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ARISTIONE. Et si chacun de vous a bien pu se résoudre à souffrir une préférence, que vous arrive-t-il à tous deux où vous ne soyez préparés ? et que peuvent importer à l'un et à l'autre les intérets de son rival ?

IPHICRATE. Oui, madame , il importe. C'est quelque consolation de se voir préférer un homme qui vous est égal; et votre aveuglement est une chose épouvantable.

ARISTIONE. Prince , je ne veux pas me brouiller avec une personne qui m'a fait tant de grace que de me dire des douceurs; et je vous prie, avec toute l'honnêteté qu'il m'est possible, de donner à votre chagrin un fondement plus raisonnable; de vous souvenir, s'il vous plait, que Sostrate est revêtu d'un mérite qui s'est fait connoître à toute la Grèce, et que le rang où le ciel l'élève aujourd'hui va remplir toute la distance qui étoit entre lui et

Vous.

IPHICRATE. Oui, oui, madame, nous nous en souviendrons. Mais peutêtre aussi vous souviendrez-vous que deux princes outragés ne sont pas deux ennemis peu redoutables.

TIMOCLĖS. Peut-être, madame, qu'on ne goûtera pas long-temps la joie du mépris que l'on fait de nous.

ARISTIONE. Je pardonne toutes ces menaces aux chagrins d'un amour qui se croit offensé, et nous n'en verrons pas avec moins de tran quillité la fête des jeux pythiens. Allons-y de ce pas, et couronnons, par ce pompeux spectacle, cette merveilleuse journée'.

• Molière condamna lui-même cette pièce à l'oubli, puisqu'il ne la fit pas imprimer. Elle ne parut qu'après sa mort, dans l'édition de Vinol et Lagrange. Vers le commencement du dix-huitième siècle, Dancourt essaya de remettre les Amants magnifiques au théâtre : il y ajouta un prologue, et substitua de nouveaux intermèdes aux anciens. Cette tentative ne réussit pas. (P.) — Mélicerte, la Princesse (l'Élide , les amants magnifiques , ne sont pas des comédies, ce sont des ouvra

SIXIÈME INTERMÈDE,

QUI EST LA SOLENNIT B DES JEUX PYTELENS.

Le théâtre est une grande salle, en manière d'amphithéâtre ouvert d'une grande arcade dans le fond, au-dessus de laquelle est une tribune fermée d'un rideau, et dans l'éloignement paroit un autel pour le sacrifice. Six hommes, habillés comme s'ils étoient presque nus, portant chacun une hache sur l'épaule, comme ministres du sacrifice, entrent par le portique, au son des violons, et sont suivis de deux sacrificateurs musiciens, d'une prétresse musicienne, et leur suite.

LA PRĖTRESSE.
Chantez, peuples, chantez, en mille et mille lieux,
Du dieu que nous servons les brillantes merveilles;

Parcourez la terre et les cieus:
Vous ne sauriez chanter rien de plus précieux ,
Rien de plus doux pour les oreilles.

UNE GRECQUE.
A ce dieu plein de force, à ce dieu plein d'appas,
Il n'est rien qui résiste.

AUTRE GRECQUE.
Il n'est rien ici-bas
Qui par ses bienfaits ne subsisle.

ges de commande. Un écrivain supérieur est quelquefois obligé de descendre à ces sortes d'ouvrages , qui ont pour objet de faire valoir d'autres talents que les siens, en amenant des danses, des chants et des spectacles. On fervit peut-être mieux de ne pas lui demander ce que tout le monde peut faire , et ce qui ne peut compromettre que lui; mais, en ce genre comme dans tout autre, il n'est pas rare d'employer les grands hommes aux petites choses, et les petits hommes aux grandes. On envoyoit Villars faire la paix avec Cavalier, et Tallard combattre Eugene et Marlborough. Ainsi le génie est forcé de sacrifier sa gloire pour obtenir la protection; et si Molière n'eût pas arrangé des ballets pour la cour, peut-être que le Tartuffe n'eût pas trouvé un protecteur dans Louis XIV. (L.

ALTRE GRECQUE.
Toute la terre est triste
Quand on ne le voit pas.

LE CHOEIR.
Poussons à sa mémoire
Des concerts si touchanis,
Que, du haut de sa gloire,
Il écoute nos chants.

PREMIÈRE ENTRÉE DE BALLET. Les six hommes portant les haches font entre eux une danse ornée de toutes les attitudes que peuvent exprimer des gens qui étudient leurs forces; puis ils se retirent aux deux côtés du théâtre, pour faire place à six voltigeurs.

DEUXIÈME ENTRÉE DE BALLET. Six voltigeurs font paroitre, en cadence, leur adresse sur des chevaux de bois, qui sont apportés par des esclaves.

TROISIEME ENTREE DE BALLET, Quatre conducteurs d'esclaves amènent, en cadence, douze esclaves qui dansent en marquant la joie qu'ils ont d'avoir recouvré leur liberté.

QUATRIÈME ENTREE DE BALLET. Quatre hommes et quatre femmes, armés à la grecque, font ensemble une manière de jeu pour les armes.

La tribune s'ouvre. Un héraut, six trompettes, et un timbalier, se mêlant à tous les instruments, annoncent, avec un grand bruit, la venue d'Apollon.

LE CHOEUR.

Ouvrons tous nos yeux
A l'éclat supreme
Qui brille en ces lieux.
Quelle grace extrême!
Quel port glorieux !
Où voii-on des dieux
Qui soient faits de même :

Apollon, au bruit des trompettes et des violons, entre par le portique, précédé de six jeunes gens qui portent des lauriers entrelacés autour d'un båton, et un soleil d'or au-dessus, avec la devise royale , en manière de trophée. Les six jeunes gens, pour danser avec Apollon, donnent leur trophée à tenir aux six hommes qui portent les baches, et commencent, avec Apollon, une danse héroïque, à laquelle se joignent, en diverses manières, les six hommes portant les trophées, les quatre femmes armées avec leurs timbres, et les quatre hommes armés avec leurs tambours; tandis que les six trompettes, le timbalier, les sacrificateurs, la pretresse et le cheur de musique accompagnent tout cela, en se mélant à diverses reprises; ce qui finit la sète des jeux pythiens, et tout le divertissement.

CINQUIÈME ENTRÉE DE BALLET.

APOLLON, ET SIX JEUNES GENS DE LA SUITE; CHOEUR

DE MUSIQUE.

Pour le Roi , représentant le Soleil.
Je suis la source des clartés ;
Et les astres les plus vantés,
Dont le beau cercle m'environne,
ne sont brillants et respectés
Que par l'éclat que je leur donne.
Du char où je me puis asseoir,
Je vois le desir de me voir
Posséder la nature entière ;
Et le monde n'a son espoir
Qu'aux seuls bienfaits de ma lumii re.
Bienbeureuses de toutes paris,
Et pleines d'exquises richesses,
Les terres où de mes regards
J'arrète les douces caresses !

Pour M. LE GRAND, suivant d'.4 pollon.
Bien qu'auprès du soleil tout autre éclat s'efface ,
S'en éloigner pourtant n'est pas ce que l'on rent;

Et vous voyez bien, quoi qu'il lasse,

Que l'on s'en tient toujours le plus près que l'on peut.

Pour le marquis de VILLEROI , suirant d' Apollon.
De notre maitre incomparable

Vous me voyez inséparable;
Et le zèle puissant qui m'attache à ses veux
Le suit parmi les eaux, le suit parmi les feux.

Pour le marquis de RASSENT, suivant d'Apollon.
Je ne serai pas vain, quand je ne croirai pas
Qu'un autre, mieux que moi, suive partout ses pas.

FIN DES AMANTS MAGNIFIQUES.

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