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G'harai ou j'aurai maintenant faict. (J. Dubois.)

J'aorey ou j'arey

Tu aoras ou tu aras

ll aora ou il ara

Nous aorons ou nous arons

Vous arez

Ils aoront (!) ou aront (o). (L. Meigret.)

« Au futur de l'indicatifet à l'imparfait conjonctif (conditionnel) d'avoir, le v consonne est devenu voyelle et l'on a dit aurai, auras, etc. au lieu de avrai, avras. De là est venu ensuite l'usage de prononcer arai, aras en supprimant l'u. » (Th. de Bèze.)

Quant à baume, on le rencontre au moyen-âge sous les formes balsime, balme, basme, bausme et barme. Ces quatre dernières étaient, selon moi, identiques pour la prononciation, baume, ou la diphthongue au conservait ce son indécis entre a et o que j'ai déjà signalé au chap. de la prononciation de l'a. (o) Aussi il est probable à mes yeux que la diphthongue au et la voyelle a sonnaient de même dans les mots bausme et embasmée des vers suiVants :

La carogne ont molt honerée,

Et de tres chier bausme embasmée. (o)
(R. de Mah., p. 78.)

Je profiterai de cette circonstance pour faire remarquer que les lettres s, l, m, n, r, paraissent avoir eu au moyen-âge la même influence sur l'a que nous avons vu (1" part., ch. IV. p. 32.) qu'elles

(l) Le son ao pour au, tel que le note ici Meigret, n'existe plus dans le Blaisois; il s'est conservé dans l'Anjou. (2) Cf. avec l'Italien : Aresti gia Macon tuo rinegato. L'anima tua ara quel vero Dio. (Il Morgante magg. cant. I. vers 4 et 14.) Che come noi aranno fatto gala. (Id. l I. 26.) (3) Voir aussi Max Muller, Nouv. Leçons sur la science du Lang. pag. 212, note.

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avaient sur l'o. De même que os, ol, om, on, or sonnaient ou, de même as, al, am, an, ar, sonnaient au ou do. 1° As — « Quelquefois l's prend la valeur de l'u dans la prononciation : Ascun, prononcez : Aucun. » (Gr. de Colyng., règl. 67.) Cf. As pour aux, bias pour biaux, etc. et Hug. Capet, vs. 4896, paumée pour pasmée. 2° Al — « L mise après a et suivie d'une consonne se prononce comme u : m'alme, loialment ». (Id. règl. 23 — Voir aussi Génin, Variat. p., 320 et suiv.) o 3° Am et an. — « Toutes les fois que l'a est suivi d'un m ou d'un n dans la même syllabe, il se prononce au. Ex. : chambre, mander, prononcez : chaumbre, maunder. « (Palsgr., pag. 1 et 2.) 4° Ar. — Je ne trouve dans les grammairiens aucune règle formulée concernantcette syllabe; mais si vous comparezentr'elles : 1° les formes alme-aume anme-aunme (en cette dernière l'n devait se prononcer fort peu et représenter seulement le son nasal de au, comme nous voyons dans monstier, conrent devenus par la suppression de l'n moustier, couvent.) 2° et les formes almoyre armoyrc, écrites quelquefois avec l'orthographe aulmoyre (V. Villon, pag. 18.) et aurmoyre, cette dernière conservée de nos jours dans le langage populaire. 3° et enfin celles dont je m'occupe ici, savoir balmc, basme, barme que l'on trouve aussi sous les formes bausme, baume, peutêtre croirez-vous comme moi que ces diverses orthographes ne couvraient qu'une seule et même prononciation, aome, domoyre, baome. Je me contente d'indiquer ces idées. Il faudrait plusieurs pages pour les développer. Mon but, en engageant cette courte discussion, est tout simplement d'appuyer mon opinion sur la prononciation des mots balme, basme, barme au moyen-âge, et d'un autre côté d'expliquer l'existence à cette époque de cette prononciation indécise de l'a entre a et o, et la justifier dans le dialecte blaisois d'aujourd'hui. Enfin — dernière observation — c'est elle qui dans les auteurs du moyen-âge nous donnera la clef de rimes, telles que celles-ci : ... Si le vit pendre A une forches granz et hautes,

Trers le dos liées les pates.
(Rom. du Renart, vs. 12537.)

Deux causes bouleversèrent au XV° siècle les règles de l'ancienne prononciation. La première et la plus importante, à mes yeux, celle qui eut le plus d'influence sur le langage, est l'introduction d'une nouvelle prononciation latine. La seconde, celle qui eut le plus d'influence sur l'orthographe, est la découverte de l'imprimerie. Ces deux causes hâtèrent dans le langage l'accomplissement de la révolution, commencée dès la fin du XIV° siècle par l'oubli des vieilles règles. Aussi, tandis qu'au moyen-âge, au milieu de la diversité des dialectes, il y en avait un, celui des pays situés entre Seine et Loire, qui servait de modèle aux écrivains, le XVI° siècle ne fut qu'une époque de confusion et d'anarchie. C'est alors que l'orthographe basme donna naissance à la prononciation bdme, avec le son de l'a circonflexe, tel qu'il existe aujourd'hui en français. Palsgrave lui-même confirme cet oubli des règles. Al ne sonne plus au, conformément à la règle de Colyngburne, mais d et l'on prononçait royâme, comme on disait bdme. Ex. :

Quant le hault pris du royalme dechiet ;
Prononcez :
Kaun le hau pris deu royamo deshiet. (") (Palsgr. p., 62.)

(1) Cf. ce passage des sept dames de rhétorique (fin du XIVe siècle, ou commencement du XVe) ou l'a de royamme sonnait à mon avis âo : ... Dont les vertus passent l'humaine fame ; Plus digne en es que nul de ce royamme, et Lais inéd. p.5l. i

Mais le mien cueur adonc plus elle enflamme, Car son alaine odorant plus que basme Souffloit le feu qu'amour m'a préparé (Marot.) Ange divin, qui mes playes embâme, De quelle porte es-tu coulé des cieux Pour soulager les peines de mon âme ? (Ronsard, sonnet XXX.) Cf. également ces exemples tirés des œuvres diverses de Jehan Molinet, poète du XVI° siècle : J'ai vu de deux Royaulmes Deux rois contemporains Confesser en leurs ames Haulx motz et souverains. (G. Chastel., p. 157.) Les Vigilles auront des ames

Trois feuilles après les sept Pseaulmes.
(Jeh. Mol., p. 197.)

CHAPITRE III.

De la prononciation de la diphthongue AY.

RÈGLE. — Ay se prononce généralement comme en français dans payer, essayer, effrayer, et par une conséquence logique on dit je pé-ye, j'effré-ye, j'essé-ye et non je paie, j'effraie, j'essaie. Cette question ayant déjà été traitée à propos de la diphthongue ai, je n'y reviendrai pas.

ExCEPTIoNs. — 1° Ay se prononce comme ai, c'est-à-dire ée dans paysan, paysage, et leurs composés, pron. : pée5an, péezage, péezanner, etc. (Voir 1" partie, chap. VI., p. 57.)

2° Dans les temps du verbe avoir ou l'y est suivi d'une autre voyelle qu'e muet et dans un très petit nombre de mots, comme rayon, crayon, la liaison ne se fait pas entre l'a et l'y et le son mouillé disparaît; Ex. : ayant, ayons, ayez, etc., pron. : a-yant, (t-yons, a-yez, ra-yon ou ray-on, cra-yon ou cray-on. On dit même quelquefois que j'a-ye, que tu a-yes, qu'il aye. « En ayant, a est une syllabe et yant une autre par contraction de deux. » (Guil. des Autels, 1548.) « L'y se détache toujours nettement de la voyelle suivante. Ayons se prononce a-y-ons. » (Claude de S'-Lien, 1580.) « Que j'aye, que tu ayes, qu'il eyt, que nous ayons, que vous ayez, qu'il ayet. » (Meigret, 1548.) La différence d'orthographe entre les autres personnes et qu'il eyt prouverait que Meigret prononçait que j'a-ye, quand bien même il n'ajouterait pas plus loin : « Dites ayant, et non eyant. »

« Ayant et ayez d'avoir ne se prononce pas en e, eyant, eyez, mais en a, ayant, ayez. » (L. Chifflet, 1658.)

Inconséquence étrange : il n'y a dans le Dictionnaire de l'Académie que trois substantifs terminés en aye, et elle indique pour tous les trois une prononciation différente. Il faut dire une abbaye (abéie), un cipaye (cipa-ye, cipail; il est vrai que ce dernier mot est étranger), une paye (paie). Le paysan blaisois ne se sert jamais des deux premiers noms, l'un, parce qu'il le remplace par le mot de couvent, l'autre, parce qu'il l'ignore. Quant au troisième, il le prononce substantif, comme il le fait verbe : il pé-ye, une pé-ye.

NoTA. — Au lieu de balayer, on se sert de préférence de balier, qui sonne généralement baliller (ll mouillés); de même pour les composés balieur, baliure, baliement. Ce n'est point ici un changement d'ay en i, comme nous l'avons vu pour baiser, transformé en hiser, bicher, biger; c'est tout simplement une forme, autrefois en usage, conservée de préférence à une autre.

En effet, nos verbes en ayer ont eu généralement deux et même trois formes au moyen-âge, selon les dialectes, ier, ayer ou eyer et oyer; par exemple :

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