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Cf. avec le latin cultum, inceptum, satum, etc. « Mangez-en, c'est de

mon cueilli. (M" Perrinelle, propr" à La Flèche, en m'offrant du melon dans un dîner.)

Tantôt à l'aide d'une racine préexistante dans la langue, il forme un substantif en y adaptant une des terminaisons ance, eux, éezon, rie, etc.; Ex. : Batterie, mouézon, cuveur, larmouéyance; il est souvent très difficile de se reconnaître parmi les substantifs ainsi formés; j'ai longtemps cru que corporance, mot très usité, devait son origine à une création populaire relativement récente, quand j'ai découvert ce mot dans le Trésor de Nicot : Le corsage ou corporance : Habitus, corporatura, corporatio (à CoRPs.) Tantôt enfin le substantif est composé, comme bouffe la balle, avale-dru, courla-posse, va l'pâ, etc. On le voit, le mot principal est un verbe dans toutes ces expressions, comme dans le ronge-maille et le trotte-menu de La Fontaine.

Je signalerai un quatrième mode de formation des substantifs, lequel M. Egger a déjà signalé en français. ( ) Je veux parler des substantifs formés des verbes, non par allongement, non par addition d'une terminaison substantive au radical verbal, mais par retranchement au contraire de la terminaison infinitive, et si je puis m'exprimer ainsi, par rétroaction. En français par exemple, étant donné le verbe avancer, avancement en est formé par allongement, avance par diminution. Il en est de même en blaisois, et c'est par une méthode semblable que des verbes devancer, cancher, emmancher, etc., le paysan a créé les substantifs devance. décanche, emmanche, etc. Prendre la devance est la même chose qu'en français prendre les devants, avec cette différence que les devants ne s'emploie que dans cette locution, tandis que la devance peut en former d'autres. S'encancher est proprement se prendre les doigts en fermant une porte; se décancher, c'est se tirer de cette situation douloureuse. Une décanche se dira figuré

(1) Mémoires de l'Académie des Inscript. (XXIV, 2.)

ment d'une échappatoire, d'un moyen plus ou moins adroit de s'excuser, de sortir d'embarras, même d'un mensonge fait pour se justifier. Quant à emmanche, il signifie généralement une mécanique, un instrument, une invention quelconque : » En v'là eune droûle d'emmanche l » et s'emploie aussi métaphoriquement en parlant d'un argument captieux.

DU GENRE DES SUBSTANTIFS.

Dans la vieille langue un grand nombre de substantifs n'avaient pas le même genre qu'aujourd'hui. Voici ceux que l'on employait au XVI° siècle à un genre différent :

Affaire abîme
Alarmes dge
Ardeur doute
Etude espace
Erreur evangile
Horreur navire
Humeur poison
Image pleurs
Ombre p'etS
ongle.

J'en passe un grand nombre comme cimeterre, anagramme, apostème, épitaphe, qui, sous cette forme, sont entièrement inconnus de nos paysans. Outre ceux que je viens de signaler et dont je pourrais citer des exemples, il en est d'autres que je n'ai pas rencontrés pour la plupart dans les auteurs, mais qui sont indiqués par les grammairiens, comme pouvant être des deux genres, ce SOnt :

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Arbitre guide
Acte homicide
Concierge horloge
Camerade idole
Crespe mensonge
Carosse offre
Diocèse (p?/?:7'0
Divorce ordre
Desbauche populace
Emplastre reproche,

et quelques autres inusités ou peu usités dans le dialecte blaisois.

De tous les substantifs supra-cités il en est sept ou huit : Age, évangile, espace, exemple, poison, ongle, ouvrage, orage, qui sont constamment du féminin en blaisois. Image est souvent masculin. ( ) Les suivants : Image, rets, pleurs, couple, doute, sont usités tantôt à un genre, tantôt à l'autre. Je ne connais point d'exemple dans l'ancienne langue du genre féminin attribué aux substantifs argent, autel, chaud, éclair (), froid, hôtel; ils n'en ont jamais d'autre dans la bouche de nos paysans.

1° AGE.

Ronsard, Marot, du Bellay, le cardinal du Perron, Malherbe, Bertaud ont employé ce mot au féminin :

Quand sur l'âge première elle se voit aimée..
(Ronsard, hymmes, II, 5.)

Que d'hommes fortunez en leur âge première

Trompés de l'inconstance à nos ans coutumière, etc.
(Malherbe, les larm. de S Pierre.)

Ménage fut le dernier à donner à ce mot le genre commun,

(l) L'une elle enfloit de monstrueux images. (Franciad. II.)

(2) J'en découvre un dans le Soleil mystique de la sainteté par Nic. Dupont, 1629, p. 127 : « Il fait esclater sa gloire comme une esclair. »

comme on disait alors, mais on peut dire qu'à partir de 1630, il ne fut plus employé au féminin que dans la conversation. « La pluspart des femmes (et en fait de langue — voyez-vous la malice ! — ce n'est pas un petit parti) font communément ce mot du féminin. Ne disent-elles pas par exemple : Voilà une belle aage ; la première aage ; elle est dans une aage fort avancée ? Et apparemment que le gouverneur de la citadelle de Cambray, véritable Castillan, avait appris à parler françois auprès des dames, car le roy luy ayant dit quelques paroles obligeantes sur ses blessures, lorsqu'il sortoit de cette citadelle, il répondit : Ha ! sacrée majesté, qu'une rencontre comme celle-cy m'auroit fait faire de folies dans une aage moins avancée ! etc. » (N" obs. p. 7.)

2° EVANGILE.

Souvent orthographié Euvangile, esvangile, évangire, ce mot est presque toujours féminin jusqu'à la 1" moitié du XVII° siècle.

Je jure sur les saintes esvangiles.... (Ordonn. de Phil. le Bel, 1360.)

Voir aussi Cérimonies des gages de bataille, pag. 25 et 29, et Chroniq. des ducs de Norm. I, p. 539, l'evangire, et les 7 Dam. de Rh. euvangile.

Prescher la sainte évangile. (Jeh. Bouch. fol. VI, verso.)
L'évangile au chrétien ne dit en aucun lieu :
Sois dévot : elle dit : Sois doux, simple, équitable.
(Boileau, Sat. XI, 112.)

3" ESPACE. —

Terre en trembla longue espace. (Marot, ps. LXXVIII, B.) Ce fleuve fait de si grandes espaces ou de si grandes estendues d'eau. (Relation, etc., p. 53.)

Espace était aussi employé très souvent masculin. Voir Ronsard, Franc. II.

4° EXEMPLE. —

Malvaise essample n'en serat ja de mei.
(Roland, Müll. vs. 1016.)

5° PoIsON.

J'ai toujours vu ce mot féminin dans les vieux auteurs. La première fois que je l'ai rencontré au masc. dans un écrit officiel, c'est dans une ordonnance de Ch. IX, de 1569.

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Sur une ongle agusée
Mon torment se façonna.
(Joach. du B. De sa peine et des beautez de sa dame.)
Se rencontrant sous la main de l'oiseau
Elle sent son ongle maline.
(La Font", vs. 15.)

7° OUVRAGE, oRAGE. —

« La pluspart des femmes donnent le genre féminin à ouvrage, orage, gages, étage, et à quelques autres encore, par une affectation particulière qu'elles ont pour leur genre. Oserions-nous les condamner, quand M. Vaugelas n'a osé le faire, et leur a permis de donner le féminin à leurs ouvrages? » (N" obs. pag. 6.)

Est-il vrai que les femmes aient une affectation particulière pour leur genre? Est-il vrai, comme le prétend le même auteur,

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