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L'autre a fui lâchement, tel qu'un vil assassin.
Et moi, je l'avouerai, de mon sort incertain,
Ignorant de quel sang j'avais rougi la terre,
Craignant d'être puni d'un meurtre involontaire,
J'ai traîné dans les fots ce corps ensanglanté.
Je fuyais; vos soldats in'ont bientôt arrêté :
Ils ont nommé Mérope et j'ai rendu les armes,

Eur. Eh! madame, d'où vient que vous versez des larme:

Mér. Te le dirai-je ? hélas ! tandis qu'il m'a parlé,
Sa voix m'attendrissait; tout mon cæur s'est trouble.
Cresphonte, 8 ciel! --j'ai cru-que j'en rougis de honte!
Oui, j'ai cru démêler quelques traits de Cresphonte.
Jeux cruels du basard, en qui me montrez-vous
Une si fausse image et des rapports si doux ?
Affreux ressouvenir, quel vain songe m'abuse !

Eur. Rejetez donc, madame, un soupçon qui l'accuse,
Il n'a rien d'un barbare, et rien d'un imposteur.

Mér. Les dieux ont sur son front imprimé la candeur:
Demeurez: en quel lieu le ciel vous fit-il nailre?

Eg. En Elide.
Mér.

Qu'entends-je ? en Elide! ah! peut-être
L'Elide-répondez - Narbas vous est connų?
Le nom d'Egisthe au moins jusqu'à vous est venu ?
Quel était votre état, votre rang, votre père ?

Eg. Mon père est un vieillard accablé de misdre;
Polyclète est son nom; mais Egisthe, Narbas,
Ceux dont vous me parlez, je ne les connais pas.

Mér. O dieux, vous vous jouez d'une faible mortelle !
J'avais de quelque espoir une faible étincelle,
J'entrevoyais le jour, el mes yeux affligés
Dans la profonde nuit sont déjà replongés.
Et quel rang vos parens tiennent-ils dans la Grèce?

Eg. Si la vertu suffit pour faire la noblesse,
Ceux dont je tiens le jour, Polyclète, Syris,
Ne sont point des mortels dignes de vos mépris:
Leur sort les avilit; mais leur sage constance
Fait respecter en eux l'honorable indigence.
Sous ses rustiques toits mon père vertueux
Fait le bien, suit les lois, et ne craint que les ditus.

Mér. Chaque mot qu'il me dit est plein de nouveaux cbarmes.
Pourquoi donc le quitter ? pourquoi causer ses larmes ?
Sans doute il est affreux d'être privé d'un fils.

Eg. Un vain désir de gloire a séduit mes esprits.
On ne parlait souvent des troubles de Messene,
Des malheurs dont le ciel avait frappé la reine,
Surtout de ses vertus dignes d'un autre prix :
Je me sentais ému par ces tristes récits.

De l'Elide en secret dédaignant la mollesse,
J'ai voulu dans la guerre exercer ma jeunesse,
Servir sous vos drapeaux, et vous offrir mon bras;
Voilà le seul dessein qui couduisit nes pas.
Ce faux instinct de gloire égara nion courage:
A mes parens, fétris sous les rides de l'age,
J'ai de ines jeunes ans dérobé les secours ;
C'est ma première faute, elle a troublé mes jours :
Le ciel m'en a puni; le ciel inexorable
M'a conduit dans le piége et m'a rendu coupable.

Mér. Il ne l'est point: j'en crois son ingénuité:
Le mensonge n'a point cette simplicité.
Tendous à sa jeunesse une main bienfesante:
C'est un infortuné que le ciel ne présente.
Il suffit qu'il soit homme, et qu'il soit malheureux.
Mon fils peut éprouver un sort plus rigoureux.
Il me rappelle Égisthe; Egisthe est de son age:
Peut-être comme lui, de rivage en rivage
Inconnu, fugitif, et partout rebuté,
Il souffre le mépris qui suit la pauvreté
L'opprobre avilit l'ame et flétrit le courage.
Pour le sang de nos dieux quel horrible partage

Voltaire.

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Ant. César, tu vas régner; voici le jour auguste
Od le peuple Romain, pour toi toujours injuste,
Change par tes vertus, va reconnaître en toi
Son vainqueur, son appui, son vengeur, et son roi.
Antoine, tu le sais, ne connait point l'envie:
J'ai chéri plus que toi la gloire de ta vie ;
J'ai préparé la chaine où tu mets les Romains;
Content d'être sous toi le second des humains ;
Plus fier de t'attacher ce nouveau diadème,
Plus grand de te servir, que de régner moi-même.
Quoi! tu ne me réponds que par de longs soupirs !
Ta grandeur fait ma joie, ct fait les déplaisirs !

Roi de Rome et du monde, est-ce à toi de te plaindre?
César peut-il gémir, ou César peut-il craindre ?
Qui peut à ta grande ame inspirer la terreur?

Cés. L'amitié, cher Antoine : il faut l'ouvrir mon cur.
Tu sais que je te quitte, et le destin m'ordonne
De porter nos drapeaux aux champs de Babylone:
Je pars, et vais venger sur le Parthe inhumain
La honte de Crassus et du peuple Romain.
L'aigle des légions, que je retiens encore,
Demande à s'envoler vers les mers du Bosphore;
Et mes braves soldats n'attendent pour signal
Que de revoir mon front ceint du bandeau royal.
Peut-être avec raison César peut entreprendre
D'attaquer un pays qu'a soumis Alexandre ;
Peut-être les Gaulois, Pompée, et les Romains,
Valent bien les Persans subjugués par ses mains
J'ose au moins le penser; et ton ami se flatte
Que le vainqueur du Rbin peut l'étre de l'Euphrate.
Mais cet espoir m'anime et ne m'aveugle pas:
Le sort peut se lasser die marcher sur mes pas ;
La plus haute sage-se en est souvent trompée;
Il peut quitter César, ayant trahi Pompée;
Et dans les factions, conime dans les combats,
Du triomphe à la chute il n'est souvent qu'un pas.
J'ai servi, comniandé, vaincu quarante années;
Du monde entre mes mains j'ai vu les destinées,
Et j'ai toujours connu qu'en chaque événement
Le destin des états dépendait d'un momcut.
Quoiqu'il puisse arriver, mon cæur n'a rien à craindre;
Je vaincrai sans orgueil, ou mourrai sans me plaindre.
Mais j'exige en partant de ta tendre amitié
Qu'Antoine à mes enfans soit pour jamais lié;
Que Rome par mes mains défendue et conquise,
Que la terre à mes fils, comme à toi, soit soumise ;
Et qu'emportant d'ici le grand titre de roi,
Mon sang et mon ami le prennent après moi.
Je te laisse aujourd'hui na volonté dernière ;
Antoine, à mes enfans il faut servir de père.
Je ne veux point de toi demander des sermens,
De la foi des humains sacrée et vains

garans; Ta promesse suffit, et je la crois plus pure Que les autels des dieux, entourés du parjure.

Ant. C'est déjà pour Antoine une assez dure loi
Que tu cherches la guerre et le trépas sans moi,
Et
que

ton intérêt m'attache à l'Italie,
Quand la gloire t'appelle aux bornes de l'Asie;
Je m'afflige encore plus de voir que ton grand cæus
Doute de sa fortune, et présage un malheur:

Mais je ne comprends point ta bonté qui m'outrage.
César, que me dis-tu de tes fils, de partage!
Tu n'as de fils qu'Octave, et vulle adoption
N'a d'un autre César appuyé ta maison.

Cés. Il n'est plus temps, ami, de cacher l'amertuma
Dont mon cæur paternel en secret se consume :
Octave n'est mon sang qu'à la faveur des lois ;
Je l'ai pommé César, il est fils de mon choix:
Le destin (dois-je dire, ou propice, ou sévère?)
D'un véritable fils en effet m'a fait père ;
D'un fils que je chéris, mais qui, pour mon malbeur,
A ma tendre amitié répond avec horreur.

Ant. Et quel est cet enfant ! quel ingrat peut-il être
Si peu digne du sang dont les dieux l'ont fait naître ?

Cés. Ecoute: tu connais ce malbeureux Brutus,
Dont Caton cultiva les farouches vertus;
De nos antiques lois ce défenseur austère ;
Ce rigide ennemi du pouvoir arbitraire,
Qui, toujours contre puoi les armes à la main,
De tous mes ennemis a suivi le destin,
Qui fut mon prisonnier aux champs de Thessalle,
A qui j'ai malgré lui sauvé deux fois la vie,
Né, nourri loin de moi chez mes fiers enpemis-

Ant. Brutus ! il se pourrait-
Cés.

Ne m'en crois pas, tiens, l'e ont. Dieux ! la seur de Caton, la fière Servilie!

Ces. Par un hymen secret elle me fut unic.
Ce farouche Caton, dans nos premiers débats,
La fit presqu'à nies yeux passer eu d'autres bras:
Mais le jour qui forma ce second hyménée,
De son nouvel époux trancha la destinée.
Sous le nom de Brutus mon fils fut élevé :
Pour me baïr, ô ciel ! était-il réservé?
Mais lis; tu sauras tout par cet écrit funeste.

Ant. (lit.) “ César je vais mourir. La colère céleste
Va finir à la fois ma vie et mon amour.
Souviens-toi qu'à Brutus César donna le jour.
Adieu : puisse ce fils éprouver pour son père
L'amitié qu'en mourant te conservait sa mère !

SERVILI E.
Quoi! faut-il que du sort la tyranvique loi,
César, te donne un fils si peu semblable à toi?

Cés. Il a d'autres vertus: son superbe courage
Flatte en secret le mien, même alors qu'il l'outrage.
Il m'irrite, il me plaît; son cæur indépendant
Sur mes sens étonnés prend un fier ascendant,
Sa fermeté m'impose, et je l'excuse niême
De condamner en moi l'autorité suprême :

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