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l's d'honneste ( ) ; mais ce n'était déjà plus la vieille langue. Je pense que l's était également muet dans les terminaisons en iste, oste, uste. (Cf. Berte aus gr. p. éd. P. Paris, p. 125.) Vous criez tous haraut contre les Jésuites ; Il les faut reléguer au-delà du Japon. Si nous en avions dit autant des Calvinistes, Nous serions aussi noirs que des sacs de charbon. (Extr. de la Rev. hist. litt. et archéol. de l'Anjou, Juill. 1868.) On a dit au XVIII° siècle registre et regitre. Quelques-uns se servent encore de cette dernière prononciation, bien que registre semble l'emporter aujourd'hui.

DEUXIÈME CLASSE. — ANCIENS SUBSTANTIFS QUI DIFFÈRENT DU FRANÇAIS ACTUEL PAR LA FORME.

S I. Le paysan blaisois a conservé un certain nombre de substantifs usités au moyen-âge, et même, quelques-uns du moins, au siècle de Louis XIV, et que l'Académie a depuis repoussés de son dictionnaire. 1° Aria ou haria, subst. du verbe arier ou harier. (L'h n'est plus aspiré aujourd'hui.) Wordes in the frenche tong as having h written at theyr begynnynge gyve hym his aspiracion : Harias.... etc. (Palsgr. p. 18. V. Roquefort et Burguy, gloss. Etym. au mot harier.) 2° ARISMÉTIQUE. — Quand il trait6it d'arismétique. (R. de la Rose, vs. 7055.) Cf. Eust. Desch. p. 262. 3° BIAUDE. — Corruption de l'ancienne forme bliaut, blouse. Pour le changement de t en d, voir Brachet, Dict. Etym. à aider.

(1) Tom. I. livr. VIII. col. 756. B. D'après tous les poètes du XVIe siècle, la termin. este semble avoir toujours sonné éte, ou ette.

Pour le changement de l en t, voir H. Est. De la Précell. p. 292. Cette transformation d'l en i, ordinaire en italien, est fréquente surtout dans l'Anjou et le Maine.

Ex. :

Faut gli mette eune empiâte. (Jeanne Pothier, domestique à La Flèche.)

I pieuvai à varse. (Père Gaudin, casseux de boâs, ibid.)

4" BoURRIER. —

« Je ne suis plus qu'un bourrier de la rue. » (Balzac, le Curé de Tours, Sc. de la vie de Prov.)

« Ce mot tourangeau, ajoute le romancier, n'a pas d'autre équivalent que le mot brin de paille, mais il y a de jolis petits brins de paille, jaunes, polis, rayonnants, qui font le bonheur des enfants ; tandis que le bourrier est le brin de paille décoloré, boueux, roulé

dans les ruisseaux, chassé par la tempête, tordu par les pieds du passant. »

Pareils à ces bourriers qui bavolent en l'aire.
(Ph. Desportes, ps. I.)

5° CERNE. —

De pleurs emplit le cerne de ses yeux.
(Des Mas. Enéid. p. 161.)
Et en un cerne ils se tournent et rouent.
(Id. id. p. 29.)
Quand Phébus a son cerne fait en terre,
Sa seur se montre avec son chef pointu.
(L. Labé, sonnet XVI.)

Je fis à l'entour uu assez grand cerne. (L'Astrée, liv. II. p. 270. Cf. Racan, Berg. p. 49, et Cyr. de Berg. pour les sorc. p. 81.)

De là est venu le verbe cerner, très-usité dans l'expression çar

ner des noix, d'où cerneaux-çarnaux. On dit aussi çourner des noix.

6° CAsTRoLE. —

Saumon, brochet, turbot, alose, truite et sole,
Soit frits, au courbouillon, en ragoût, en castrole.
(Quinault, l'Amant indiscret, I, 3.)

7° CoURROUIL. — Pron. courrou. On le rencontre aussi sous les formes coureil, courail, couroil, comme soleil, solail, soloil. D'où crouillet (courrouillet), crouiller (courrouiller.)

En poussant le crouillet de sa corne ouvre l'huis.
(Ronsard, ap. Jaubert à crouillet.) (!)

8° PEAUTRE. — En dial. blaisois, piaute.

' Tournant la peautre au coté du rivage.
(Des Mas. Enéid. VI. pag. 506.)

9° RIBOUILLÉ ou RIBoUILLA (faire.) —

Mais la cour au latin a toujours fait la moue ;
Elle fait ribouillés aux hommes studieux.
(Du Lorens, sat. XX.)

Faire ribouillê, c'est se moquer de quelqu'un en lui répétant : Ribouillê, ribouillê et en accompagnant ce mot d'un geste qui consiste à tourner l'index de la main droite dans la paume de la main gauche où l'on a fait préalablement semblant de cracher. 10° RU.

J'en fus battu, comme à ru telles. (Fr. Villon, double ballade, str. V.) Un seigneur du Ru était en 1524 grand-maître de l'empereur CharlesQuint. (Laurentie, Ho° de Fr. tom IV.)

11° SUBLET, sUBLIAU, sUBELIAU.

Tout doucement faict chanter son sublet.
(Cl. Marot, II, 81.)

(1) Cf. Cl. Marot, ps. CVII. M. : D'avoir jusqu'aux courreaux Brisé d'airain les portes.

Sublet est dérivé du verbe sibilare, siffler, en dial. blaisois subler. (o)

Je pourrais citer beaucoup d'autres substantifs aujourd'hui disparus du français, (seu, mitan, besson, etc.) mais il faut savoir se borner.

$ II. Outre les noms que je viens de citer, il en est d'autres qui sont évidemment un legs de la langue primitive, mais dont je ne pense pas qu'on retrouve la trace dans les auteurs. J'en citerai seulement deux comme exemples : , 1° CARNE AQUoIRE. — C'est un monstre aquatique dont on fait peur aux enfants, pour les empêcher d'aller au bord de l'eau.

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L'étymologie est évidemment : Carnem aquariam.

2° CLoCU. — C'est le dernier enfant de la famille, qui claudit culum. Il est extraordinaire que dans aucun des fabliaux que j'ai lus, je n'aie rencontré ce mot grivois, qui sent son terroir gaulois d'une lieue. (o)

3° CABRESELLE (faire la), pron. cdberselle.

Signifie faire la cabriole ; vient du latin capri saltus.

$ III. Il est à remarquer que les langues du 3" degré, comme le grec moderne, fils du grec ancien, lequel est issu de l'arien, comme les langues néo-latines, formées du latin, issu lui-même également de l'arien, ont une tendance à passer d'une forme simple à une forme allongée, du substantif positif au substantif diminutif en conservant à ce dernier la signification du positif. Ainsi, zi#, ziyâç, öptç, öpeo; en passant par les intermédiaires &rsiôvov, ôçíôtow sont devenus en grec moderne 7à Yô, tò q#ôt; ainsi castrum, rana,

(1) Cf. Le Péd. joué, II, 3, p.49.

(2) Je le rencontre au dernier moment dans Cyrano de Berg. le Péd. joué, II, 3, p. 49. - Ajoutez caligálos, caripéte dans les phrases faire la caripéte, porter à caligdlos, expressions auxquelles je soupçonne une origine grecque.

aetas, fons, mons en passant par castellum, ranuncula, œtatiçum, sontana, montana, sont devenus en roman chastel, grenoille, cage, fontaine, montaigne. De même un certain nombre de mots, usités sous la forme simple en roman, ont pris de bonne heure et conservé dans le même sens la forme diminutive. Voir dans les pages précédentes le simple ru qui a depuis cédé le pas à ruisseau ; citons encore gars-gâs devenu garçon ; bers, berceau ; corb, 'corbeau; su (seue), sureau; fuerre (feurre), fourreau (La Desputoison du Vin et de l'Iaue); chape, chapeau ; heuse, houseaux ; sente, sentier, etc. D'autrefois, le roman allongeait les mots simples à l'aide des terminaisons en ment, ier, eur, aison, ance qu'il avait à son service et dont il fit le même usage que la basse latinité des terminaisons en aticus, a, um; anus, a, um, etc. C'est ainsi qu'avec les formes primitives oubli, despute, bal, soulas, etc., il créa les mots oubliance, desputoison, balerie, soulagement, parmi lesquels ce dernier seul nous est resté. — Le dialecte blaisois a conservé quelques-unes des formes simples et primitives, et entr'autres ru, gds, bers, seue, sente, etc.

3° CLAssE. — sUBSTANTIFs FoRMÉS PAR LE PAYSAN LUI-MÊME.

$ I. La langue est fixée pour les gens lettrés ; elle ne l'est pas pour le paysan. Aussi, toutes les fois que son idiome traditionnel ne rend pas bien sa pensée, ne se gêne-t-il pas pour créer de nouvelles expressions. « V'là in biau s'mé, » s'écriera-t-il en présence d'un beau champ bien ensemencé ; « Queu boustifailleux ! queu bouffe-la-balle ! » en voyant manger un glouton; est-il témoin d'une dispute où des paroles on en vient aux coups de poing « Bon ! côre eune batteriel » dira-t-il.

Ces trois exemples indiquent les trois manières différentes dont procède le paysan pour former ses substantifs. Tantôt en effet, il prend un participe comme semé, planté et par l'adjonction de l'article ou d'un déterminatif, il en fait un nom, un semé, quel planté,

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