toujours j'ay suyveu ceste guerre.
(M. du S. d'Orl. vs., 17526.)
Les Anglois l'ont tant poursuiveue. (Id. 11025.)

5° Suivre :

(1) V. affaire Varenne St Hilaire, Gaz.des Trib. aud. du 16 juillet 1868 : Mes mains ont sentu mauvais. (Déposition de P. Mercier.)

l sonne également u ou eu dans qq. subst. comme linot, crible, limas, pron. : lunot-leunot, crube-creube, lumas-leumas. Ces mots sont probablement arrivés à la forme blaisoise en passant par e, eu, u : cribrum, creble, creuble, cruble.

Limax, lemas, leumas, lumas. Cf. avec fimarium, femier, feumier, fumier; Limus, (lens), (leuns), luns.

CHAPITRE IV.

De la prononciation de la voyelle O.

RÈGLE I. — La voyelle o dans le dialecte blaisois se prononce généralement ou; Ex. : homme, bonne, côté, fossé, rosée, gosier, etc.; prononcez : houme, boune, côuté, soussé, rousée, gousier, etc.

Cette prononciation de l'o est aussi vieille que la langue française. Chez certains peuples voisins du Latium et dans le langage des paysans romains l'o sonnoit u-ou, surtout quand il était suivi d'un m ou d'un n. De même chez nos ancêtres l'u et l'o servirent à marquer le son ou; Ex. :

Respundirent ces de Jabes : Dune nus respit set jurs; manderum nostre estre a tuz ces de Israel. Si poum avoir rescusse, nus l'atenderum : si nun, nus nus rendrum. (Liv. des Rois, cité par Génin, Variat, p. 167.)

« PrécédentContinuer »