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Puisqu'il n'a sens ne qu'une aulmoyre. (Villon, Pet'. Testam. XV.) Tantost a trovée une aumoire. (Rom. du Ren. vs. 3260.) Ormaire ou armaire. (Trés. de Nicot.) Ormoire et armoire. (Dict. de Cotgr.)

Cf. Danjon et donjon ; dam et dom ; pramesse et promesse , phantasme et fantome.

« On a changé l'a en o dans ormoire qui a été dit pour armoire. » (Ménage. à abri.)

REMARQUE I. — A fortiori, l'a se prononce très long, très ouvert et d'un son très voisin de l'ô dans les mots où il est circonflexe ; Ex. : grâce, pâte, bât, etc., pron : graduce, paâute, badut, etc.

REMARQUE 2. — Contrairement à la règle, a se prononce très long dans certains mots où il est bref en français ; Ex. : atelier, effacer, tracer, espace, patience, etc., pron. : âtelier, effâcer, espâce, pâtience, etc., et de même dans tous les composés de patir, contrairement à la quantité latine du radical pat. Ajoutez-y soldât ; dans ce dernier cas surtout, le paysan Blaisois reste fidèle à la prononciation des XV° et XVI° siècles.

Pensez que un prince d'estat
Ne fera pas telle vilanie
D'aller luicter contre un soudart.
(Mist. du sièg. d'Orl. vs. 7730.)
Lyon, prochain du Savoyart,
A bien montré qu'il est soldat.
(Ch. hist. tom. 11. p. 545.)

Prononcez Savoyât, soldât. (") REMARQUE 3. - A se prononce un peu ouvert dans les terminaisons en age, excepté dans voyage, où il sonne très long, comme

(l) Voir le chapitre intitulé : De la prononciation de l'r. La prononciation conforme à l'écriture soldart s'est conservée en Anjou. Cf. J. de Montl. p. 1l. V. aussi Est. Pasq. I. 757.

dans soldât, vouéyâge. Racine abrégeait-il l'a d'âge ou allongeaitil l'a de courage quand il écrivait :

De nos princes hébreux il aura le courage, Et déjà sa raison a devancé son âge. « Dans les finales en age des mots de trois, quatre ou cinq syllabes, visage, mariage, apprentissage, l'a est allongé, mais très légèrement : de même pour les finales en alement et ablement. » (H. Est. dans Livet, p. 339.) « A est bref aux mots terminés en age, excepté âge, plage, page de livre, image, adage, suffrage, naufrage, présage. » (L. Chifflet, p. 183.)

NoTA-BENE. — J'ai encore entendu des vieillards prononcer en aige les finales en age, d'après une prononciation probablement d'origine normande, qui a régné jusque vers le milieu du XVI' siècle. Aujourd'hui elle a presque entièrement disparu du langage de nos paysans.

« Tous les mots français qui dans l'écriture se terminent en age, doivent à la lecture ou dans la conversation faire entendre un i entre l'a et le g, comme si au lieu de l'a, il y avait la diphtongue ai. » (Palsgr. p. 8.) Car aujourd'hui un entre touz en sçay-je Qui pour femme a laissié son hermitaige. (Eust. Desch. p. 32.) Un renard, qui vit ce formaige, Pensa à luy : Comment l'auray-je? (M" P. Path. p. 47 )

Cette prononciation est encore usitée en Anjou.

REMARQUE 4. — A prend un son nasal très prononcé dans les mots où il est suivi de n ou de m, seuls ou redoublés; Ex : année, animal, inanimé, hanneton, Anne ou Nanne, pron. : an-née, annimal, inan-nimé, han-neton, An-ne ou Nan-ne, en traînant sur la syllabe an, sans la lier à la suivante.

Cette remarque s'applique également aux mots où l'e suivi de n ou de m a le son de an ; Ex. : fem-me, en-nemis, éloquem-ment, diligem-ment, nen-ni, etc., pron. : fan-me, (on dit plus souvent seume, fume, d'où fumelle), an-memis, éloquan-ment, diligeanment, nan-ni. Enfin ce son nasal s'introduit dans des mots où l'm et l'n qui suivent l'a ne font pas partie de la même syllabe, et jusque dans certains mots où l'a est suivi d'une autre consonne que n ou m. Ex. : gagner, harnacher, nasse, tempérament, pron. : gangner, han-rnacher, nan-se, tempéran-ment. (') J'ajouterai que les syllabes ien, ient à la fin des mots se prononcent généralement an, ian, excepté bien, adverbe, et rien, qui sonnent plus communément ben et ren ; Ex. : chien, lien, chrétien, il convient, il appartient, etc. ; pron. : chian, lian, chrequian, ou keurquian, il conviant, il appartiant, etc. Cette prononciation des sons en et ent, en quelque endroit des mots qu'ils soient placés, est conforme à l'ancien usage de la langue française. Nos pères ignoraient la mode de prononcer du bout des lèvres, comme nous le faisons aujourd'hui dans fame, éloquament, diligeament, étonament. (o) En voici des preuves :

« 1° Si m ou n suivent immédiatement e dans la même syllabe, cet e sonnera comme l'a italien et avec quelque chose de nasal. Ainsi embler, amendrir, endementiers. humblement , se prononceront ambler, amandrir, andemantiers, humblemant. Les Français donnent ce son à l'e, suivi de m ou n dans la même syllabe, même quand la syllabe suivante commence par un autre m ou n. Ainsi femme, mienne, tienne. sienne se prononceront famme, mianne, tianne, sianne. » (Palsgr. p. 3.)

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(2) Bien que la prononciation de amment en ament soit probablement un peu antérieure, ce n'est qu'au XVIIIe siècle qu'on en trouve des exemples. « Ericie dit à Helenus, qui l'aborde galament. » (Nouv. amus. tom. XIII. 28. Cf. id. p. 28 et 90, aparament, et Mém. de Litt. passim.)

Deurs aux mauvais et fiers auz annemis, Ardaun d'ounneur e hauz antrepranneurs. (Palsgr. p. 61.) Ne t'abandonne point à la nuit de terrienne amour,

Prononcez :
Ne t'abandouno poant à la neuyt de terrianno amour. (Palsgr. p. 63 )

Remarquez bien qu'il y avait au XVI° siècle une différence de prononciation entre en et an, et que Palsgrave la note avec soin, en par an, an par aun , Ex. : enfant, pron. anfaunt. (p. 64.)

Lors arez les anges amis, Lors arez sur les annemis Puissance et domination. (Un miracle de S Ignace, Buchon, p. 277.) Felz et angris contre vos anemis. (Garin le Loh, tom. II, p. 218.) Vous avez éu du courroux Et de l'annuy pour vostre royaume. (M. du sièg. d'Orl. vs. 10028.) Nous avons guangné ceste place. (Id. vs. 17967.) En gaigneur l'i qui se garde de gain peut se changer en n ; indifféremment, gaigneur ou gangneur. (Le S" de Pailliot. ap. Livet, p. 279, note 3.) Ah! dist le roy, j'entends bien que c'est ; vous avez voulentiers quelque couronne à gangner. (!) (Journ. de l'Estoile.) Le cheval hannit. (Palsgr. p. 781 et 782.) L'on peut dire annemi ou ennemi. (L. Chifflet.) 2° « Toutes les fois que la 3" personne d'un verbe, soit personnel, comme il prend, il rend, il sent, soit impersonnel, comme il covient, il advient, il apartient, il luy souvient finit en ent, elle suit la règle de l'e devant m ou n dans la même syllabe, et l'on prononce il prant, il rant, il apartiant, il luy souviant, etc. » ( Palsgr. p. 4.)

Les adj. masc. possessifs mien, tien, sien suivaient la même règle, et il en est encore ainsi dans le dialecte blaisois.

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Met ton jupel, Perrete, avant ,
Aussi est-il plus blans du mien.
(Li Gieus de Robin et de Marion, Buchon, p. 130.)
Aujourd'hui en ceste journée,
Qui est la veille jour de l'an,
Se veullent trouver sus la prée
En tout honneur et en tout bien. (!)
(M. du S. d'Orl. vs. 7645.)
Car ce pays nous appartient,
Et toute la terre d'Orleans (pron. d'Orlians.)
(M. du S. d'Orl. vs. 6371.)
Se assaillir y nous convient
De hache et d'espée poignant. (Id. vs. 13,582.)
Sur les murs nous fault mectre gens,
Car plus despit sont que chiens. (Id. vs. 416.)
Ton fils Pamphile entretient
Cette garse à bon escient. ( Bonav. des Périers, p. 252.)

Les noms étrangers eux-mêmes n'étaient pas à l'abri de cette règle ; Ex. :

Ni d'Hecuba a mon escient
Qui fut fille du roi Priant. ( Rom. de la Rose, vs. 7132.)
Or parler veux à toi une fois l'an ,
Ainsi que Dieu dist de Jerusalem .
(Bonav. des Périers, p. 386.)
Pour chasser hors ceste menuyse,
D'Englichement très mal induicte.
(M. du S. d'Orl. vs. 19554.)

Les Englichements ne sont autres que les Englishmen d'aujourd'hui.

Nos poètes ont toujours jusqu'au XVIII° siècle et parfois jusqu'à

(l) Bien, adv. sonne communément ben, comme je l'ai dit, dans le dial. blais.; Bien,

subst. sonne mieux bian. Il n'est pas rare d'entendre dire : C'ée in richard, qu'a ben deu bian, c.-à.-d. bien du bien,

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