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D'un murmure plus doux l'avertit et l'attire :
Il accourt. Devant lui l'herbe jette des fleurs :
Sa main errante suit l'éclat de leurs couleurs;
Elle oublie, à les voir, l'emploi qui la demande,
Et s'égare à cueillir une belle guirlande.
Mais l'onde encor soupire et sait le rappeler :
Sur l'immobile arène il l'admire couler,
Se courbe; et, s'appuyant sur la rive penchante,
Dans le cristal sonnant plonge l'urne pesante.
De leurs roseaux touffus les trois Nymphes soudain
Volent, fendent leurs eaux,

l'entraînent

par

la main En un lit de jonc frais et de mousses nouvelles. Sur leur sein, dans leurs bras, assis au milieu d'elles, Leur bouche, en mots mielleux, où l'Amour est vanté, Le rassure et le loue, et flatte sa beauté. Leurs mains vont caressant sur sa joue enfantine De la jeunesse en fleur la première étamine, Ou sèchent, en riant, quelques pleurs gracieux Dont la frayeur subite avait rempli ses yeux.

«Quand ces trois corps

d'albâtre atteignaient le rivage, « D'abord j'ai cru, dit-il, que c'était mon image Qui, de cent flots brisés prompte à suivre la loi, «Ondoyante, volait et s'élançait vers moi. »

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Mais Alcide inquiet, que presse un noir augure,
Va, vient, le cherche, crie auprès de l'onde pure :

(

Hylas! Hylas ? ! » Il crie et mille et mille fois : Le jeune enfant de loin croit entendre sa voix, Et du fond des roseaux, pour adoucir sa peine, Lui répond d'une voix inentendue et vaine.

DE Pange, c'est vers toi qu'à l'heure du réveil
Court cette jeune fille au teint frais et vermeil.
Va trouver mon ami, va, ma fille nouvelle,
Lui disais-je. Aussitôt, pour te paraître belle,
L'eau pure a ranimé son front, ses yeux brillans;
D'une étroite ceinture elle a pressé ses flancs;
Et des fleurs sur son sein, et des fleurs sur sa tête,
Et sa flûte à la main, sa flûte qui s'apprête
A défier un jour les pipeaux de Ségrais,
Seuls connus parmi nous aux Nymphes des forêts.

1.

His adjungit Hylan, nautæ quo fonte relictum
Clamåssent, ut littus, Hyla , Hyla, omne sonaret.

(VIRGIL., Eclog. VI.)

(Note de l'Éditeur.)

!

XII.

NÉÈRE.

Mais telle qu'à sa mort, pour la dernière fois,
Un beau cygne soupire, et de sa douce voix,
De sa voix qui bientôt lui doit être ravie,
Chante, avant de partir, ses adieux à la vie :
Ainsi, les yeux remplis de langueur et de mort,
Pâle, elle ouvrit sa bouche en un dernier effort.

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« () vous, du Sébéthus Naiades vagabondes, Coupez sur mon tombeau vos chevelures blondes! Adieu, mon Clinias! moi, celle qui te plus, Moi, celle qui t'aimai, que tu ne verras plus! «() Cieux, ô Terre, ô Mer, Prés, Montagnes, Rivages,

Fleurs, Bois mélodieux, Vallons, Grottes sauvages, « Rappelez-lui souvent', rappelez-lui toujours « Néère tout son bien, Néère ses amours, « Cette Néère, hélas ! qu'il nommait sa Néère, Qui, pour lui criminelle, abandonna sa mère; Qui, pour lui fugitive, errant de lieux en lieux,

« Aux regards des humains n'osa lever les yeux ! « Oh! soit que l'astre pur des deux frères d'Hélène ! « Calme sous ton vaisseau la vague ionienne; « Soit qu'aux bords de Pæstum, sous ta soigneuse main, « Les roses deux fois l'an couronnent ton jardin; « Au coucher du soleil, si ton âme attendrie « Tombe en une muette et molle rêverie, « Alors, mon Clinias, appelle, appelle-moi! « Je viendrai, Clinias; je volerai vers toi. « Mon âme vagabonde à travers le feuillage « Frémira. Sur les vents ou sur quelque nuage « Tu la verras descendre; ou, du sein de la mer « S'élevant comme un songe, étinceler dans l'air; « Et ma voix, toujours tendre et doucement plaintive, « Caresser, en fuyant, ton oreille attentive. »

1. Castor et Pollux. Les poètes ont fait de ces deux frères la constellation des gémeaux. (Note de l'Éditeur.)

1

FRAGMENS,

OETA, mont ennobli par cette nuit ardente,
Quand l'infidèle époux d'une épouse imprudente !
Reçut de son amour un présent trop jaloux,
Victime du Centaurea immolé par ses coups !
Il brise tes forêts; ta cime épaisse et sombre
En un bûcher immense amoncèle sans nombre
Les sapins résineux que son bras a ployés.
Il y porte la flamme, il monte, sous ses piés
Étend du vieux lion la dépouille héroïque;
Et, l'ail au Ciel, la main sur la massue antique,
Attend sa récompense et l'heure d'être un dieu.
Le vent souffle et mugit : le bûcher, tout en feu,
Brille autour du héros; et la flamme rapide
Porte aux palais divins l'âme du grand Alcide!

J'étais un simple enfant qu'elle était grande et belle.
Elle me souriait et m'appelait près d'elle.
Debout sur ses genoux, mon innocente main

1. Déjanire.

2. Nessus. (Note de l'Édit.)

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