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là n'avoient paru convenir qu'aux comédies plus étendues. Ce modèle charmant a été plusieurs fois imité ; mais en voulant fuir la farce, on est tombé dans l'excès opposé : la délicatesse est devenue de l'affectation; la grace, de la manière, et la finesse , du faux bel esprit. De là toutes ces comédies de boudoir qui se sont succédé au théâtre françois , malgré les réclamations des hommes de goût, qui s'affligeoient de voir transformer ainsi un genre charmant dont Molière avoit donné le premier modèle, et dont il ne falloit pas s'écarter. (P.)--Ménage a remarqué que le Sicilien étoit presque entièrement écrit en prose mesurée , c'està-dire en vers blancs. Il est facile de se convaincre de la justesse de cette observation. La prose de Molière offre quelquefois dans ses pièces de très beaux vers , mais dans aucune il n'a fait un usage aussi fréquent et aussi singulier des mesures, des inversions, et des tours poétiques.

FIN DU SICILIEN.

NOMS DES PERSONNES

QUI ONT DANSÉ ET CHANTÉ

DANS LE SICILIEN.

Don PÈDRE, le sieur Molière.
A DRASTE, le sieur de La Grange.
ISIDORE, mademoiselle de Brie.
ZAIDE, mademoiselle Moliére.
HALI, le sieur de La Thorillière.
UN SÉNATEUR, le sieur du Croisy.
Musiciens chantants, les sieurs Blondel, Gaye , Noblet.
ESCLAVE TCRC chantant, le sieur Gaye.
ESCLAVES TURCS dansants, les sieurs Le Prétre, Chicanneau ,

Mageu , Pesan.
MAURES de qualité, Le Roi, M. le Grand, les marquis de Villeroi

et de Rassan. MAURESQUES de qualité, MADAME, mademoiselle de La Vallière,

madame de Rochefort, mademoiselle de Brancas. Maures nus, MM. Cocquet, de Sourille, les sieurs Beauchamp,

Nollut, Chicanneau, La Pierre, Favier , el Des-Airs-Galand. MAUREs à capot, les sieurs La Mare , du Feu, Arnald, Vagnard,

Bonard.

LE TARTUFFE,

COMÉDIE EN CINQ ACTES.

1667.

PERSONNAGES.

MADANE PERNELLE, mère d'Orgon'.
ORGON, mari d'Elmire’.
ELMIRE, femme d'Orgon'.
DAMIS, fils d'Orgon`.
MARIANE, fille d'Orgon et amante de Valère 5.
VALÈRE, amant de Mariane.
CLÉANTE, beau-frère d'Orgon'.
TARTUFFE, faux dévot'.
DORINE, suivante de Mariane”.
M. LOYAL, sergent ".
UN EXEMPT.
FLIPOTE, servante de madame Pernelle.

ACTEURS.

4

BEJART. — * MOLIÈRE. — s Mademoiselle MOLIÈRE (Armande BÉJART). • HUBERT. — Mademoiselle de Brie. — LA GRANGE. —' LA THORILLIÈRE. - Du Croisy. — 'Magdeleine BÉJART.

- "" DE BRIE.

La scène est à Paris, dans la maison d'Orgon.

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Voici une comédie dont on a fait beaucoup de bruit , qui a été long-temps persécutée ; et les gens qu'elle joue ont bien fait voir qu'ils étoient plus pnissants en France que tous ceux que j'ai joués jusqnes ici. Les marquis , les précieuses, les cocus et les médecins, ont souffert doucement qu'on les ait représentés , et ils ont fait semblant de se divertir, avec tout le nde, des peintures que l'on a faites d'eux; mais les hypocrites n'ont point entendu raillerie ; ils se sont effarouchés d'abord , et ont trouvé étrange que j'eusse la hardiesse de jouer leurs grimaces, et de vouloir décrier un métier dont tant d'honnêtes gens se mêlent. C'est un crime qu'ils ne sauroient me pardonner; et ils se sont lous armés contre ma comédie avec une fureur épouvantable. Ils n'ont eu garde de l'attaquer par le côté qui les a blessés : ils sont trop politiques pour cela , et savent trop bien vivre pour découvrir le fond de leur ame. Suivant leur louable coutume, ils ont couvert leurs intérêts de la cause de Dien; et le Tartuffe, dans leur bouche, est une pièce qui offense la piété. Elle est, d'un bout à l'autre, pleine d'abominations, et l'on n'y trouve rien qui ne mérite le feu. Toutes les syllabes en sont impies; les gestes même y sont criminels; et le moindre coup d'ail, le moindre branlement de tête, le moindre pas à droite ou à gauche, y cache des mystères qu'ils trouvent moyen d'expliquer à mon désavantage.

J'ai eu beau la soumettre aux lumières de mes amis, et à la censure de tout le monde ; les corrections que j'y ai pu faire; le jugement du roi et de la reine, qui l'ont vue; l'approbation des grands princes et de messieurs les ministres, qui l'ont honorée publiquement de leur présence; le témoignage des gens de bien, qui l'ont trouvée profitable, tout cela n'a de rien servi. Ils n'en veulent point démordre; et, tous les jours encore, ils font crier en public des zélés

Le Tartuffe ne fut publié qu'en 1669 ; ainsi les persécutions durèrent près de cinq ans.

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