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quatrains et les deux tercets doivent être terminés chacun par un repos encore plus grand.

D'ailleurs tout doit être noble dans ce poëme, pensées, style, élocution. Point de répétitions, point de redondance. La force et l'élévation en sont les principaux caractères.

On voit cependant des Sonnets, dont les sujets ne sont pas sublimes ; le style alors en est médiocre, et doit l'être. Voici deux exemples du Sounet. Le premier dans le genre simple, exprime la nature même du Sonnet.

Doris qui sait qu'aux vers quelquefois je me plais,
Me demande un sonnet, et je m'en désespère.
Quatorze vers, grand Dieu ! le moyen de les faire?
En voilà cependant déjà quatre de faits.
Je ne pouvais d'abord trouver de rimes, mais
En faisant on apprend à se tirer d'affaire.
Poursuivons, les quatrains ne m'étonneront guère,
Si du premier tercet je puis faire les frais.
Je commence au hasard, et si je ne m'abuse,
Je n'ai pas commencé sans l'aveu de la muse,
Puisqu'en si peu de temps je m'en tire si net.
J'entame le second, et ma joie est extrême:
Car des vers commandés j'achève le treizième.
Comptez s'ils sont quatorze, et voilà le sonnet.

AUTRE SONNET.
Grand Dieu, tes jugemens sont remplis d'équité :
Toujours tu prends plaisir à nous ètre propice.
Mais j'ai tant fait de mal, que jamais ta bonté
Ne me pardonnera qu'en blessant ta justice.
Oui, Seigneur, la grandeur de mon impiété
Ne laisse à ton pouvoir que le choix du supplice
Ton intérêt s'oppose à ma félicité,
Et ta clémence même attend que je périsse.
Contente ton désir, puisqu'il t'est glorieux :
Offense-toi des pleurs qui coulent de mes yeux:
Tonne, frappe, il est temps, rend-moi guerre pour guerre.
J'adore en périssant la raison qui t'aigrit.
Mais dessus quel endroit tombera ton tonnerre,
Qui ne soit tout couvert du sang de Jésus-Christ?

DU RONDEAU.

Le Rondeau né Gaulois a la naïveté.

Tel est le caractère de ce petit poëme. Toutes sortes de vers y sont propres, excepté les Alexandrins qui ont trop de gravité. Il y entre treize vers de même mesure sur deux rimes.

On peut faire dans le Rondeau ce qu'on ne fait point dans les autres poëmes. Comme il ne doit y avoir dans les huit derniers vers que trois riimnes féminines, ou peut mettre de suite sur trois rimes mas

a

culines le cinquième, le sixième et le septième. Mais on fait rare inent ce mélange dans les cinq derniers vers.

Le Rondeau a deux repos nécessaires, l'un après le cinquième vers, l'autre après le refrain.

Le refrain qui se place après le huitième vers, et à la fin de la pièce, n'est autre chose que la répétition d'un ou de plusieurs mots du premier vers.

Il doit avoir un sens lié avec ce qui précède, et être amené délicatement. Le premier des deux Rondeaux qui suivent explique les règles du poëme.

Ma foi, c'est fait de moi, car Isabeau
M'a conjuré de lui faire un rondeau:
Cela me met en une peine extrême.
Quoi! treize vers, huit en egu, cinq en ême!
Je lui ferais aussi-tôt un batean,
En voilà cinq pourtant en un monceau.
Faisons-en huit, en invoquant Brodeau,
Et puis mettons, par quelque stratagème.

Mla foi, c'est fait.
Si je pouvais encor de mon cerveau
Tirer cinq vers, l'ouvrage serait beau.
Mais cependant me voilà dans l'onzième.
Et si je crois que je fais le douzième:
En voilà treize ajustés au niveau.

AUTRE RONDEAU.
Le bel esprit, au siècle de Marot,
Des dons du Ciel passait pour le gros lot;
Des grands seigneurs il donnait accointance,
Menait par fois à noble jouissance,
Et qui plus est fesait bouillir le pot.
Or est passé ce temps où d'un bon mot,
Stance ou dixain, on payait son écot;
Plus n'en voyons qui prennent pour finance.

Le bel esprit.
A prix d'argent l'auteur comme le sot,
Boit sa chopine et mange son gigot,
Heureux encor d'en avoir suffisance!
Maints ont le chef plus rempli que la panse:
Dame Ignorance a fait enfin capot.

Le bel esprit.

DE L'ÉPIGRAMME.
I.'Epigramme plus libre, en son tour plus borné,
N'est souvent qu'un bon mot de deux rimes orné.

Cette pièce ne doit contenir qu'autant de vers qu'il en faut pour exprimer vivement la pensée ou le bon mot qui en est l'ame. C'est pourquoi le nombre n'en est pas détern.iné, non plus que la mesure et le mélange des rimes. Exemples:

Cy git ma femme: Ah! qu'elle est bien
Pour son repos et pour le mien!

Un magister s'empressant d'étouffer
Quelque rumeur parmi la populace,
D'un coup dans l'ail se fit apostropher,
Dont il tomba, faisant laide grimace.
Lors un frater s'écria: Place, place;
J'ai pour ce mal un banme souverain.
Perdrai-je l'ail? lui dit messer Pancrace.
Non, mon ami, je le tiens dans ma main.

Contre un mauvais médecin.
Mes malades jamais ne se plaignent de moi,
Disait un médecin d'ignorance profonde.
Ah! répartit un plaisant, je le croi,
Vous les envoyez tous se plaindre en l'autre monde.

F. de Neufchâteau.
Contre Fréron.
Je te tiens souris téméraire;
Un trébuchet me fait raison :
Tu me rongeais, coquine, un tome de Voltaire
Tandis que j'avais là les cuvres de Fréron.

Guichard.

DU MADRIGAL.

Le Madrigal plus simple, et plus noble en son tour,
Respire la douceur, la tendresse, et l'amour.

Ce petit poëme ne diffère que par là de l'épigramme, dont la poiute est souvent aiguisée par la satire. Exemples:

L'autre jour l'enfant de Cythere,
Sous une treille à demi gris:
Disait, en parlant à sa mère:
Je bois à toi, ma chère Iris.
Vénus le regarde en colère.
Maman, calmez votre courroux;
Si je vous prends pour ma bergère,

J'ai pris cent fois Iris pour vous.
A Madame la Marquise du Châtelet, au nom de Madame de

Boufflers, en lui envoyant une étrenne.
Une étrenne frivole à la docte Uranie!
Peut-on la présenter? oh, très-bien, j'en réponds.
Tout lui plait, tout convient à son vaste génie:
Les livres, les bijous, les compas,

les pompons,
Les vers, les diamans, le biribi, l'optique,
L'algèbre, les soupers, le Latin, les jupons,
L'opéra, les procès, le bal, et la physique.

Réponse de Madame du Châtelet.
Hélas? vous avez oublié
Dans cette longue kirielle.
De placer la tendre amitié;
e donnerais tout le reste pour elle.

A Madame de
Vous êtes belle, et votre sæur est belle,
Entre vous deux tout choix serait bien doux,

L'amour était blond comme vous,
Mais il aimait une brune comme elle.

Sur Madame de

Iris s'est rendue à ma foi.

Qu'eut-elle fait pour sa défense
Nous étions trois, elle, l'Amour, et moi,

Et l'Amour fut d'intelligence.

DE L'EPITAPH E.

L'épitaphie est une inscription que l'on met sur un tonbezu.

E'pitaphe de Piron, par lui-même.
Ami passant, qui désire connaître
Ce que je fus: je ne voulus rien être:
Je vécus nul, et certes je fis bien;
Car, après tont, bien fou qui se propose,
De rien venant, et redevenant rien,

D'être ici bas, en passant, quelque chose.
Autre Epitaphe de Piron, par lui-même. .

J'achève ici-bas ma route;
C'était un vrai casse-cou.
J'y vis clair, je n'y vis goutte;
J'y fus sage, j'y fus fou:
A la fin j'arrive au trou
Que n'échappent fou ni sage,
Pour aller je ne sais où:
Adieu Piron, bon voyage.

De J. J. Rousseau.

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D'un ivrogne qui voulut avoir pour cercueil un tonneau qu'il acait

Ci-git qui creusa sun tombeau,

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SCÈNES COMIQUES EN VERS.

Des succès fortunés du spectacle tragique
Dans Athènes naquit la comédie antique.
Chacun, peint avec art dans ce nouveau miroir,
S'y vit avec plaisir, ou crut ue s'y point voir :
L'avare, des premiers, rit du tableau fidèle
D'un avare souvent tracé sur son modèle;
Et mille fois un fat finement exprimé
Méconnut le portrait sur lui-même formé.

BOILEAU.

Scène du Tartuffe.

ORGON, qui arrive de la campagne, oi il avait passé deux jours,

CLÉANTE, DORINE.

Org.

AH! mon frère, bon jour.
Clé. Je sortais, et j'ai joie à vous voir de retour.
La campagne à présent n'est pas beaucoup fleurie.

Org. Dorine (à Cléante). --Mon beau-frère, attendez, je vous prie.
Vous voulez bien souffrir, pour m'ôter de souci,
Que je m'informe un peu des nouvelles d'ici.
( 4 Dorine.) Tout s'est-il, ces deux jours, passé de bonne sorte ?
Qu'est-ce qu'on fait céans ? comme est-ce qu'on s'y porte ?

Dor. Madame eut avant-hier la fièvre jusqu'au soir,
Avec un mal de tête étrange à concevoir.

Org. Et Tartuffe ?
Dor.

Tartuffe ! il se porte à merveille,
Gros et gras, le teint frais, et la bouche vermeille.

Org. Le pauvre homme!
Dor.

Le soir, elle eut un grand dégoût,
Et ne put, au souper, toucher à rien du tout,
Tant sa douleur de tête était encore cruelle !

Org. Et Tartuffe?
Dor.

Il soupa, lui tout seul, devant elle;
Et fort dévotement il mangea deux perdrix,
Avec une moitié de gigot en hachis.

Org. Le pauvre hoinme!
Dor.

La nuit se passa tout entière
Sans qu'elle pât fermer un moment la paupière ;

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