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moins à garder que si le service exigeait de sa part l'entremise d'un tiers

Homère en peignant les prières humbles, boiteuses, et marchant les yeux baissés, nous indique assez qu'un air présomptueux et vain n'est pas propre à concilier la bienveillance de celui dont on sollicite

à la faveur.

Ces sortes de lettres souffrent un peu de prolixité, soit pour exposer l'espèce d'embarras où l'on se trouve, soit pour détailler la nature du service que l'on attend.

Elles veulent, surtout, beaucoup d'adresse, afin de rendre favorable à vos désirs l'homme qui peut les satisfaire. Parlez à son cæur, intéressez son amour-propre, faites valoir vos rapports avec lui, développez l'importance que vous attachez à la grâce demandée, peiguez, surtout, la durée et la vivacité de la reconnaissance que vous en conserverez, &c.

La familiarité siérait mal dans une lettre de ce genre, la gaiété encore moins : on ne croit guère au besoin de celui qui demande en riapt.

Il n'est permis qu'à l'amitié de plaisanter, de commander même quand elle sollicite.

MODÈLES.

venile.

Lettre de Voltaire d M. de s'Gravcsende. Vous vous souvenez, monsieur, de l'absurde calomnie que l'on fit courir dans le monde pendant mon séjour en Hollande; vous savez si nos prétendues disputes sur le spinosisme, et sur des inatières de religion, ont le moindre fondement: vous avez été si indigné de ce mensonge que vous avez daigné le réfuter publiquement; mais la calomnie a pénétré jusqu'à la cour de France, et la réfutation n'y est pas par

Le mal a des ailes, et le bien va à pas de tortue. Vous ne sauriez croire avec quelle noirceur on a écrit et parlé au cardinal de Fleuri. Tout mon bien est en France, et je suis dans la nécessité de détruire une imposture que, dans votre pays, je me contenterais de mépriser à votre exemple.

Souffrez donc, mon aimable et respectable philosophe, que je vous supplie très-ingtamment de m'aider à faire connaître la vérité. Je n'ai point encore écrit au cardinal pour me justifier. C'est une posture humiliante que celle d'un homme qui fait son apologie: mais c'est un beau rôle que celui de prendre en main la défense d'un homme innocent. Le rôle est digne de vous, et je vous le propose coinme à un homme qui a un cæur digne de son esprit. Ecrivez au cardinal; deux mots et votre nom feront beaucoup, je vous en réponds. Il en croira un homme accoutumé à dénontrer la vérité. Je vous remercie, et je me souviendrai toujours de celles que vous m'avez enseignées: je n'ai qu'un regret, c'est de n'en plus apprendre sous vous. Je vous

lis au moins ne pouvant vous plus vous entendre. L'amour de la vérité m'avait conduit à Leyde; l'amitié seule m'en a arrack:é. En quelque lieu que je sois, je conserverai pour vous le plus tendre attachenient, et la plus parfaite estime.

Lettre de M. de Baville à Madame de Maintenon, 1714. MADAME,— Vous avez eu la bonté de me permettre de recourir à vous dans les affaires les plus importantes qui pouvaient me regarder. Dans cette confiance, je vous prie de m'accorder votre protection. Je demande au roi de donner à mon fils une place de conseiller d'état en remettant celle que je remplis. "ai considéré qu'étant hors d'état de servir S. M. dans ses conseils, à cause de ma surdité, j'étais devenu inutile; et n'ayant qu'un fils, j'avoue que l'objet de mes veux serait de lui voir cet établissement.

Daignez, madame, me donner en cette occasion des marques anciennes boniés pour un vieillard sourd, goutteux, reconnaissant, et revenu de toute ambition, mais non des sentimeus pateivels.

de vos

Lettre de Marmontel à M. le duc de Choiseul, pour lui demander

une audience particulière. MonseigneUR,-- On me dit que vous prêtez l'oreille à la voix qui m'accuse et qui sollicite ma perte. Vous êtes puissant, mais vous étes juste; je suis malheureux, mais je suis innocent. Je vous prie de ni'entendre et de me juger.

Je suis avec un profond respect, &c.

DES RÉPONSES AUX LETTRES DE DEMANDE.

INSTRUCTION. Je ne connais que trois manières de répondre à une lettre de de nande, accorder, refuser, ou promettre. La première est, sans contredit, la plus agréable: il est si doux d'obliger! et celui qui rend le service jouit peut-être encore plus que celui qui le reçoit. Mais, en ce cas, joignez la promptitude à la manière gracieuse; c'est doubler le bienfait que de ne le pas différer; l'homme qui l'attend est dans une sorte d'inpatience dont on ne peut trop tôt le délivrer; et l'on s'assure un droit de plus à sa reconvaissance, en accélérant le moment qui doit satisfaire son désir. Au reste il faut

peu
d'art pour

donner: c'est le refus qui en exige; parce qu'alors on n'est plus soutenu par son cæur et que l'on a même souvent à le combattre en raison de ce que le refus tient à des objets ou s'adresse à des personnes qu'il est pénible de refuser. On s'étend alors plus ou moins sur le chapitre des regrets, sans donner pourtant

S

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aux témoignages de sa sensibilité, ce vernis de phrases et de formules qui en détruit tout le charme.

S'il reste quelque rayon d'espoir, ou invite à le saisir, et l'on promet de faire tout ce qu'il faudra de son côté, pour faire succéder la réalité à l'espérance. L'espérance est effectivenent en des occiir.

à rences pareilles, la meilleure consolation qui puisse être offerte à ceux qui ont échoué dans leurs projets.

MODÈLES. Réponse de Voltaire à M. Lebrun.* Je vous ferais, monsieur, attendre ma réponse quatre mois au moins si je prétendais la faire en aussi beaux vers que les vôtres; il faut nie borner à vous dire en prose conubien j'aime votre ode et votre proposition: il convient assez qu'un vieux soldat du grand Corneille tâche d'être utile à la petite-fille de son général. Quand ou bâtit des châteaux et des églises, et qu'on a des parens pauvres à soutevir, il ne reste guère de quoi faire ce qu’ou voudrait pour une personne qui ne doit être secourue que par les plus grands du royaudie.

Je suis vieux, j'ai une nièce qui aime tous les arts, et qui réussit dans quelques-uns: si la personne dont vous me parlez, et que vous co. nnaissez sans donte, voulait accepter auprès de ma nièce l'éducation la plus honnête, elle en aurait soin comnie de sa fille; je cherclierais à jui servir de père. Le sien n'aurait absolument rien à dépenser pour elle; on lui paierait son voyage jusqu'à Lyon où elle serait adressée à M. Tronchin, qui lui fournirait une voiture jusqu'à mon château, ou bien une femme irait la prendre dans mon équipage. Si cela con. vient, je suis à vos ordres ; et j'espère avoir à vous remercier, jus. qu'au dernier jour de ma vie, de m'avoir procuré l'honneur de faire ce que devait faire M. de Fontenelle. Une partie de l'éducation de cette demoiselle serait de nous voir jouer quelquefois les pièces de son grand-père, et nous lui ferions border les sujets de Cinna et du Cid.t

J'ai l'honneur d'êlre, avec toute l'estime et tous les sentimens que je vous dois, &c.

Lettre de Voltaire à Madame la Princesse de Ligne, qui lui avait

demandé des vers pour le Buste de Madame de Brionne. MADAME,–Vous vous adressez à une fontaine tarie, pour avoir un peu d'eau d'Hippocrène. Je ne suis qu'un vieillard malade au pied des Alpes, qui ne sont pas le mont Parnasse. Ne soyez pas surprise si j'exécute si mal vos ordres. Il est plus aisé de mettre

• Il lui avait écrit en faveur de Mademoiselle Corneille. + Célèbres tragédies de Corneille.

Madame de Brionne en buste qu'en vers. Vous avez des Phidias, mais vous n'avez pas d'Homère qui sache peindre Vénus et Minerve.

Brionne, de ce buste adorable modèle,
Le fut de la vertu comme de la beauté:
L'amitié le consacre à la postérité,
Et l'immortalise avec elle.

Voilà tout ce que je puis, madame; mais ne jugez pas sur la faiblesse de ces vers, de la vivacité du respect, &c.

Réponse de Madame de Sévigné à sa Fille. Mon Dieu, que votre état est violent! qu'il est pressant, et que j'y entre tout entière avec une véritable douleur! Mais, ma fille, que les souhaits sont faibles et fades dans de pareilles occasions ! et qu'il est inutile de vous dire que si j'avais, comme j'ai eu quelque sonime portative qui dépendît de moi, elle serait bientôt à vous ! Je me trouve en petit volume accablée el menacée de mes petits créanciers, et je ne sais même si je pourrai les contenter, comme je l'espérais; car je me trouve suffoqué par l'obligation de payer tout à l'heure cinq mille livres de lods et ventes des terres de Madame d'Acigné que j'ai achetées, pour n'en pas payer dix si j'attendais encore deux ans. Ainsi, me voilà ; mais ce n'est que pour vous dire la douleur que me donne mou extrême impossibilité. Votre frère m'a paru sensible à votre peine, et je suis sure qu'il ferait bien son devoir si le temps était comme autrefois, c'est-à-dire qu'on trouvât à emprunter, Il veut vous parler lui-même, et vous dire comme il pense sur ce sujet.

DES LETTRES DF REMERCIEMENT.

INSTRUCTION.

La reconnaissance est un devoir sacré pour quiconque a reçu un bienfait. C'est à la nature de la grâce à déterminer le degré de sentiment de la lettre, et au caractère du bienfaiteur à en régler le style. En général la diction doit être respectueuse sans bassesse, flatteuse sans flagornerie, et gaie même sans excès. Il faut que le cæur paraisse en faire les frais bien plus que l'esprit, et que sa tournure annonce que cette reconnaissance, qui, pour tant d'autres est un fardeau, n'est pour celui qui remercie qu’un devoir bien doux à remplir. Voilà surtout la raison pour laquelle je dis que la gaieté peut s'allier au respect dans une lettre de ce genre; en prouvant que la reco. nnaissance n'a rien de forcé, elle sauve la fadeur du remerciement, et met à l'aise la modestie du bienfaiteur, qu'un éloge trop prononcé embarasse toujours.

MODÈLES. Lettre de M. de la Bruyère à M. le Comte de Bussy, 1691. Si vous ne vous cachiez pas de vos bienfaits, monsicur, vous auriez eu plutôt mon remerciement. Je vous le dis sans compliment, la manière dont vous venez de m'obliger m'engage pour toute ma vie à la plus vive reconnaissance dont je puisse être capable. Vous aurez bien de la peine à me fermer la bouche; je ne puis me taire sur une action aussi généreuse.

Je vous envoie, monsieur, un de mes livres des caractères, fort augmenté, et je suis avec toute sorte de respects et de gratitude, &c.

Lettre de Fénélon à Madame la Marquise de Lambert. Je devais déjs beaucoup, madame, à M. de Sacy, puisqu'il m'avait procuré la lecture d'un excellent écrit;* mais la dette est bien augmentée depuis qu'il m'a attiré la très-obligeante lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. Ne pourrai-je point enfin, madame, vous devoir à vous-même la lecture du second ouvrage ?+ Outre que le premier le fait désirer fortement, je serais ravi de recevoir cette marque des bontés que vous voulez bien me promettre. Je n'oserais me fatter d'aucune espérance d'avoir l'honneur de vous voir en ce pays dans un malheureux temps où il est le théâtre de la guerre, mais dans un temps plus beureux, une belle saison pourrait vous tenter de curiosité pour cette frontière: vous trouveriez ici l'homme du mo. de le plus touché de cette occasion et le plus empressé à en profiter. C'est avec le respect le plus sincère que je sụis parfaitement, et pour toujours, &c.

Lettre de M. de Fontenelle au Roi de Pologne Stanislus. Sire,-Jugez de ma reconnaissance de la grâce que votre majesté m'a faite en m'accordant une place dans son académie de Nancy, par l'idée que j'en ai. Je me crois dans le même cas que si l'empereur Marc-Aurèle m'avait admis dans une compagnie qu'il eût pris soin d'établir et de former lui-même.

Je suis, avec le plus profond respect, &c.

Lettre de Madame de Simione. Je voudrais bien trouver, monsieur, quelque façon de vous té. moigner ma reconnaissance, qui convint et qui fût assortie à toute

• Les avis d'une mère à son fils. * Les avis d'une mère à sa fille.

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