Images de page
PDF
ePub

fer de la nécessité, en promettant au trépas son être tout entier, i'incrédulité laisse le raisonneur en proie au désespoir le plus affreux. Plus ce raisonneur sera juste, honnête, vertueux, plus il aura à gémir de l'impunité des crimes qui l'environnent, des méchans qui l'accablent, des iniquités dont il sera la victime. Mais la foi soutient, au contraire, le courage des hommes pénétrés de ces vérités célestes. Elle les ranime, et s'ils sont éprouvés dans cette vie par des afflictions qui l'empoisonnent, rien n'altere du moins leur espérance, qui est, selon l'expression des livres saints, pleine d'immortalité. Spes eorum immortalitatis plena.

Linguet,

Bonheur de la Religion. Religion, quel est ton empire !. que de vertus te doivent les humains ! oh, qu'il est heureux le mortel qui, pénétré de tes vérités sublimes, trouve sans cesse dans ton sein un asile contre le vice, un refuge contre le malheur! tant que l'inconstante fortune sourit à ses innocens désirs, tant qu'il coule des jours sans nuage, tu sais les embellir encore: tu viens ajouter un nouveau plaisir au bien qu'il fait à ses semblables; tu donnes un charme de plus aux délices d'une bonne action. Ta sévérité même est un bienfait: tu ne retranches du bonheur que ce qui pourrait le corrompre: tu ne défends de chérir que ce qu'on rougirait d'aimer. Si le sort accable au contraire une ame soumise à tes lois saintes, c'est alors, surtout, c'est alors qu'elle trouve en toi son plus fernie appui. Sans prescrire l'insensibilité que la nature heureusement rend impossible, tu nous apprends à supporter les maux dont tu permets qu'on s'atllige, tu descends dans les cours déchirés pour calmer leurs douleurs cuisantes, pour leur présenter un dernier espoir, et tu n'éteins pas ce pur sentiment qui les fait souffrir et qui les fait vivre.

Florian. Gonsalve de Cordou.

L'Eloquence Chrétienne. Les anciens n'ont connu que l'éloquence judiciaire et politique: l'élouence morale, c'est-à-dire, l'éloquence de tout temps, de tout gouvernement, de tout pays, n'a paru sur la terre qu'avec la loi évangélique. Cicéron défend un client, Démosthène combat un adversaire, ou tâche de rallumer l'amour de la patrie chez un peuple dégénéré: l'un et l'autre ne savent que remuer les passions, et fondent toutes leurs espérances de succès sur le trouble qu'ils jettent dans les cæurs. L'éloquence de la chaire a cherché les siens dans une région plus élevée. C'est en combattant les mouvemens de l'ame, qu'elle prétend séduire; c'est en apaisant toutes les passions, qu'elle s'en veut faire écouter: Dieu et la charité voilà son texte, toujours le même, toujours inépui sable. Il ne lui faut ni les cabales d'un parti, oi des émotions populaires, ni de grandes circonstances pour briller. Dans la paix la plus profoude, sur le cercueil du citoyen le plus obscur, elle trouvera ses mouvemens les plus sublimes ; elle saura intéresser pour une vertu ignorée ; elle fera couler des larmes pour un homme dont on n'a jamais entendu parler. Incapable de crainte et d'injustice, elle donne des leçons aux rois, mais sans les insulter; elle console le pauvre, mais sans flatter ses Víces. La politique et toutes les choses de la terre ne lui sont point inconnues, mais ces choses, qui fesaient les premiers motifs de l'éloquence antique, ne sont pour elle que des raisons secondaires ; elle les voit des hauieurs où elle domine, comme un aigle aperçoit du sommet de la niontagne les objets abaissés de la plaine.

Châteaubriand. Génie du Christianisme.

Exorde d'un Ser mon par Bridaine. Je me souviens de lui avoir entendu répéter le début d'un premier sermon qu'il prêcha dans l'église de St. Sulpice, à Paris, en 1751. La plus haute compagnie de la capitale vint l'entendre par curiosité. Bridaine aperçut dans l'assemblée plusieurs évêques, des personnes décorées, une foule innombrable d'ecclésiastiques; et ce spectacle, loin de l'intimider, lui inspira l'exorde qu'on va lire. Voici ce que ma mémoire me rappelle de ce morceau dont j'ai toujours été vive. ment frappé, et qui ne paraîtra peut-être point indigne de Bossuet ou de Démosthènes.

“ A la vue d'un auditoire si nouveau pour moi, il semble, ines frères, que je ne devrais ouvrir la bouche que pour vous demander grâce en faveur d'un pauvre missionnaire, dépourvu de tous les talens que vous exigez quand on vient vous parler de votre salut. J'éprouve cependaut aujourd'hui un sentiment bien différent; et, si je suis humilié, gardezvous de croire que je m'abaisse aux misérables inquiétudes de la vanité. A Dieu ne plaise qu'un ministre du ciel pense jamais avoir besoin d'excuse auprès de vous! car, qui que vous soyez, vous n'êtes, comme moi, que des pécheurs ; c'est devant votre Dieu et le mien que je me sens pressé dans ce moment de frapper ma poitrine. Jusqu'à présent j'ai publié les justices du Très-Haut dans des temples couverts de chaume; j'ai prêché les rigueurs de la pénitence à des infortunés qui manquaient de pain ; j'ai annoncé aux bons habitans des campagnes les vérites les plus effrayantes de ma religion qu'ai-je fait malheureux ? j'ai contristé les pauvres, les meilleurs amis de mon Dieu; j'ai porté l'épouvante et la douleur dans ces amies simples et fidèles, que j'aurais dû plaindre et consoler. C'est ici, od mes regards ne tombent que sur des grands, sur des riches, sur des oppresseurs de l'humanité souffrante, ou sur des pécheurs audacieux et endurcis: ab! c'est ici seuleznent qu'il fallait faire retentir la parole sainte dans toute la force de son tonnerre, et placer avec moi dans cette chaire, d'un côté la mort qui vous menace, et de l'autre mon graud Dien qui vient vous juger. Je tiens aujourd'hui votre sentence à la main. Tremblez donc devant moi, hommes superbes et dédaigneux qui m'écoutez. La nécessité du salut, la certitude de la mort, l'incertitude de cette heure si effroyable pour vous, l'impénitence finale, le jugement dernier, le petit nombre des élus, l'enfer, et, par-dessus tout, l'éternité-l'éternité! voilà les sujets dont je viens vous eptretenir, et que j'aurais dû, sans doute, réserver pour vous seuls. Et qu'ai-je besoin de vos suffrages, qui me damncraient, peut-être, sans vous sauver? Dieu va vous émouvoir, tandis que son indigne ministre vous parlera; car j'ai acquis une longue expérience de ses miséricordes. Alors, pénétrés d'horreur pour vos iniquités passées, vous viendrez vous jeter dans mes bras, en versant des larnies de componction et de repentir, et à force de remords vous me trouverez assez éloquent.”

Le Cardinal Maury.

Eloquence de Bridaine. Rappellerai-je encore une parabole employée par ce même missionnaire (Bridaine), qu'on a voulu faire passer pour un bouffon?

“ Un homme accusé d'un crime dont il n'était pas coupable, était condamné à la mort par l'iniquité de ses juges. On le mène au supplice, et il ne se trouve di potence dressée, ni bourreau pour exécu ter la sentence. Le peuple, touché de compassion, espère que ce malheureux évitera la mort. Un homme élève la voix et dit : Je vais dresser une potence, et je servirai de bourreau. Vous frémissez d'indignation. Eh bien, mes frères, chacun de vous est cet homme inhumain. Il n'y a plus de Juif, aujourd'hui pour crucifier Jésus-Christ; vous vous levez et vous dites : “C'est moi qui le crucifierai.”

J'ai moi-même entendu Bridaine, avec la voix la plus perçante et la plus déchirante, avec la figure d'apôtre la plus vénérable, tout jeune qu'il était, avec un air de compouctiou que personne n'a jamais eu comme lui en chaire ; je l'ai entendu prononçant ce morceau, et j'ose dire que l'éloquence n'a jamais produit un effet semblable : on n'entendit que des sanglots.

Marmontel.

Petit Nombre des Elus.

Je n'arrête à vous, mes frères, qui êtes ici assemblés. Je ne parle plus du reste des hommes; je vous regarde comme si vous étiez seuls sur la terre: et voici la pensée qui m'occupe et qui m'épouvante.* Je

. La première fois que Massillon prêcha ce sermon à la cour, lorsqu'il fut à cet endroit un transport de saisissement s'empara de tout l'auditoire; presque tout le monde se leva à moitié par un mouvement involontaire: le murmure d'acclamation et de surprise fut si fort qu'il troubla l'orateur, et æ trouble ne servit qu'à aug. inenter le pathétique de ce morceau.

suppose que c'est ici votre dernière heure et la fin de l'univers; que les cieux vont s'ouvrir sur vos têtes, Jésus-Christ paraître dans sa gloire au milieu de ce temple, et que vous n'y êtes assemblés que pour l'attendre, et comme des criminels tremblans à qui l'on va prononcer une sentence de grâce ou un arrêt de mort éternelle: car vous avez beau vous flatter, vous mourrez tels que vous êtes aujourd'hui; tous ces désirs de changement qui vous amusent, vous amuseront jusqu'au lit de la mort, c'est l'expérience de tous les siècles; tout ce que vous trouverez alors en vous de nouveau sera peut-être un compte un peu plus grand que celui que vous auriez aujourd'hui à rendre; et sur ce que vous seriez si l'on venait vous juger dans le moment, vous pouvez presque décider de ce qui vous arrivera au sortir de la vie.

Or je vous demande, et je vous le demande frappé de terreur, ne séparant pas en ce point mon sort du vôtre, et me mettant dans la même disposition où je souhaite que vous soyez; je vous demande donc: si Jésus-Christ paraissait dans ce teniple, au milieu de cette assemblée la plus auguste de l'univers, pour nous juger, pour faire le juste discerne. ment des boucs et des brebis, croyez-vous que le plus grand nombre de tout ce que nous sommes ici fût placé à la droite ? Croyez-vous que les choses du moins fussent égales ? Croyez-vous qu'il s'y trouvat seulement dix justes, que le Seigneur ne put trouver autrefois en cinq villes toutes entières; Je vous le demande, vous l'ignorez et je l'ignore moi-même. Vous seul, ô mon Dieu! connaissez ceux qui vous appartiennent. Mais si nous ne connaissonis pas ceux qui lui appartiennent, nous savons du moins que les pécheurs ne lui appartiennent pas. Or, qui sent les fidèles? Les titres et les dignités ne doivent être comptés pour rien ; vous en serez dépouillés devant Jésus-Christ; qui sont-ils? beaucoup de pécheurs qui ne veulent pas se convertir; encore plus, qui le voudraient, mais qui différent leur conversion; plusieurs autres

, qui ne se convertissent jamais que pour retomber; enfin un grand nombre qui croient n'avoir pas besoin de conversion ; voilà le parti des réprou. vés. Retranchez ces quatre sortes de pécheurs de cette assemblée sainte; car ils en seront retranchés au grand jour : 'paraissez maintenant, justes; où êtes-vous ? Restes d'Israël, passez à la droite : froment de Jésus-Christ, démêlez-vous de cette paille destinée au feu : 0 Dieu! où sont vos élus, et que reste-il pour votre partage?

Massillon.

Incertitude du Temps de la Mort. Ici, mes frères, je ne vous demande que de la raison. Quelles sont les conséquences naturelles que le bon sens tout seul doit tirer de l'incertitude de la inort?

Premièrement, l'heure de la mort est incertaine ; chaque année, chaque jour, chaque moment peut être le dernier de notre vie: done, c'est une folie de s'attacher à tout ce qui doit passer en un instant, et de perdre par-là le seul bien qui ne passera pas: donc, tout ce que vous fuiles uniquement pour la terre doit vous paraître perdu, puisque vous n'y tenez à rien, que vous n'y pouvez compter sur rien, et que vous n'eu emporterez rien que ce que vous aurez fait pour le ciel; donc, les royaumes du monde et toute leur gloire ne doivent

pas

balancer moment les intérêts de votre éternité, puisque les grandes fortunes ne vous assurent pas plus de jours que les médiocres, et que l'unique avantage qui peut vous en revenir, c'est un chagrin plus amer, quand il faudra au lit de la mort s'en séparer pour toujours: donc, tous vos soins, tous vos mouvemens, tous vos désirs doivent se réunir à vous ménager une fortune durable, un bonheur éternel que personne ne puisse plus vous ravir.

Secondement, l'heure de votre mort est, incertaine: donc, vous devez mourir chaque jour; ne vous permettre aucune action dans laquelle vous ne voulussiez point être surpris; regarder toutes vos démarches comme les démarches d'un mourant qui attend à tous momens qu'on lui vienne redemander son ame; faire toutes vos æuvres comme si vous deviez à l'instant en aller rendre compte ; et puisque vous ne pouvez pas répondre du temps qui suit, régler tellement le présent que vous n'ayez pas besoin de l'avenir pour le réparer.

Enfin l'heure de votre mort est incertaine: donc, ne différez pas votre pénitence; ne tardez pas de vous convertir au Seigneur : le temps presse. Vous ne pouvez pas même vous répondre d'un jour, et vous renvoyez à un avenir éloigné et incertain. Si vous aviez imprudemment avalé un poison mortel, renverriez-vous à un temps éloigné le remède qui presse et qui peut seul vous conserver la vie ? La mort que vous porteriez dans le sein, vous permettrait-elle des délais et des remises ? voilà votre état. Si vous êtes sages, prenez à l'instant vos précautions : : vous portez la mort dans votre ame puisque vous y portez le péché: hatez-vous d'y remédier; tous les instans sont précieux à qui ne peut se répondre d'aucun: Je breuvage empoisonné qui infecte votre ame ne saurait vous mener loin ; la bonté de Dieu vous offre encore le remède;'hâtez-vous encore une fois d'en user, tandis qu'il vous en laisse le temps. Faudrait-il des extil stations pour vous y résoudre? Ne devrait-il pas suffire qu'on vous montrat le bienfait de la guérison? Faut-il exhorter un infortuné que les flots entrainent, à faire des efforts pour se garantir du naufrage? Devriez-vous avoir besoin là-dessus de notre ministère ? Vous touchez à votre dernière heure; vous allez paraître dans un clin d'oeil devant le tribunal de Dieu; vous pouvez employer utilement le moment qui vous reste: presque tous ceux qui meurent tous les jours à vos yeux le laissent échapper, et meurent sans en avoir fait aucun usage; vous imitez leur négligence ; la même surprise vous attend; vous mourrez comme eux, avant d'avoir commencé à mieux vivre: on le leur avait annoncé, et nous vous l'annonçons : leur malheur vous laisse insensibles, et le sort infortuné qui vous attend ne touchera pas davantage ceux à qui nous l'annoncerons un jour: c'est une succession d'aveuglement qui passe du père aux enfans, et qui se perpétue sur la terre : nous voulons tous mieux vivre, et nous mourons tous avant d'avoir bien vécu.

Massillon. Serrnon sur la Mort.

« PrécédentContinuer »