La poésie bretonne contemporaine

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Le Dault, 1902 - 42 pages
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Page 29 - Bretagne, dans celle qui mérite ce nom par la langue et la race, le plus brusque changement se fait sentir tout à coup. Un vent froid, plein de vague et de tristesse, s'élève et transporte l'âme vers d'autres pensées ; le sommet des arbres se dépouille et se tord ; la bruyère étend au loin sa teinte uniforme ; le granit perce à chaque pas un sol trop maigre pour le revêtir; une mer presque toujours sombre forme à l'horizon un cercle d'éternels gémissements.
Page 20 - Hélas! tu n'es plus une paysanne : Le mal des cités a pâli ton front, Mais tu peux aller de Paimpol à Vanne, Les gens du pays te reconnaîtront. Car ton corps n'a point de grâces serviles, Tu n'as pas changé ton pas nonchalent, Et ta voix rebelle au parler des villes A gardé son timbre augurai et lent.
Page 11 - Cette infinie délicatesse qui caractérise la race celtique est étroitement liée à son besoin de concentration; Les natures peu expansives sont presque toujours celles qui sentent avec le plus de profondeur, car plus le sentiment est profond, moins il tend à s'exprimer. De là cette charmante pudeur, ce quelque chose de voilé, de sobre, d'exquis, à égale distance de la rhétorique du sentiment trop familière aux races latines, et de la naïveté réfléchie de l'Allemand...
Page 13 - Traînent leur deuil sinistre au liane des vallons bas ; Et là-haut, les Menez semblent des ossuaires, De grands cairns entassés sur d'immenses trépas. Plus haut encor, les bras ouverts dans les ténèbres, Comme de grands oiseaux cloués en plein essor, Les Christs miment dans l'air, de leurs gestes funèbres, La désolation de la Terre d'Armor.
Page 11 - Ses chants de joie finissent en élégies; rien n'égale la délicieuse tristesse de ses mélodies nationales; on dirait des émanations d'en haut, qui, tombant goutte à goutte sur l'âme, la traversent comme des souvenirs d'un autre monde. Jamais on n'a savouré aussi longuement ces voluptés solitaires de la conscience, ces réminiscences poétiques où se croisent à la fois toutes les sensations de la vie, si vagues, si profondes, si pénétrantes, que, pour peu qu'elles vinssent à se prolonger,...
Page 12 - C'est le cadavre épars d'un pays effondré. Un fantôme de ciel erre dans la bruine, En quête du soleil qui s'est évaporé. Les rochers même, au bord des mers tristes, se meurent D'un mal mystérieux, nostalgique et fatal Et la lumière grise a dans ses yeux qui pleurent Le regard immolé d'une sœur d'hôpital. Des brumes, des linceuls moisis, de longs suaires Flottent, lessive morne, au flanc des vallons bas : Et là-haut, les Mène/ semblent des ossuaires, De grands cairns entassés sur d'immenses...
Page 37 - Dis-moi encore, oiselet rosé, dis-moi où tu chantes. » — Sur une branche d'épine noire (de prunellier), — c'est là que je chante mes douleurs. » Suivant la remarque d'un esthéticien, M. Basch, Le Braz a su allier la forme savante à l'inspiration populaire. L'étude des gwerziou et des soniou de nos campagnes lui a permis de créer des images hardies et nouvelles. « L'Océan promène avec lenteur sur son épaule les vieilles épaves ; le soleil renaissant agite ses poings d'or; les chênes...
Page 34 - C'est le moins qu'on la chante fort. Or, Le Braz croit que la Bretagne Va dans la mort s'assoupir, et il vient chanter aux portes Les derniers rêves cueillis Sur les lèvres presque mortes Du plus aimé des pays. Pour mourir, si nous en croyons le poète, la Bretagne n'attend que la proche disparition des noires Gwerziou, rudes comme l'histoire, des blanches Soniou, douces comme l'amour. ... Ah! quand vous serez morts, morte aussi la Bretagne S'étendra toute nue en son linceul d'hiver, Et les rochers...
Page 7 - N'est-ce pas Luzel qui s'écriait dans son Bepred Breizad, en 1865 : « Aussi longtemps qu'il y aura de la bruyère en Basse-Bretagne, — et sur le rivage de la mer bleue des rochers, — notre vieille langue ne saurait mourir... « Aussi longtemps qu'il y aura des rochers au rivage de la mer, — aussi longtemps le vieux barde chantera sur le seuil de sa porte, — et toujours dans la vieille langue d'Armor. » En 1892, Luzel renouvelait sa profession de foi celtique : « Rac te iez ker hor zent...
Page 18 - S'il ne valait mieux rester auprès d'elles. Nous leur parlerons de votre retour ; Nous dirons les gains d'une pêche heureuse, Et comment la nuit, et comment le jour. Comment votre cœur bat sous la vareuse. Et nous les ferons renaître à l'espoir, Tandis que les yeux tournés vers le pôle, Elles s'en viendront au tomber du soir, Pleurer deux à deux sur les bancs du môle.

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