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ARCAS,

Qui le laisse échapper ne peut le retrouver.
Les fleurs ne sont pas tout ! le verger vient d'éclore;
Et l'Automne a tenu les promesses de Flore.
Le fruit est mûr, et garde, en sa douce âpreté,
D'un fruit à peine mûr l'aimable crudité.
L'oiseau d'un doux plumage enveloppe son aile;
Du milieu des bourgeons le feuillage étincelle;
La rose et Damalis de leur jeune prison
Ont ensemble percé la jalouse cloison.
Effrayée et confuse, et versant quelques larmes,
Sa mère, en souriant, a calmé ses alarmes.
L'hyménée a souri quand il a vu son sein
Pouvoir bientôt remplir une amoureuse main.
Sur le coing parfumé le doux Printems. colore
Une molle toison intacte et vierge encore;
La grenade, entr'ouverte, au fond de ses réseaux
Nous laisse voir l'éclat de ses rubis nouveaux.

IX.

BACCHUS.

Viens, ô divin Bacchus, ô jeune Thyonée,
O Dyonis, Évan, Iacchus et Lénée,
Viens, tel que tu parus aux déserts de Naxos,
Quand ta voix rassurait la fille de Minos !
Le superbe éléphant, en proie à ta victoire,
Avait de ses débris formé ton char d'ivoire;
De pampres, de raisins mollement enchaîné,
Le tigre aux larges flancs, de taches sillonné,
Et le lynx étoilé, la panthère sauvage,
Promenaient avec toi ta cour sur ce rivage.
L'or reluisait partout aux axes de tes chars;
Les Ménades couraient en longs cheveux épars,
Et chantaient Évoë, Bacchus et Thyonée,
Et Dyonise, Évan, Iacchus et Lénée,
Et tout ce que pour toi la Grèce eut de beaux noms;
Et la voix des rochers répétait leurs chansons,
Et le rauque tambour, les sonores cymbales,
Les hautbois tortueux, et les doubles crotales,
Qu'agitaient en dansant sur ton bruyant chemin

Le Faune, le Satyre et le jeune Sylvain,
Au hasard attroupés autour du vieux Silène,
Qui, sa coupe à la main, de la rive indienne,
Toujours ivre, toujours débile, chancelant,
Pas à pas cheminait sur son âne indolent,

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X.

EUPHROSINE.

Ah! ce n'est point à moi qu'on s'occupe de plaire :
Ma sæur plus tôt que moi dut le jour à ma mère.
Si quelques beaux bergers apportent une fleur,
Je sais qu'en me l'offrant ils regardent ma soeur.
S'ils vantent les attraits dont brille mon visage,
Ils disent à ma soeur : C'est ta vivante image.
Ah! pourquoi n'ai-je encor vu que douze moissons !
Nul amant ne me flatte en ses douces chansons;
Nul ne dit qu'il mourra si je suis infidèle.
Mais j'attends : l'âge vient; je sais que je suis belle;
Je sais qu'on ne voit point d'attraits plus désirés
Qu'un visage arrondi, de longs cheveux dorés,
Dans une bouche étroite un double rang d'ivoire,
Et sur de beaux yeux bleus une paupière noire.

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1

LE Navire éloquent, fils des bois du Pénée,
Qui portait à Colchos la Grèce fortunée,
Craignant près de l’Euxin les menaces du nord,
S'arrête, et se confie au doux calme d'un port!,
Aux regards des héros le rivage est tranquille:
Ils descendent. Hylas prend un vase d'argile,
Et va, pour leurs banquets sur l'herbe préparés,
Chercher une onde pure en ces bords ignorés.
Reines , au sein d'un bois, d'une source prochaine,
Trois Naïades l'ont vu s'avancer dans la plaine.
Elles ont vu ce front de jeunesse éclatant,
Cette bouche, ces yeux; et leur onde, à l'instant
Plus limpide, pour lui coule; un léger zéphire,

1. Le célèbre navire Argo, dont les Argonautes prirent leur nom. On sait qu'une tempête, survenue pendant la navigation, obligea ce vaisseau à relâcher dans l'ile de Lemnos. (Note de l'Editeur.)

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