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aux, aut, ot, eaux comme chevaux, echeveaux, sabots, crapaud, etc., pron. : oûte, foûte, coûse, voûrien, se voûtrer, chevoux, ech'voux et eg'voux, crapoue et carpoue, etc. 1° C'était une règle, dont l'on trouve des traces dans la première moitié du XIII° siècle, et peut-être date-t-elle de plus loin, que la diphthongue au au commencement des mots sonnât ou. Le premier grammairien qui l'ait formulée est Palsgrave, p. 14.

« Au sonne en français comme en anglais dans ces mots : a dauce, a mawe, an hauce. Exception : Quand un mot français commence par la diphthongue au, comme en ces mots aulcun, aultre, aussi, (!) aux, aucteur, et autres semblables, on y donne a l'a initial le son de l'o. » Ex. : Ceux qui commander souloient par autorité. Pron. : Seu ki coumaunder souloye par oUToRITÉ. (Palsgr. p. 57.) Car il ont ou saint grant fianche. (Li Jus Adam, Buchon, p. 67.) Que ou mois de may je songoye Ou temps amoureux plein de joye. (Rom. de la R. I. p. 3.) Onque puis n'osa entrer ou pays. (Lett. de Rois, p. 207.) Ou nom de Dieu... Vous estes ou milieu de France. (Mist. du S. d'Orl. vs. 409 et 1048.) Ou coffre on quist, mais l'argent n'y fut plus. (Ch. Bourd. p. 76.) En cest exil ouquel je suis transmis. (Fr. Villon, p.196.)

2° On confondait au moyen-âge les sons au et ou, comme on fesoit o et ou, non seulement dans la prononciation, mais surtout dans l'orthographe; Ex. :

Ou on m'eust caupé la teste.
(Li Jus Adam, Buchon, p. 67.)
Cires confus saudées et bien loyez. (Jeh. Mol. p. 132.)

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« On ne s'offensait pas au moyen-âge, dit Génin (Variat. p. 239), d'entendre un poète prononcer dix sous et une minute après,

dix saus :

Fet li clerc : Quinze sols vous doi...

Li pain, li vin et li pasté

Ont bien couté plus de dix saus,

Tant ont-ils bien eu entre aus. (!)
(Des trois aveugl. de Compiègne). »

Avoeques tel Marion

Ja pastoriaus estre vauroie (voudroie).
(Motets et Pastourelles du XIII° siècle, Buchon, p. 32.)

Fleur de consaulde. (Jeh. Le Maire, Fol. CLXXXIV.)

Satur : saul (soul.) (J. Dubois, Isagoge.)

3° Il est très difficile de prouver qu'au moyen-âge la prononciation d'au en ou ait existé dans le corps des mots, attendu que dans ces sortes d'observations, c'est la rime qui sert de criterium. Néanmoins l'affirmative est très probable, pour ne pas dire certaine, premièrement parce qu'on a du se sentir entraîné à donner à au dans le corps des mots le son ou qu'on lui attribuait régulièrement au commencement; secondement, parce que, comme nous l'avons vu, on trouve dans les auteurs un certain nombre de mots, saudées, caupées, pauvre, etc., où les deux diphthongues s'emploient indifféremment l'une pour l'autre :

Lor beaus vis clers e lor cors jenz
Faiseient manger à mastins
E a voutours e a corbins. (Chr. d. d. d. Norm. II. p. 421.)
J'ay veu pouvres gens langourir.
(D" Mac. des Femmes, p. 37.)
Le mouvais riche, enflé d'iniquité. (Id. id. p. 47.)
Le pouvre corps.
(Ch. Bourd. p. 82. V. Est. Pasq. II. 57. B.)

(l) Au sonnant ou au commencement des mots, je lirais plutôt dans cet exemple sous, ous, que saus, aus.

A ces deux preuves je vais en ajouter une troisième. Nous avons vu que dans ces vers du Mist. du S. d'Orl. (vs. 5779):

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Quant au regart de leur puissance
Ne fault accomparer la nostre :
Chacun sçait que la leur passe oultre.
Qu'à nostre bon roy et le vostre
Luy soyt tout ce cas récité;

nostre, vostre se prononçaient noutre, voutre. De plus nous trouvons une confirmation de l'exception formulée par Palsgrave, au sujet de la prononciation de la diphthongue au dans les vers suiVants :

Chascun y a fait grand labeur
Et tant d'un cousté comme d'autre
Eu ont la moictié de la peur
Et n'y ont riens gaigné du nostre ;
(M. du S. d'Orl. vs. 16027.)

ou autre prononcé outre rime avec notre prononcé noutre. Si maintenant nous rencontrons autre rimant avec un mot ou la diphthongue au ne soit point initiale, nous serons en droit de conclure que l'auteur du mystère où je puise ces exemples, auteur très probablement orléanais, et par conséquent voisin du pays blaisois, donnait a au le son de ou, non seulement au commencement, mais même au milieu des mots. J'en trouve une preuve évidente dans ces vers :

Et suffisant y est sans faulte.
On n'en doit point élire d'autre. (vs. 16698.)

où il paraît certain, d'après les développements que je viens de donner, qu'on doit lire foute et oute (voir au chap. de la prononciation de l'r), comme on prononce encore aujourd'hui dans le dialecte blaisois.

De même si vous vous rappelez la règle que j'ai formulée au sujet de l'o suivi de r et l'exemple dont je l'ai appuyée :

Les reins de puissance et fource
Elle trousse, etc.;

si vous considérez et les exemples précédents, et le pays d'où l'auteur étaitvraisemblablement originaire, etl'époque oùilécrivait, vous n'hésiterez point à lire dans les vers suivants Boûce et source, selon la prononciation blaisoise :

Je doubte aller par la Beausse :

Le plus fort des Anglois y est,

Toute leur puissance et force.
(M. du S. d'Orl. vs. 11471.)

Cette prononciation a-t-elle persisté pendant tout le XVI° siècle? Il serait difficile de l'affirmer. Je crois néanmoins en trouver des traces dans les citations suivantes, puisées dans le recueil de chants historiques publiés par Leroux de Lincy :

L'un veut vendre ses chausses,
Et l'autre son pourpoint;
L'autre son arquebouze,
Pour un morceau de pain. (II. 395.)
Un tas de chefs de cette cause
Qu'on ha veu n'avoir pas six blancs,
Il faut qu'asteure dire j'ause,
Parent a million de francs. (II. 386.)

Au au commencement des mots sonnait ou; j'ouse pour j'ose est la vieille prononciation française; c'est l'année qui précéda la naissance de cette chanson (1578) qu'Henri Estienne s'élevait contre j'ouse, qui se maintenait quand même à la cour; enfin, c'est un chant populaire, et l'on sait que le peuple reste fidèle à la vieille prononciation, comme aux vieux usages; ces raisons plaident ici, à mes yeux, en faveur de la prononciation j'ouse pour j'ose.

C'est dans la rencontre de Gautier Garguille avec Tabarin, etc. que je surprends la dernière trace de cette prononciation : « Une partie gastent tout avec leurs fausses perruques souspoudrées de poudre de Chypre. » (Ch. de Gault. Garg. Jannet, 1858, p. 189.) Quoiqu'il en soit, cette attribution du son ou à la diphthongue au est singulièrement exagérée dans le dialecte blaisois, puisqu'on la prononce ainsi, non seulement au commencement des mots, ce qui serait conforme à la règle, et au milieu, ce qui a très probablement existé dans le langage vulgaire, mais encore à la fin même des mots dans les terminaisons en aud, aux, eaux. Cependant cette dernière sonne plus généralement iaux. Un grant crapout laid et hideus. (De Monacho in flumine, etc. à la suite de la Chr. d. d. d. Norm. III. 524.) REMARQUE. — Au sonne a dans le futur et le conditionnel des verbes avoir et savoir, ainsi que dans baume et son composé embaumer. Les formes j'arai, je sarai sont le résultat d'une contraction. On n'a qu'à consulter à ce sujet Raynouard, Génin, Ampère, Chevallet, Burguy. Je ne reviendrai pas sur une question depuis longtemps éclaircie et épuisée. Ce qui m'importe uniquement ici, c'est de constater l'existence de ces formes pendant tout le moyen-âge, et jusque dans la seconde moitié du XVl° siècle. Ma femme et mes enfans aront povre secours ; Quant m'en irai sans busche duel aront et courrous. (A. Jub. N" Rec. I. 129.) Le roy le sara. (Buchon, Théâtre au moyen-âge, p. 235.) Paumier, me saroies-tu dire ? (Id. p. 220.) Il aroit tout le royaume de France, moyennant son labour. (Procès de Jehanne d'Arc, tom. IV., p. 326 et passim.) Nous n'en arrons ne croix ne pile. (Fr. Villon, Dial. de Mallepaye et Baillevent.)

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