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MADAME PERNELLE.
Laissez , ma bru, laissez; ne venez pas plus loin.
Ce sont toutes façons dont je n'ai pas besoin.

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titre de l'Imposteur, et qu'il déguisa le personnage sous l'ajustement d'un homme du monde, en lui donnant un petit chapeau , de grands cheveux, un grand collet, une épée, et des dentelles sur tout l'habit*. La pièce fut jouée en cet état le 5 août 1667 ; mais dès le lendemain l'ordre de suspendre les représentations arriva , et ce ne fut qu'en 1669 que Molière obtint du roi la permission écrite de remettre le Tartuffe au théâtre. ( Fr. Parf.) Cette représentation eut lieu le 5 février de la même année, et , dit le bon Robinet , maints courureni hasard d'étre étouffés et disloqués pour voir cet ouvrage,

Qui charme tous les vrais dérots,

Comme il fait enrager les faur. Au moment où Molière conçut le dessein de sa pièce , le roi avoit vingt-trois ans, et son règne coinmençoit ; Mazarin venoit de mourir ; le goût du jeune roi pour la magnificence et les plaisirs fåchoit l'ancienne cour, et commençoit à former la nouvelle. La séparation s'établissoit peu à peu, et sans doute elle eût eu lieu sans secousses si la duchesse de Navailles , vieille et dévote, quoique fort attachée au monde, n'avoit , pour faire sa cour aux reines, commencé la guerre avec une violence offensante pour le roi. Cet éclat ne fit qu'assurer sa perte, et donna naissance à plusieurs intrigues auxquelles Molière a fait allusion dans sa pièce. Tel étoit l'état de la cour; examinons à présent celui de la société. Aux désordres de la Fronde on avoit vu succéder les querelles religieuses de Jansenius. Les molinistes accusoient Port-Royal de schisme et d'hérésie ; Port-Royal accusoit les molinistes d'être, au milieu de l'état, une corporation ambitieuse, et de vouloir non réformer, mais gouverner le monde ; il ajoutoit que les docteurs de cette corporation enseignoient une morale sophistiquée , afin d'attirer les foibles par l'espérance, et d'enchainer les forts par la crainte. Pascal s'étoit élevé avec force contre ces doctrines , dans ces Petites Lettres que Boileau regardoit comme l'ouvrage le plus parfait de la langue , que Bossuet envioit à son auteur, et dans lequel Voltaire reconnut tous les genres d'éloquence; Pascal enfin venoit, à l'exemple de Socrate, de montrer au monde que rien n'est plus enjoué que la sagesse , que rien n'a plus de grace que la vérité, et que c'est avec l'arme du ridicule qu'il faut combattre les sophistes. Cependant les doctrines qu'il avoit signalées empoisonnoient la multitude**. La religion étoit presque réduite aux apparences, et l'hypocrisie menacoit le siècle de sa toute-puissance. Elle étoit partout, excepté sur le trône , lorsque Molière entreprit de lui arracher son masque, et de la montrer nue aux pieds des autels qu'elle venoit nrofaner. Noble et grande pensée qui fut récompensée par un chef-d'auvre, par les hommages des hons, et par la haine des méchants. Dès lors les faux dévots décochèrent à l'envi contre Molière tous les traits dont ils avoient

• Second Placet.

" Molière lui-même avoit pris soin de nous en instruire dans un passage de sa piéce qu'il put obligé de supprimer. Il y étoit dit que l'hypocrisie étolt autant en borreur dans l'esprit du roi qu'elle étoi accréditée parmi ses sujets. (Lettre sur la comédie de l'Imposteur.)

tant, et que je serois satisfait de lui pourvu qu'il s'obligeât de ne me point tuer. Cette grace, SIRE, est un canonicat de votre chapelle de Vincennes, vacant par la mort de...

Oserois-je demander encore cette grace à VOTRE MAJESTÉ le propre jour de la grande résurrection de Tartuffe, ressuscité par vos bontés ? Je suis, par cette première faveur, réconcilié avec les dévots; et je le serois, par cette seconde, avec les médecins. C'est pour moi, sans doute, trop de graces à la fois ; mais peut-être n'en est-ce pas trop pour VOTRE MAJESTÉ; et j'attends, avec un peu d'espérance respectueuse, la réponse de mon placet.

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MADAME PERNELLE, ELMIRE, MARIANE, CLEANTE,

DAMIS, DORINE, FLIPOTE. .

MADAME PERNELLE.
Allons, Flipote, allons ; que d'eux je me délivre.

ELMIRE.
Vous marchez d'un tel pas , qu'on a peine à vous suivre.

* Molière a voulu que le nom de Tartuffe exprimåt , personnifiåt , en quelque sorte, l'hypocrisie. C'est ce que nous apprend l'étymologie de ce mot , qui, en allemand , veut dire diable'. L'auteur le fait ici précéder d'un article pour marquer son intention. car on ne dit pas le Pierre, le Jacques , inais on dit bien l'hypocrite, le trompeur. En l'employant ainsi, Molière a donné un titre frappant à sa pièce et un mot nouveau à la langue.

· Les trois premiers actes de Tartuffe furent représentés à la sixième journée des fêtes de Versailles, le 12 mai 1664, en présence du roi ct des reines. « Dès-lors le • roi défendit cette pièce pour le public", jusqu'à ce qu'elle fût achevée, et exa« minée par des gens capables d'en faire un juste discernement. Mais le jeune mo« narque ajouta que personnellement il n'y trouvoit rien à dire ***, , Les faux dévols profitèrent cependant de cette défense pour soulever Paris et la cour contre la pièce et contre l'auteur. Molière ne fut pas seulement en butte aux tartuffes, il eat encore pour ennemis beaucoup d'orgons , gens simples et faciles à séduire; les vrais dévots même furent alarmés. Mais des prélats el le légat , après avoir entendu la lecture de l'ouvrage, en jugèrent favorablement ****, et Molière obtint du roi une permission verbale de le faire représenter. C'est alors qu'il le produisit sous le • Voyez sur cette étymologie le Longuer uana , p. 199.

· Ces trois actes furent encore joués à Villers-Coterels, chez Monsieur, le 24 septembre suivant, en présence du rol; en n la pièce entière fut représeotée, le 29 novembre de la méme année, chez le prince de Condé.

*** Fêtes de Versailles , sisième journée; et Premier Placet. *** Premier Placet.

MADAME PERNELLE.
Laissez, ma bru, laissez; ne venez pas plus loin.
Ce sont toutes façons dont je n'ai pas besoin.

titre de l'Imposteur, et qu'il déguisa le personnage sous l'ajustement d'un homme du monde, en lui donnant un petit chapeau , de grands cheveux, un grand collet, une épée, et des dentelles sur tout l’habité. La pièce fut jouée en cet élat le 5 août 1667 ; mais dès le lendemain l'ordre de suspendre les représentations arriva , et ce ne fut qu'en 1669 que Molière obtint du roi la permission écrite de remettre le Tartuffe au théâtre. ( Fr. Parf.) Cette représentation eut lieu le 5 février de la même année, et , dit le bon Robinet , maints coururent hasard d'étre étouffés et disloqués pour voir cet ouvrage,

Qui charme tous les vrais dérots,

Comme il fait enrager les faur. Au moment où Molière conçut le dessein de sa pièce, le roi avoit vingl-trois ans, et son règne commençoit ; Mazarin venoit de mourir ; le goût du jeune roi pour la magnificence et les plaisirs fâchoit l'ancienne cour, et commençoit à former la nouvelle. La séparation s'établissoit peu à peu, et sans doute elle eût eu lieu sans secousses si la duchesse de Navailles , vieille et dévote, quoique fort attachée au monde, n'avoit , pour faire sa cour aux reines , commencé la guerre avec une violence offensante pour le roi. Cet éclat ne fit qu'assurer sa perte, et donna naissance à plusieurs intrigues auxquelles Molière a fait allusion dans sa pièce. Tel étoit l'état de la cour ; examinons à présent celui de la société. Aux désordres de la Fronde on avoit vu succéder les querelles religieuses de Jansenius. Les molinistes accusoient Port-Royal de schisme et d'hérésie ; Port-Royal accusoit les molinistes d'être, au milieu de l'état, une corporation ambitieuse , et de vouloir non réfor. mer, mais gouverner le monde ; il ajoutoit que les docteurs de cette corporation enseignoient une morale sophistiquée , afin d'attirer les foibles par l'espérance, et d'enchaîner les forts par la crainte. Pascal s'étoit élevé avec force contre ces doc. trines, dans ces Petites Lettres que Boileau regardoit comme l'ouvrage le plus parfait de la langue , que Bossuet envioit à son auteur, et dans lequel Voltaire re. connut tous les genres d'éloquence; Pascal enfin venoit, à l'exemple de Socrate, de montrer au monde que rien n'est plus enjoué que la sagesse , que rien n'a plus de grace que la vérité, et que c'est avec l'arme du ridicule qu'il faut combattre les sophistes. Cependant les doctrines qu'il avoit signalées empoisonnoient la multitude“. La religion étoit presque réduite aux apparences , et l'hypocrisie menaçoit le siècle de sa toute-puissance. Elle étoit parlout, excepté sur le trône , lorsque Molière entreprit de lui arracher son masįue, et de la montrer nue aux pieds des autels qu'elle venoit nrofaner. Noble et grande pensée qui fut récompensée par un chef-d'æuvre, par les hommages des hons, et par la haine des méchants. Dès lors les faux dévots décochèrent à l'envi contre Molière tous les traits dont ils avoient

* Second Placet.

** Mollère lui-même avoit pris soin de nous en instruire dans un passage de sa piéce qu'il put obligé de supprimer. Il y étoil dit que l'hypocriste étoit autant en borreur dans l'esprit du roi qu'elle eloit accréditée parmi ses sujets. (Lettre sur la comedie de l'Imposteur.)

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