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avoir à vous plaindre, des moyens de retour. Un style dont la

роlitesse ou même un badinage léger, car il est permis de l'y iutroduire, tempère la rigueur, lui donne la confiance du repentir.

Distinguons le reproche de la réprimande: celle-ci tient à une sorte d'autorité qui s'exerce sur celui qui a mérité le blâme. Un père réprimande son fils; un chef, ceux qui lui sont subordonnés. C'est la sévérité et la raison qui doivent guider la plume.

MODÈLES. Lettre de Madame de Maintenon à M. l'abbé Gobelin. Jamais je ne souhaitai plus ardemment d'être hors d'ici. Plus je vais, plus je fais des veux pour la retraite et de pas qui m'en éloignent. Je vous en parle rarement parce que vous dites tout à votre confident. Vous aimez la franchise, et je hais la dissimulation. Je vous conjure qu'il ne sache plus de mes nouvelles par vous. Aujourd'hui je ne l'intéresse point, et il a sur tout ce qui regarde la cour, des vues, des sentimens, des connaissances qui ne ressenblent pas aux miens,

Lettre de Voltaire à M. de Lamarre. Je me fatie, mon cher monsieur, que quand vous ferez imprimer quelqu'un de vos ouvrages vous le ferez avec plus d'exactitude que vous n'en avez elle dans l'édition de Jules César.* Perntetiez que mon amitié se plaigne que vous ayez hasardé dans votre préface deg choses sur lesquelles vous deviez auparavant me consulter. Si vous me l'aviez envoyée, je vous aurais prié de corriger ces bagatelles. Mais vos fautes sont si peu de chose en comparaison des miennes, que je ne songe qu'à ces dernières. J'en ferais une fort grande de ne point vous aimer, et vous pouvez compter toujours sur moi.

Lettre du même à l'Impératrice de Russie. MADAME,- Je suis positivement en disgrace à votre cour. V. M. impériale m'a planté là pour Diderot ou pour Grimm, ou pour quel que autre favori

. Vous n'avez eu aucun égard pour ma vieillesse : passe encore si V. M. était une coquette Française; mais comment une impératrice victorieuse et législatrice peut-elle être si volage?

Voilà qui est fait, je n'aimerai plus d'impératrice de ma vie. .....Je me cherche des crimes pour justifier votre indifférence. Je vois bien qu'il n'y a point de passion qui ne finisse. Cette idée me ferait mourir de dépit si je n'étais tout près de mourir de vieillesse.

Tragédie de Voltaire.

Que V. M., madame, daigne donc recevoir cette lettre comme ma dernière volonté, comme mon testament. Signé votre adorateur, votre délaissé, votre vieux russe de Ferney.

Réponse de sa Majesté l'Impératrice de Russie à Voltaire. MONSIEUR,--Quoique très-plaisamment vous prétendiez être en disgrace à ma cour, je vous déclare que vous ne l'êtes point. Je ne vous ai planté là ni pour Diderot, ni pour Grimm, ni pour tel autre favori. "Je vous révère tout comme par le passé; et quoiqu'on vous dise de moi, je ne suis ni volage ni inconstante.

Mais en vérité, monsieur, j'aurais envie de me plaindre à mon tour des déclarations d'extinction de passion que vous me faites, si je ne voyais, à travers votre dépit, tout l'intérêt que l'amitié vous inspire encore pour moi.

Vivez, monsieur, et raccommodons-nous; car aussi bien il n'y a pas de quoi nous brouiller.

J'espère bien que, dans un codicille en ma faveur, vous rétracterez ce prétendu testament si peu galant. Vous êtes bon russe, et vous ne sauriez être l'ennemi de Catherine,

Lettre de Voltaire à M. Thiriot.

Oui, je vous injurierai jusqu'à ce que je vous aie guéri de votre paresse. Je ne vous reproche point de souper tous les soirs avec M. de la Popelinière; je vous reproche de borner là toutes vos pensées et toutes vos espérances. Vous vivez comme si l'homme avait été créé uniquement pour souper, et vous n'avez d'existence que depuis dix heures du soir jusqu'à deux heures après minuit. II n'y a soupeur qui se couche, ni bégueule qui se lève plus tard que vous; vous restez dans votre trou jusqu'à l’beure des spectacles, à dissiper les fumées du souper de la veille: ainsi vous n'avez pas un moment pour penser à vous et à vos amis; cela fait qu'une letire de. vient un fardeau pour vous. Vous êtes un mois entier à répondre Il faut vous préparer une arrière-saison tranquille, heureuse, indépendante. Que deviendrez-vous quand vous serez malade et abandonné? sera-ce une consolation pour vous de dire: j'ai bu du vin de Champagne autrefois en bonne compagnie? Songez qu'une bouteille qui a été fètée quand elle était pleine d'excellente liqueur de la Martinique, est jetée dans un coin dès qu'elle est cassée, et qu'elle reste en morceaux dans la poussière; que voilà ce qui arrive à tous ceux qui n'ont sougé qu'à être admis à quelques soupers; et que la fin d'un vieil inutile intirme est une chose bien pitoyable. Si cela ne vous excite pas à secouer l'engourdissement dans lequel vous laissez votre ame, rien ne vous guérira.

Si je vous aimais moins, je vous plaisanterais sur votre paresse ; mais je vous aime, et je vous gronde beaucoup.

DES LETTRES D'EXCUSES.

INSTRUCTION.

Dieu fit du repentir la vertu des mortels."

C'est aussi l'une des premières qualités sociales que celle qui nous porte à manifester le regret d'avoir eu des torts, et le désir de les réparer. Tout consiste dans la manière dont on s'y prend pour qu'ils s'oublient.

Une légère discussion sur le fait, une explication propre à l'atténuer, un recours à l'intention que l'on a eue, une protestation renouvelée de respect et d'attachement, un vif regret d'avoir pu déplaire, un désir bien prononcé de recouvrer les bonnes grâces perdues, voilà qu'elles doivent être à peu-près les élémens d'une lettre d'excuscs.

Le badinage, cependant, peut quelquefois y trouver place. J'ai ri, me voilà désarmé, est un mot bien vrai dans la société : celui que l'on a fait rire ne conserve plus de rancune.

Mais ceci demande beaucoup d'adresse; ceci dépend encore plus de ces rapports de circonstances qu'on ne saurait déterminer, et qui tiennent, soit à la chose que l'on veut faire oublier, soit aux personnes à qui l'on crie merci. S'il y a ici, su contraire, une règle générale, c'est que les lettres d'excuses exigent une manière grave et sérieuse. La plupart des personnes n'aiment pas qu'on plaisante en fait de procédés; elles veulent pour pardonuer, que l'on paraisse au moins se repentir.

Une observation grammaticale terminera cet article: bien des gens disent demander excuse. Cette locution est défectueuse ; la seule qui soit correcte est faire des excuses ; et la raison qu'en donnent les grammairiens, c'est qu'on ne saurait demander que ce qui peut s'a. ccorder ; et comme on ve dit point je vous accorde excuse, mais je reçois vos excuses, ils soutiennent avec raison qu'il faut dire : je vous fais excuse, je vous fais mes excuses; recevez, agréez mes excuses.

MODÈLES.

Lettre de Madame de Sévigné à M. de Bussy-Rabutin. Je me presse de vous écrire afin d'effacer promptement de votre esprit le chagrin que ma dernière lettre y a mis. Je ne l'eus pas plutôt écrite que je n'en repentis.... Il est vrai que j'étais de méchausie humeur; je n'eus pas la docilité de démonter mon esprit pour vous écrire ; je trempai ma plume dans mon fiel, et cela composa une sotte lettre amère, dont je vous fais mille excuses; si vous fussiez entié une heure après dans ma chambre, nous vous fussions moqué de moi ensemble.

Adieu, comte; point de rancune ; ne nous tracassons plus. J'ai un peu de tort; mais qui u'en a point dans ce monde ? Je suis bien aise que vous reveniez pour ma fille. Demandez à M. de C.. combien elle est jolie. Montrez-lui ma lettre, atin qu'il voie que, si je fais les maux, je fais les médecines.

Lettre de J. J. Rousseau à M. Dupeyron. Je vois avec douleur, cher ami, par notre N° 35, que je vous ai écrit des choses déraisonnables dont vous vous tenez offensé. Il faut que vous ayez raison d’en user ainsi, puisque vous êtes de sang-froid en lisant mes lettres, et que je ne le suis guère en les écrivant: aiusi, vous êtes plus en éiat que moi de voir les choses telles qu'elles sont.

Mais cette considération doit être aussi de votre part une plus grande raison d'indulgence. Ce qu'on écrit dans le trouble De doit pas être envisagé comme ce qu'on écrit de sang-froil: un dépit outré a pu me laisser échapper des expressions démenties par mon coeur, qui n'eut jamais pour vous que des sentimens honorables.

Au contraire, quoique vos expressions le soient toujours, vos idées souvent ne le sont guère, et voilà ce qui, dans le fort de mes affictions, a achevé de n’abattre. En me supposant tous les torts dont vous m'avez chargé, il fallait peut-être attendre un autre moment pour me les dire, ou du moins vous résoudre à endurer ce qui pouvait en résulter.

Je ne prétends pas à Dieu ne plaise ! m'excuser ici, ni vous charger, mais seulement vous donner des raisons, qui me semblent justes, d'oublier les torts d'un ami dans mon état. Je vous en demande pardon de tout mon cæur; j'ai grand besoin que vous me l'accordiez, et je vous proteste, avec vérité, que je n'ai jamais cessé un seul moment d'avoir pour vous tous les sentimens que j'aurais désiré vous trouver pour moi.- Mon tendre attachement et mon vrai respect pour vous ne peuvent pas plus sortir de mon cæur que l'amour de la vertu.

FRAGMENS.

Vous ne manqnez à rien, divine Pauline, et j'ai bien des pardons à vous demander d'avoir soupçonné, comme j'ai fait votre régularité. Je me garderai bien désormais de tomber dans la faute énorme que j'ai commise envers vous ; je ne veux point passer auprès de vous pour un petit bon homie épiņeux, et vous pouvez fort bien m'écrire d vos points et aisément, comme on dit, et quelquefois même ne me fạire aucune réponse, sans que jamais je ni’offense, &c.

M. de Coulanges à Madame de Simiane. Ma main ne vous écrit point, parceque je suis dans mon lit; mais mon cæur vous dit que je vous aimerai toute ma vie, autant que je vous admirerai, &c.

Voltaire. Une maladie de quinze jours, suivie d'un abattement extraordinaire, m'a empêché jusqu'ici de répondre à la lettre que vous n'avez fait l'honneur de m'écrire, &c.

Rousscau. Je vous demande pardon, mon cher confrère, d'un si long silence. J'ai fait de petits voyages; mais comme on ne gague jamais rien de bon à voyager, je suis revenu ici avec un gros rbume, un peu de fièvre et un peu de Goutte. Je n'ai point voulu vous écrire quand j'étais de mauvaise humeur.

Le Cardinal de Bernis à Voltaire. Je vous avoue que le malentendu qui retient ines lettres me donne une violente inquiétude. J'en ai bien importuné le pauvre d'Hac. queville, et vous-même, ma fille. Je m'en repeus, et voudrais bien ne l'avoir pas fait; mais je suis naturelle, et quand mon cæur est en presse, je ne puis m'empêcher de ne plaindre à ceux que j'aime bien. Il faut pardonner ces sortes de faiblesses, comme disait un jour Madame de la Fayette. A-t-on gagné d'être parfaite? Non, assurément; et si j'avais fait cette gageure j'y aurais bien perdu mon argent.

Madame de Sévigné. Je vous demande pardon, madame, de ne vous avoir pas parlé de votre digne et aimable tils. Mais ce qui est dans le cæur n'est pas toujours au bout de la plume, surtout quand on écrit vite, et qu'on est malade,

Voltaire. Votre lettre et votre procédé généreux, monsieur, sont des preuves que vous n'êtes pas mon ennemi, et votre livre vous faisait soupçonner de l'être. J'aime bien mieux en croire votre lettre que votre livre. C'est de cette retraite que je vous dis sincèrement;-que je vous pardonne très-cordialement de m'avoir pincé; que je suis fâché de vous avoir donné quelyues coups d'épingle; que votre procédé me désarme pour jamais; que bonbonie vaut mieux que raillerie; et que je suis de tout mon cæur, &c. Le même à l'Abbé Trublet.

DES LETTRES DE RECOMMANDATION.

INSTRUCTION, Les lettres de recommandation sont subordonnées aux circonstances. Elles roulent en général sur le mérite do celui qui en est le

VOL. JI.

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