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Tout ce déguisement n'est qu'une adresse vaine ;
Je le reconnaitrais seulement à ma haîne;
Il fait pour se cacher des efforts superflus;
C'est Thyeste lui-même, et je n'eu doute plus.

Thy. Moi, Thyeste, seigneur.
At.

Oui, toi-même, perfide!
Je ne le sens que trop au transport qui nie guide;
Et je hais trop l'objet qui paraît à mes yeux,
Pour que tu ne sois point ce Thyeste odieux.
Tu fais bien de pier ce nom si inéprisable:
En est-il sous le ciel un qui soit plus coupable?

Thy. Eh bien : reconnais-moi, je suis ce que tu veux,
Ce Thyeste ennemi, ce frère malheureux.
Quand même tes soupçons et ta haîue funeste
N'eussent point découvert l'infortuné Thyeste
Peut-être que la mienne, esclave malgré moi,
Aux dépens de mes jours m'eût découvert à toi.

At. Ah traitre! c'en est trop, le courroux qui m'anime T'apprendra si je sais comme on puoit un crime. Je rends graces au ciel qui le livre en mes mains: Sans doute que les dieux approuvent mes desseins, Puisque avec mes fureurs leurs soins d'intelligence Tamènent dans des lieux tout pleins de ma vengeance. Perfide, tu mourras: oui, c'est fait de to sort; Ton nom seul en ces lieux est un arrêt de mort, Rien ne t'en peut sauver; la foudre est toute prête; J'ai suspendu long-temps sa chute sur ta tête, Le temps, qui t'a sauvé d'un vainqueur irrité, A grossi tes forfaits par leur impunité.

Thy. Que tardes-tu, cruel, à remplir ta vengeance? Attends-tu de Thyeste une nouvelle offense ? Si j'ai pu quelque temps te déguiser mon nom, Le soin de me venger en fut seul la raison. Ne crois pas que la peur des fers ou du supplice Ait à mon cœur tremblant dicté ce sacrifice. Ærope par ta main a vu trancher ses jours; La même main des miens doit terminer le cours; Je n'en puis regretter la triste destinée. Précipite, inhumain, leur course infortunée, Et sois sûr que contre eux l'attentat le plus noir N'égale point pour moi l'horreur de te revoir.

At. Vil rebut des mortels, il te sied bien encore De braver dans les fers un frère qui t'abhorre. Hola! gardes à moi.

Crébillon.

Scène de Rhadamiste et Zénobie.

RHADAMISTE, ZENOBIE. Zén. Seigneur, est-il permis à des infortunées Qu'au joug d'un fier tyran le sort tient enchaînées D'oser avoir recours dans la honte des fers A ces mêmes Romains maîtres de l'univers ; En effet quel emploi pour ces maîtres du monde, Que le soin d'adoucir ma misère profonde ! Le ciel qui soumit tout à leurs augustes loisRhad. Que vois-je ? ah! malheureux! quels traits! quel son de

voix ! Justes dieux! quel objet offrez-vous à ma vue?

Zén. D'où vient à mon aspect que votre ame est émue, Seigneur ?

Rhad. Ah! si ma main n'edt pas privé du jour

Zen. Qu'entends-je! quels regrets! et que vois-je à mon tour !
Triste ressouvenir ! je frémis, je frissonne,
Où suis-je ? et quel objet? la force m'abandonne:
Ah! seigneur, dissipez mon trouble et ma terreur,
Tout mon sang s'est glacé jusqu'au fond de mon cæur.

Rhad. Ah! je n'en doute plus au transport qui m'anime;
Ma main n’as-tu comnis que la moitié du crime?
Victime d'un cruel contre vous conjuré,
Triste objet d'un amour, jaloux, désespéré,
Que ma rage a poussé jusqu'à la barbarie,
Après tant de fureurs, est-ce vous, Zénobie?

Zén. Zénobie! ah, grands dieux! cruel, mais cher époux,
Après tant de malheurs, Rhadamiste, est-ce vous ?

Rhad. Se peut-il que vos yeux le puissent méconnaitre ?
Oui, je suis ce cruel, cet inhumain, ce traître,
Cet époux meurtrier. Plåt au ciel qu'aujourd'hui
Vous eussiez oublié ses crimes avec lui!
O dieux, qui la rendez à ma douleur mortelle,
Que ne lui rendez-vous un époux digne d'elle ?
Par quel bonheur le ciel touché de mes regrets
Me permet-il encore de revoir tant d'attraits?
Mais hélas ! se peut-il qu'à la cour de nion père
Je trouve dans les fers une épouse si chère :
Dieux! n'ai-je pas assez gémi de mes forfaits,
Sans m'accabler encore de ces tristes objets?
O de mon désespoir victime trop aimable,
Que tout ce que je vois rend votre époux coupable!
Quoi, vous versez des pleurs?
Zéd.

Malheureuse ! et comment
N'en répandrais-je pas dans ce fatal moment?

Ah cruel! Plât aux dieux, que ta main ennemie
N'eût jamais attenté qu'aux jours de Zénobie!
Le cæur à ton aspect désarmé de courroux,
Je ferais mon bonheur de revoir mon époux:
Et l'amour s'honorant de ta fureur jalouse
Dans tes bras avec joie eût remis ton épouse.
Ne crois pas cependant que pour toi sans pitié,
Je puisse te revoir avec ininitió.

Rhad. Quoi! loin de m'accabler, grands dieux! c'est Zénobje
Qui craint de me haïr, et qui s'en justifie!
Ah! punis-moi plutôt; ta funeste bonté
Même en me pardonnant tient de ma cruauté.
N'épargne point mon sang, cher objet que j'adore,
Prive-moi du bonheur de te revoir encore.

(Il se jette à ses genoux.)
Faut-il pour l'en presser embrasser tes genoux ;
Songe au prix de quel sang je devins ton époux.
Jusques à mon amour, tout veut que je périsse:
Laisser le crime en paix, c'est en être complice.
Frappe: mais souviens-toi que malgré ma fureur,
Tu ne sortis jamais un moment de mon cæur;
Que si le repentir tenait lieu d'innocence,
Je n'exciterais plus ni haîne, ni vengeance;
Que malgré le courroux qui te doit animer,
Ma plus grande fureur fut celle de t'aimer.

Zén. Lève-toi, c'en est trop, puisque je te pardonne,
Que servent les regrets où ton cæur s'abandonne ?
Va ce n'est pas à nous que les dieux ont remis
Le pouvoir de punir de si chers ennemis.
Nomme-moi les climats où tu souhaites vivre:
Parle, dès ce moment je suis prête à te suivre:

les remords qui saisissent ton cæur
Naissent de ta vertu plus que de ton malheur.
Heureuse, si pour toi les soins de Zénobie
Pouvaient un jour servir d'exemple à l'Arménie,
La rendre comme moi soumise à ton pouvoir,
Et l'instruire du moins à su son devoir.

Rhad. Juste ciel! se peut-il que des næuds légitimes
Avec tant de vertus unissent tant de crimes!
Que l'hymen associe au sort d'un furieux
Ce que de plus parfait firent naître les dieux !
Quoi! tu peux me revoir, sans que la mort d'un père,
Sans que ma cruauté, ni l'amour de mon frère,
Ce prince, cet amant si grand, si généreux,
Te fassent détester un époux malheureux ?
Et je puis me flatter qu'insensible à sa flamme,
Tu dédaignes les veux du vertueux Arsame?

Sûre que

Que dis-je ? trop heureux que pour moi dans ce jour,
Le devoir dans ton cœur me tienne lieu d'amour.

Zén. Calme les vains soupçons dont ame est saisie,
Ou cache-m'en du moins l'indigne jalousie;
Et souviens-toi qu'un cæur qui peut te pardonner,
Est un cæur que sans crime on ne peut soupçonner.

Le ricme.

Monologue de Hamlet.
Demeure, il faut choisir de l'être et du néant.
Ou souffrir ou périr, c'est-là ce qui m'attend.
Ciel, qui voyez mon trouble, éclairez mon courage.
Faut-il vieillir courbé sous la main qui m'outrage,
Supporter ou finir mon malheur et mon sort?
Qui suis-je, qui in'arrête, et qu'est-ce que la inort?
C'est la fin de nos maux, c'est mon unique asile;
Après de longs transports c'est un sommeil tranquille.
On s'endort, et tout meurt: mais un affreux réveil
Doit succéder peut-être aux douceurs du sommeil.
On nous menace, on dit que cette courte vie,
De tourmens éternelo est aussitôt suivie.
O mort! moment fatal! affreuse éternité,
Tout cæur à ton seul nom se glace épouvanté.
Eb! qui pourrait sans toi supporter cette vie,
De nos prêtres menteurs bénir l'hypocrisie,
D'une indigne maîtresse encenser les erreurs,
Ramper sous un ministre, adorer ses hauteurs,
Et montrer les langueurs de son ame abattue
A des amis ingrats qui détournent la vue?
La mort serait trop douce en ces extrémités,
Mais le scrupule parle et nous crie: arrêtez.
Il défend à nos mains cet heureux homicide,
Et d'un héros guerrier fait un Chrétien timide.

Shakespear.

Imitation de Voltaire.

Monologue de Caton.
Oui, Platon, tu dis vrai, notre ame est immortelle;
C'est un Dieu qui lui parle, un Dieu qui vit en elle.
Eh d'où viendrait sans lui ce grand pressentiment,
Ce dégoût des faux biens, cette horreur du péant?
Vers des siècles sans fiu je sens que tu m'entraînes ;
Du monde et de mes sens je vais briser les chaînes;
Et m'ouvrir loin du corps, dans la fange arrêté;
Les portes de la vie et de l'éternité.

L'éternité! quel mot consolant el terrible !
O lumière ! Ô nuage ! o profondeur horrible!
Que suis-je ? où suis-je ? où vais-je ? et d'où suis-je tiré?
Dans quels climats nouveaux, dans quel monde ignoré,
Le moment du trépas va-t-il plonger mon ètre ?
Où sera cet esprit qui ne peui se connaître ?
Que me préparez-vous, abîmes ténébreux !
Allous, s'il est un Dieu, Catou doit être heureux.
Il en est un sans doute, et je suis son ouvrage.
Lui-même au cæur du juste il empreint son image.
Il doit venger sa cause et punir les pervers.
Mais comment? dans quel temps et dans quel univers ?
Ici la vertu pleure, et l'audace l'opprime;
L'innocence à genoux y tend la gorge au crime;
La fortune y domive, et tout y suit son char.
Ce globe iufortuné fut formé pour César.
Hatons-nous de sortir d'une prison funeste.
Je te verrai sans ombre, ô vérité céleste!
Tu te caches de nous dans nos jours de soinmeil:
Cette vie est un songe et la mort up réveil.

Addison. Imitation du monde.

Scène de Mahomet.

ZOPIRE, OMAR, PHANOR, Suite.
Zopire. Eh bien! après six ans tu revois ta patrie,
Que ton bras défendit, que ton cæur a trahie.
Ces murs sont encore pleins de tes premiers exploits,
Déserteur de nos dieux, déserteur de nos lois,
Persécuteur nouveau de cette cité sainte,
D'où vient que ton audace en profane l'enceinte?
Ministre d'un brigand qu'on dat exterminer,
Parle; que me veux-tu ?
Omar.

Je veux te pardonner.
Le prophète d'un Dieu, par pitié pour ton age,
Pour les malheurs passés, surtout pour ton courage,
Te présente une main qui pourrait t'écraser;
Et j'apporte la paix qu'il daigne proposer.

Zopire. Un vil séditieux prétend avec audace
Nous accorder la paix, et non demander grâce!
Souffrirez-vous, grands Dieux ! qu'au gré de ses forfaits
Mahomet nous ravisse ou nous rende la paix ?
Et vous, qui vous chargez des volontés d'un traître,
Ne rougissez-vous point de servir un tel maitre ?
Ne l'avez-vous pas vu, sans bonneurs et sans biens,
Ramper au dernier rang des derniers citoyens ?
Qu'alors il était loin de taut de renommée!

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