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Zop.

Qui Mah.

La nécessité.
Ton intérêt.

Zop. Avant qu'un tel næud nous rassemble,
Les enfers et les cieux seront unis ensemble.
L'intérêt est ton dieu, le mien est l'équité;
Entre ces ennemis il n'est point de traité.
Quel serait le ciment, réponds-moi, si tu l'oses,
De l'horrible amitié qu'ici tu me proposes?
Réponds; est-ce ton fils que mou bras te ravit?
Est-ce le sang des miens que la main répandit?

Mah. Oui, ce sont tes fils même. Oui, connais un mystère
Dout seul dans l'univers je suis dépositaire :
Tu pleures tes enfans, ils respirent tous deux,

Zop. Ils vivraient ! qu’as-tu dit? Ô ciel! ô jour heureux !
Ils vivraient! c'est de toi qu'il faut que je l'apprenne!

Mah. Elevés dans mon camp, tous deux sont dans ma chaloe
Zop. Mes enfans dans tes fers ! ils pourraient te servir!
Mah. Mes bienfesantes mains ont daigué les nourrir.
Zop. Quoi! tu n'as point sur eux étendu ta colère ?
Mah. Je ne les punis point des fautes de leur père.
Zop. Achève, éclaircis-moi, parle, quel est leur sort?

Mah. Je tiens entre mes mains et leur vie et leur mort;
Tu n'as qu'à dire un mot, et je t'en fais l'arbitre.

Zop. Moi, je puis les sauver ! à quel prix ? à quel titre?
Faut-il donner mon sang? faut-il porter leurs fers?

Mah. Non, mais il faut m'aider à tromper l'univers;
Il faut rendre la Mecque, abandonner ton temple,
De la crédulité donner à tous l'exemple,
Annoncer l'Alcoran aux peuples effrayés,
Me servir en prophète, et tomber à mes pieds :
Je te rendrai ton fils, et je serai ton gendre.

Zop. Mahomet, je suis pere, et je porte un cæur tendse.
Après quinze ans d'ennuis, retrouver mes enfans,
Les revoir, et mourir dans leurs embrassemens,
C'est le premier des biens pour mon ame attendrie:
Mais s'il faut à ton culte asservir ma patrie,
Ou de ma propre main les immoler tous deux,
Connais-moi, Mahomet, mon choix n'est pas douteux.
Adieu.

Mah. (seul.) Fier citoyen, vieillard inexorable,
Je serai plus que toi cruel, impitoyable.

Le même.

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Scène de Mérope. Egisthe, enchainé, parait devant Mérope, qui veut l'interroger sur

le meurtre qu'il a commis en se défendant.

MÉROPE, EURICLÈS, EGISTHE, ISMÉNIE.
Eg. (à Isménie.) Est-ce là cette reine auguste et malheureuse,
Celle de qui la gloire et l'infortune affreuse
Retentit jusqu'à moi dans le fond des déserts?

Ism. Rassurez-vous, c'est elle.
Eg.

O Dieu de l'univers !
Dieu qui fornias ses traits, veille sur ton image!
La vertu sur le trône est ton plus digne ouvrage.

Mér. C'est là ce meurtrier! se peut-il qu'un mortel
Sous des dehors si doux ait un caur si cruel ?
Approche, malheureux, et dissipe mes craintes.
Réponds-moi ? de quel sang tes mains sont-elles teintes?

Eg. O reine, pardonnez! le trouble, le respect,
Glacent ma triste voix tremblante à votre aspect.

(à Euriclès.) Mon ame en sa présence, étonnée, attendrie

Mér. Parle : de qui ton bras a-t-il tranché la vie ?

Eg. D'un jeune audacieux, que les arrêts du sort Et ses propres fureurs ont conduit à la mort.

Mér. D'un jeune homme! mon sang s'est glacé dans mes veines, Ab!--t'était-il copnu? Eg.

Non, les champs de Messenes, Ses murs, leurs citoyens, tout est nouveau pour moi!

Mér. Quoi! ce jeune inconnu s'est armé contre toi ?
Tu n'aurais employé qu'une juste défense?

Eg. J'en atteste le ciel; il sait mon innocence.
Aux bords de la Pamise, en un tempie sacré,
Où l'un de vos aïeux, Hercule, est adoré,
J'osais prier pour vous ce dieu vengeur des crimes;
Je ne pouvais offrir ni préselig ni victimes ;
Né dans la pauvreté, j'offrais de simples veux,
Un cæur pur et soumis, présent des malheureux.
Il semblait le dieu, touché de mou hommage,
Au-dessus de moi-même élevât mon courage.
Deux inconnus armés m'ont abordé soudain,
L'un dans la fleur des ans, l'autre vers sou déclin.
Quel est donc, m'ont-ils dit, le dessein qui te guide?
Et quels veux formes-tu pour la race d’Alcide?
L'un et l'autre à ces mots ont levé le poignard.
Le ciel in'a secouru dans ce triste hasard ;
Cette main du plus jeune a puni la furie ;
Percé de conps, madame, il est tombé sans vic.

VOL. II.

que

* N

L'autre a fui lâchement, tel qu'un vil assassin.
Et moi, je l'avouerai, de mon sort incertain,
Ignorant de quel sang j'avais rougi la terre,
Craignant d'être puni d'un meurtre involontaire,
J'ai traîné dans les fots ce corps ensanglanté.
Je fuyais; vos soldats m'ont bientôt arrêté :
Ils ont nommé Mérope et j'ai rendu les armes.

Eur. Eh! madaine, d'où vient que vous versez des larmes

Mér. Te le dirai-je ? hélas ! tandis qu'il m'a parlé,
Sa voix m'attendrissait; tout mon cæur s'est trouble.
Cresphonte, & ciel! --j'ai cru-que j'en rougis de honte!
Oui, j'ai cru démêler quelques traits de Cresphonte.
Jeux cruels du basard, en qui me montrez-vous
Une si fausse image et des rapports si doux ?
Affreux ressouvenir, quel vain songe

m'abuse !
Eur. Rejetez donc, madame, un soupçon qui l'accuse,
Il n'a rien d'un barbare, et rien d'un imposteur.

Mér. Les dieux ont sur son front imprimé la candeur:
Demeurez: en quel lieu le ciel vous fit-il naitre?

Eg. En Elide.
Mér.

Qu'entends-je ? en Elide! ah! peut-être
L'Elide-répondez - Narbas vous est conny ?
Le nom d'Egisthe au moins jusqu'à vous est venu ?
Quel était votre état, votre rang, votre père ?

Eg. Mon père est un vieillard accablé de misère;
Polyclète est son nom; mais Egisthe, Narbas,
Ceux dont vous me parlez, je ne les connais pas.

Mér. O dieux, vous vous jouez d'une faible mortelle !
J'avais de quelque espoir une faible étincelle,
J'entrevoyais le jour, et mes yeux affligés
Dans la profonde nuit sont déjà replongés.
Et quel rang ros parens tiennent-ils dans la Grèce?

Eg. Si la vertu suffit pour faire la noblesse,
Ceux dont je tiens le jour, Polyclète, Syris,
Ne sont point des mortels dignes de vos mépris :
Leur sori les avilit; ma eur sage constance
Fait respecter en eux l'honorable indigence.
Sous ses rustiques toits mon père vertueux
Fait le bien, suit les lois, et ne craint que les dieux.

Mér. Chaque inot qu'il me dit est plein de nouveaux chasmes.
Pourquoi donc le quitter ? pourquoi causer ses larmes ?
Sans doute il est affreux d'être privé d'un fils.

Eg. Un vain désir de gloire a séduit mes esprits.
On ne parlait souvent des troubles de Messène,
Des malheurs dont le ciel avait frappé la reine,
Surtout de ses vertus dignes d'un autre prix :
Je me sentais ému par ces tristes récits.

De l'Elide en secret dédaignant la mollesse,
J'ai voulu dans la guerre exercer ma jeunesse,
Servir sous vos drapeaux, et vous offrir mon bras;
Voilà le seul dessein qui conduisit més pas.
Ce faux instinct de gloire égara mon courage :
A mes parens, flétris sous les rides de l'age,
J'ai de mes jeunes ans dérobé les secours;
C'est ma première faute, elle a troublé mes jours :
Le ciel m'en a puni; le ciel inexorable
M'a conduit dans le piége et m'a rendu coupable.

Mér. Il ne l'est point: j'en crois son ingénuité:
Le mensonge n'a point cette simplicité.
Tendous à sa jeunesse une mais bienfesante:
C'est un infortuné que le ciel ne présente.
Il suffit qu'il soit hommie, et qu'il soit alheureux.
Mon fils peut éprouver un sort plus rigoureux.
Il me rappelle Egisthe; Egisthe est de son age:
Peut-être comme lui, de rivage en rivage
Inconnu, fugitif, et partout rebuté,
Il souffre le mépris qui suit la pauvreté
L'opprobre avilit l'ame et flétrit le courage.
Pour le sang de nos dieux quel horrible partage

Voltaire.

LA MORT DE CÉSAR,

TRAGÉDIE.

ACTEURS.

JULBS-CÉSAR, dictateur.
MARC-ANTOINE, consul.
JUNIUS-BRUTUS, préteur.
CASSIUS,
DÉCIME,

sénateurs.
DOLABELLA,
CASCA,
Les ROMAINS.
LICTEURS.

La scène est à Rome, ou Capitole.

ACTE PREMIER

SCÈNE I.

CÉSAR, ANTOINE.

Ant. César, tu vas régner; voici le jour auguste Od le peuple Romain, pour toi toujours injuste, Change par tes vertus, va reconnaître en toi Son vainqueur, son appui, son vengeur, et son roi. Antoine, tu le sais, ne connaît point l'envie: J'ai chéri plus que toi la gloire de ta vie ; J'ai préparé la chaîne où tu mets les Romains; Conteni d’èire sous toi le second des bumains ; Plus fier de t'attacher ce nouveau diadème, Plus grand de te servir, que de régner moi-même. Quoi ? tu ne me réponds que par de longs soupirs ! Ta grandeur fait ma joie, et fait tes déplaisirs !

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