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aux témoignages de sa sensibilité, ce vernis de phrases et de formules qui en détruit tout le charme.

S'il reste quelque rayon d'espoir, ou invite à le saisir, et l'on pro. met de faire tout ce qu'il faudra de son côté, pour faire succéder la réalité à l'espérance. L'espérance est effectivenient en des occur. rences pareilles, la meilleure consolation qui puisse être offerte à ceux qui ont échoué dans leurs projets.

MODÈLES. Réponse de Voltaire à M. Lebrun.* Je vous ferais, monsieur, attendre ma réponse quatre mois au ngoing si je prétendais la faire en aussi beaux vers que les vôtres; il faut nie borner à vous dire en prose con bien j'aime votre ode et votre proposition: il convient assez qu'un vieux soldat du grand Corneille tâche d'être utile à la petite-fille de son général. Quand on båtit des châteaux et des églises, et qu'on a des parens pauvres à soutenir, il ne reste guère de quoi faire ce qu'on voudrait pour une personne qui ne doit être secourue que par les plus grands du royaude.

Je suis vieux, j'ai une nièce qui aime tous les arts, et qui réussit dans quelques-uns: si la personne dont vous me parlez, et que vous co. nnaissez sans doute, voulait accepter auprès de ma nièce l'éducation la plus honnête, elle en aurait soin comnie de sa fille; je chercherais à jui servir de psre. Le sien n'aurait absolument rien à dépenser pour elle; on lui paierait son voyage jusqu'à Lyon od elle serait adressée à M. Tronchin, qui lui fournirait une voiture jusqu'à mon château, ou bien une femme irait la prendre dans mon équipage. Si cela con. vient, je suis à vos ordres ; et j'espère avoir à vous remercier, jus. qu'au dernier jour de ma vie, de m'avoir procuré l'bonneur de faire ce que devait faire M. de Fontenelle. Une partie de l'éducation de cette demoiselle serait de nous voir joner quelquefois les pièces de son grand-père, et nous lui ferions border les sujets de Ciuda et du Cid.t

J'ai l'honneur d'être, avec toute l'estime et tous les sentimens que je vous dois, &c.

Lettre de Voltaire à Madame la Princesse de Ligne, qui lui avait

demandé des vers pour le Buste de Madame de Brionne. MADAME,–Vous vous adressez à une fontaine tarie, pour avoir un peu d'eau d'Hippocrène. Je ne suis qu'un vieillard malade au pied des Alpes, qui ne sont pas le mont Parnasse. Ne soyez pas surprise si j'exécute si mal vos ordres. Il est plus aisé de metire

• Il lui avait écrit en faveur de Mademoiselle Corneille. + Célèbres tragédies de Corneille.

Madame de Brionne en buste qu'en vers. Vous avez des Phidias, mais vous n'avez pas d'Homère qui sache peindre Vénus et Minerve.

Brionne, de ce buste adorable modèle,
Le fut de la vertu comme de la beauté:
L'amitié le consacre à la postérité,
Et l'immortalise avec elle.

Voilà tout ce que je puis, madame; mais ne jugez pas sur la faiblesse de ces vers, de la vivacité du respect, &c.

Réponse de Madame de Sévigné à sa Fille. Mon Dieu, que votre état est violent! qu'il est pressant, et que j'y entre tout entière avec une véritable douleur! Mais, ma fille, que les souhaits sont faibles et fades dans de pareilles occasions ! et qu'il est inutile de vous dire que si j'avais, comme j'ai eu quelque sonime portative qui dépendît de moi, elle serait bientôt à vous ! Je me trouve en petit volume accablée et menacée de mes petits créanciers, et je ne sais même si je pourrai les contenter, comme je l'espérais; car je me trouve suffoqué par l'obligation de payer tout à l'heure cinq mille livres de lods et ventes des terres de Madame d'Acigné que j'ai achetées, pour n'en pas payer dix si j'attendais encore deux ans. Ainsi, me voilà ; mais ce n'est que pour vous dire la douleur que me donne mou extrême impossibilité. Votre frère m'a paru sensible à votre peine, et je suis sure qu'il ferait bien son devoir si le temps était comme autrefois, c'est-à-dire qu'on trouvât à emprunter, Il veut vous parler lui-même, et vous dire comme il pense sur ce sujet.

DES LETTRES DF REMERCIEMENT.

INSTRUCTION.

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La reconnaissance est un devoir sacré pour quiconque a reçu un bienfait. C'est à la nature de la grâce à déterminer le degré de sentiment de la lettre, et au caractère du bienfaiteur à en régler le style. En général la diction doit être respectueuse sans bassesse, fatieuse sans flagornerie, et gaie même sans excès. Il faut que le cæu paraisse en faire les frais bien plus que l'esprit, et que sa tourpure annonce que cette reconnaissance, qui, pour tant d'autres est un fardeau, n'est pour celui qui remercie qu'un devoir bien doux à remplir. Voilà surtout la raison pour laquelle je dis que la gaieté peut s'allier au respect dans une lettre de ce genre; en prouvant que la reco. nnaissance n'a rien de forcé, elle sauve la fadeur du remerciement, et met à l'aise la modestie du bienfaiteur, qu'un éloge trop prononcé embarasse toujours.

MODÈLES. Lettre de M. de la Bruyère à M. le Comte de Bussy, 1691. Si vous ne vous cachiez pas de vos bienfaits, monsicur, vous auriez eu plutôt mon remerciement. Je vous le dis sans compliment, la manière dont vous venez de m'obliger m'engage pour toute ma vie à la plus vive reconnaissance dont je puisse être capable. Vous aurez bien de la peine à me fermer la bouche; je ne puis me taire sur une action aussi généreuse.

Je vous envoie, nousieur, un de mes livres des caractères, fort augmenté, et je suis avec toute sorte de respects et de gratitude, &c.

Lettre de Fénélon à Madame la Marquise de Lambert. Je devais déjà beaucoup, madame, à M. de Sacy, puisqu'il m'avait procuré la lecture d'un excellent écrit;* mais la dette est bien augmentée depuis qu'il m'a attiré la très-obligeante lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. Ne pourrai-je point enfin, madame, vous devoir à vous-même la lecture du second ouvrage ?t Outre

que le premier le fait désirer fortement, je serais ravi de recevoir cette marque des bontés que vous voulez bien me promettre. Je n'oserais me flatter d'aucune espérance d'avoir l'honneur de vous voir en ce pays dans un malheureux temps où il est le théâtre de la guerre, mais dans un temps plus beureux, une belle saison pourrait vous tenter de curiosité pour cette frontière: vous trouveriez ici l'homme du mode le plus touché de cette occasion et le plus empressé à en profiter. C'est avec le respect le plus sincère que je suis parfaitement, et pour toujours, &c.

Lettre de M. de Fontenelle au Roi de Pologne Stanislas. SIRE,—Jugez de ma reconnaissance de la grâce que votre majesté m'a faite en m'accordant une place dans son académie de Nancy, par l'idée que j'en ai. Je me crois dans le même cas que si l'empereur Marc-Aurèle m'avait admis dans une compagnie qu'il eût pris soin d'établir et de former lui-même.

Je suis, avec le plus profond respect, &c.

Lettre de Madame de Simione. Je voudrais bien trouver, monsieur, quelque façon de vous té. moigner ma reconnaissance, qui convint et qui fût assortie à toute

• Les avis d'une mère à son fils, * Los avis d'une mère à sa fille.

celle que j'ai dans le coeur pour le bien que vous venez de faire au puuvre petit Bernard. Vous en serez content; c'est un bon sujet ; il répondra par son zèle à toutes vos bontés: voilà qui vous acquittera un peu tous. Soyez bien persuadé, s'il vous plait, que vous n'obligez point une ingrate, et que vos bienfaits me pénètrent à un point qui vous acquiert mon moi tout entier. Si avec cela Varanges est nommé écrivain de Vaisseau, je ne sais plus où donner de la tête. Ma grand mère (Madame de Sévigné) disait en pareil cas, que, quand on était obligé à quelqu'un à un certain point, il n'y avait que Fingratitude qui pût tirer d'affaire. Je ne me sens poiut encore cette façon de penser à votre égard, &c.

Lettre de J. B, Rousseau à M. Boutet, qui ayant appris sa Maladie

venait de lui envoyer de l'Argent. Avec un seul ami comme vous, monsieur, on serait toujours tranquille si la reconnaissance excluait la confusion. La mienne augmente à la vue de vos boniés. Il est vrai qu'ayant actuellement pour me servir trois ou quatre personnes qu'il faut nourrir et payer, j'avais besoin de secours, mais je n'avais besoin que du quart de ce que vous m'envoyez. Il n'est pas possible que vous soyez si généreux sans vous inconimoder; et moins vous y pensez, plus j'y songe et j'y dois songer. Les témoignages réitérés de votre infatigable bonté suffiraient seuls pour remettre mon sang et mes humeurs dans le plus parfait équilibre. Je suis beaucoup mieux; mais j'ai vu ma vie ne tenir qu à ou filet aussi mince que l'attachement aux billevesées de ce monde. Il y a un moment, monsieur, où toute chimère disparait et au bonheur duquel on doit se contenter de travailler.

RÉPONSES A DES LETTRES DE REMERCIEMENT.

MODÈLES. Réponse de M. P*** au Comte de Bussy. MONSIEUR,-Le faible service que j'ai tâché de vous rendre ne méritait pas la manière dont vous me témoignez que vous l'avez reçu, et vous deviez me laisser la satisfaction d'avoir fait une action que vous désirez, sans y mêler un compliment que je n'avais point attendu. Soyez assuré, monsieur, du plaisir que je trouverai toujours à vous témoigner, par mes services, la vérité avec laquelle je suis, &c.

Réponse de J. B. Rousseau, au Comédien Baron, qui l'avait remercie

d'avoir parlé avantageusement de lui. Vous ne me devez, monsieur, aucune reconnaissance des expressions dont je me sers toutes les fois qu'il s'offre quelque occasion de parler

de vous : l'amitié me lex dicte, l'équité me les inspire, la vérité me les arrache, et je ne suis pas plus le maître de vous louer modérément, qu’un amant de parler de sang-froid de sa maîtresse, ou un plaideur de la bonté de sa cause. Ma sensibilité ne dépend pas de moi; c'est un maîire qui me domine, et qui me force souvent, malgré moi, de blâmer avec excès ce qui est blåmable, et de louer de même ce que je trouve digne de louange. J'ai connu en ma vie plusieurs persomages dignes de mon admiration, mais ils ne sont plus ; et de tout ce que j'ai admiré dans ma jeunesse; vous êtes, mon cher monsieur, le seul qui nous reste. Jugez par là combien vos jours doivent in’être précieux, et avec combien de passion je désire que vous en ménagiez la durée.

Réponse de Voltaire au Cardinal Albéroni. MONSEIGNEUR-La lettre dont votre éminence m'a honoré est un rix aussi flatteur de mes ouvrages que l'estime de l'Europe a dû vous l'être de vos actions. Vous ne me deviez aucun remerciement, nonseigneur ; je n'ai été que l'organe da public en parlant de vous. La liberté et la vérité qui ont toujours conduit ma plume, n'ont valu votre suffrage: ces deux caractères doivent plaire à un génie tel que le vôtre: quiconque ne les aime pas pourra bieó être un homme puissant, mais ne sera jamais un grand honime. Je voudrais être à portée d'admirer celui à qui j'ai rendu justice de si loin. Je ne me flatte pas d'avoir jamais le bonheur de voir votre éminence; mais, si Rome ei. tend assez ses intérêts pour vouloir au moins rétablir les arts, le commerce, et remettre quelque splendeurdans un pays qui a été autrefois le maître de la plus belle partie du monde, j'espère alors que je vous écrirai sous un autre titre que sous celui de votre éminence, dont j'ai Phonneur d'être avec autant d'estime que de respect, &c.

DES LETTRES DE CONSEILS.

INSTRUCTION. On redoute les conseils, niême en paraissant les désirer; ils blessent presque toujours l'amour-propre, qui en cherchant des avis, ne veut trouver que des approbations. Soyez donc extrémnement avare de con. seils. Un père en doit à son fils, une mère à sa fille, un tuteur à con pupille, un ami à son ami. Dans ces cas-là ne les épargnez pas, duspent-ils être mal reçus: c'est une dette qu'il faut acquitter. Mais en toute autre circonstance, faites-vous presser plus d'une fois avant de vous ériger en donneur d'avis. S'il est ensuite nécessaire d'en venir là, usez des plus grands ménageniens. Une lettre de ce genre ne peut être trop mesurée. Prodiguez-y ces formules: il me semble; je puis me tromper; ne vous seriez-vous pas mépris par hasard ? si j'ose vous dire mon sentiment; vous qui voyez si bien, qui jugez si sainement

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