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DES LETTRES D'EXCUSES.

INSTRUCTION.

“ Dieu fit du repentir la vertu des mortels." C'est aussi l'une des premières qualités sociales que celle qui nous porte à manifester le regret d'avoir eu des torts, et le désir de les réparer. Tout consiste dans la manière dont on s'y prend pour qu'ils s'oublient.

Une légère discussion sur le fait, une explication propre à l'atténuer, un recours a l'intention que l'on a eue, une protestation renouvelée de respect et d'attachement, un vif regret d'avoir pu déplaire, un désir bien prononcé de recouvrer les bonnes grâces perdues, voilà qu'elles doivent être à peu-près les élémens d'une lettre d'excuscs.

Le badinage, cependant, peut quelquefois y trouver place. Pai ri, me voilà désarmé, est un mot bien vrai dans la société : celui que l'on a fait rire ne conserve plus de rancune.

Mais ceci demande beaucoup d'adresse; ceci dépend encore plus de ces rapports de circonstances qu'on ne saurait déterminer, et qui tiennent, soit à la chose que l'on veut faire oublier, soit aux personnes à qui l'on crie merci. S'il y a ici, su contraire, une règle générale, c'est que les lettres d’excuses exigent une manière grave et sérieuse. La plupart des personnes n'aiment pas qu'on plaisante en fait de procédés; elles veulent pour pardonner, que l'on paraisse au moins se repentir.

Une observation grammaticale terminera cet article: bien des gens disent demander excuse. Cette locution est défectueuse ; la seule qui soit correcte est faire des excuses ; et la raison qu'en donnent les grammairiens, c'est qu'on ne saurait demander que ce qui peut s'accorder ; et comme on ve dit point je vous accorde excuse, mais je reçois vos excuses, ils soutiennent avec raison qu'il faut dire : je vous fais excuse, je vous fais mes excuses; recevez, agréez mes excuses.

MODÈLES.

Lettre de Madame de Sévigné à M. de Bussy-Rabutin. Je me presse de vous écrire afin d'effacer promptement de votre esprit le chagrin que ma dernière lettre y a nis. Je ne l'eus pas plutôt écrite que je n'en repentis.... Il est vrai que j'étais de méchaute humeur; je n'eus pas la docilité de démonter mon esprit pour vous écrire; je trempai ma plume dans mon fiel, et cela composa unie soite lettre amère, dont je vous fais mille excuses; si vous fussiez entié une heure après dans ma chambre, nous nous fussions moqué de moi ensemble.

Adieu, comte; point de rancune; ne nous tracassons plus. J'ai un peu de tort; mais qui n'en a point dans ce monde ? Je suis bien aise que vous reveniez pour ma fille. Demandez à M. de C. combien elle est jolie. Montrez-lui ma lettre, afin qu'il voie que, si je fais les maux, je fais les médecines.

Lettre de J. J. Rousseau à M. Dupeyron. Je vois avec douleur, cher ami, par notre No 35, que je vous ai écrit des choses déraisonnables dont vous vous tenez offensé. Il faut que vous ayez raison d'en user ainsi, puisque vous êtes de sang-froid en lisant mes lettres, et que je ne le suis guère en les écrivant: aiusi, vous êtes plus en état que moi de voir les choses telles qu'elles sont.

Mais cette considération doit être aussi de votre part une plus grande raison d'indulgence. Ce qu'on écrit dans le trouble ne doit pas être envisagé comme ce qu'on écrit de sang-froid: un dépit outre a pu me laisser échapper des expressions démenties par mon cæur, qui n'eut jamais pour vous que des sentimens honorables.

Au contraire, quoique vos expressions le soient toujours, vos idées souveot ne le sont guère, et voilà ce qui, dans le fort de mes aftlictions, a achevé de ni'abattre. En me supposant tous les torts dont vous m'avez chargé, il fallait peut-être attendre un autre moment pour me les dire, ou du moins vous résoudre à endurer ce qui pouvait en résulter.

Je ne prétends pas à Dieu ne plaise ! m'excuser ici, ni vous charger, mais seulement vous donner des raisons, qui me semblent justes, d'oublier les torts d'un ami dans mon état. Je vous en demande pardon de tout mon cæur; j'ai grand besoin que vous me l'accordiez, et je vous proteste, avec vérité, que je n'ai jamais cessé un seul moment d'avoir pour vous tous les sentimens que j'aurais désiré vous trouver pour moi.—Mon tendre attachement et mon vrai respect pour vous ne peuvent pas plus sortir de mon cæur que l'amour de la vertu.

FRAGMENS.

Vous ne manquez à rien, divine Pauline, et j'ai bien des pardons à vous demander d'avoir soupçonné, comme j'ai fait votre régularité. Je me garderai bien désormais de tomber dans la faute énorme que j'ai commise envers vous ; je ne veux point passer auprès de vous pour un petit bon homine épineux, et vous pouvez fort bien m'écrire dros points et aisément, comme on dit, et quelquefois même ne me fạire aucune réponse, sans que jamais je ni’offense, &c.

M. de Coulanges à Madame de Simiane. Ma main ne vous écrit point, parceque je suis dans mon lit; mais won cœur vous dit que je vous aimerai toute ma vie, autant que je vous admirerai, &c.

Voltaire. Une maladie de quinze jours, suivie d'un abattement extraordinaire, m'a empêché jusqu'ici de répondre à la lettre que vous ni'avez fait l'honneur de m'écrire, &c.

Rousseau. Je vous demande pardon, mon cher confrère, d'un si long silence. J'ai fait de petits voyages ; mais comme on ne gagne jamais rien de bon à voyager, je suis revenu ici avec un gros rbume, un peu de fièvre et un peu de Goutte. Je n'ai point voulu vous écrire quand j'étais de mauvaise humeur.

Le Cardinal de Bernis à Voltaire. Je vous avoue que le malentendu qui retient ines lettres me donne une violente inquiétude. J'en ai bien importuné le pauvre d'Hacqueville, et vous-même, ma fille. Je m'en repens, et voudrais bien ne l'avoir pas fait; mais je suis naturelle, et quand mon cæur est en presse, je ne puis m'empêcher de ne plaindre à ceux que j'aime bien. Il faut pardonner ces sortes de faiblesses, conime disait un jour Madame de la Fayette. A-t-on gagné d'être parfaite? Non, assurément; el si j'avais fait cette gageure j'y aurais bien perdu mon argent.

Madame de Sévigné. Je vous demande pardon, madame, de ne vous avoir pas parlé de votre digne et aimable tils. Mais ce qui est dans le cæur n'est pas toujours au bout de la plume, surtout quand on écrit vite, et qu'on est malade.

Voltaire. Votre lettre et votre procédé généreux, monsieur, sont des preuves que vous n'êtes pas mon evneni, et votre livre vous faisait soupçonner de l'être. J'aime bien mieux en croire votre lettre que votre livre. C'est de cette retraite que je vous dis sincèrement;~ que je vous pardonne très-cordialement de m'avoir pincé; que je suis fâché de vous avoir donné quelyues coups d'épingle; que votre procédé me désarme pour jamais; que bonbonie vaut mieux que raillerie; et que je suis de tout mon cæur, &c. Le même à l'Abbé Trublet.

DES LETTRES DE RECOMMANDATION.

INSTRUCTION, Les lettres de recommandation sont subordonnées aux circonstances. Elles roulent en général sur le mérite do celui qui en est le

VOL. II.

porteur, sur le degré d'intérêt que l'on prend à sa personne, sur la nature des services que l'on sollicite pour lui, sur la reconnaissance que l'on conservera soi-même des bontés dont il aura été l'objet.

Quand la simple politesse les prescrit, elles deinandent beaucoup de brieveté: elles duivent être plus détaillées quand c'est le senti. ment qui les écrit; et l'on appuye alors sur ce mot de Cicéron :Faites qu'il s'apperçoive, à la manière dont il sera reçu de vous, que ma recommandation n'a rien de vulgaire.

On peut ranger parmi les lettres dont nous parlons, celles qui ont pour objet de recommander une affaire, un procès, puisqu'elles ont moins pour motif l'intérêt qu'on prend à la chose, que celui qu'on prend à la personne. Sous ce rapport, le nom qui leur convient le mieux serait celui de lettre de sollicitation; mais n'oubliez pas qu'elles demandent beaucoup de ménagement et de mesure, pour que vous Be paraissiez pas vouloir compromettre la délicatesse ou la justice de celui, à qui elles sont adressées.

MODÈLES. Lettre de Madame de Sévigné à M. le Comte de Grignon. Si l'occasion vous vient de rendre quelque service à un genti. Ihomme de votre pays, qui s'appelle ***, je vous conjure de le faire ; vous ne sauriez me donner une marque plus agréable de votre amitié. Vous m'avez promis un canonicat pour son frère; vous connaissez toute sa famille. Ce pauvre garçon était attaché à M. Fouquet: il a été convaincu d'avoir servi à faire tenir à Madame Fouquet une lettre de son mari: sur cela il a été condamné aux galères pour cinq ans : c'est une chose un peu extraordinaire. Vous savez que c'est un des plus honnêtes garçons qu'ou puisse voir, et propre aux galères, comme à prendre la lune avec les dents.

Lettre de Fléchier à M Un de nos bons marchands de Nîmes, monsieur, a une affaire devant vous qu'il croit juste, et qui lui est de conséquence. Comme il sait l'amitié que vous avez pour moi, il croit que ma recomman. dation auprès de vous ne lui sera pas inutile. Je vous prie, monsieur, de lui rendre la justice qu'il vous demande, et de lui faire les grâces qui accompagnent le bon droit, s'il l'a : je vous en serai très-obligé. Je suis, monsieur, &c.

Lettre de M. d'Ussé à J. B. Rousseau. Le Sieur Leroux-Durant m'écrit pour de prier de vous le reco. mmander, njonsieur. Il pretend que j'ai beaucoup de crédit sur vous; e ne sais s'il ne se trompe pas. Quoiqu'il en soit, je fais ce qu'il souhaite de moi, et je vous prie de vouloir bien lui être favorable en ce qui peut lui être utile. lla du génie et du talent pour plu. sieurs choses; je l'ai expérimenté à Ussé, où il a été avec moi assez long-temps pour pouvoir en juger. Je vous serai obligé, monsieur, de l'attention que vous voudrez bien avoir à lui procurer quelque emploi qui le mette plus à son aise qu'il n'est. Je suis persuadé qu'il s'acquittera bien des choses dont vous le chargerez.

Je suis, &c.

Lettre de M. d'Alembert à Voltaire. Mon cher et illustre confrère, voilà M. le Comte de Valbelle, que vous connaissiez déjà par ses lettres, et que vous serez charmé de connaître par sa personne. Une heure de conversation avec lui vous en dira plus en sa faveur que je ne pourrais vous en écrire. Il a voulu absolument que je lui donnasse une lettre pour vous, quoiqu' assurément il n'en ait pas besoin.

Je vous embrasse de tout mon caur, et j'envie bien à M. de Valbelle le plaisir qu'il aura de vous voir.

Lettre du même ou même. Cette lettre, mon cher et illustre confrère, vous sera remise par M. Desmarets, homme de mérite et bon philosophe, qui désire de vous rendre hommage en allant en Italie, où il se propose de faire des observations d'histoire naturelle.

Je vous prie de le recevoir et de l'accueillir comme un savant plein de lumières, et qui est aussi digne qu'empressé de vous voir.

Adieu, mon cher et illustre confrère, je vous embrasse de tout mon ceur, et je voudrais bien partager avec M. Desmarets le plaisir qu'il aura de se trouver avec vous.

Lellre de Madame de Simiane à M * • Vons avez eu la bonté, monsieur, de faire espérer l'honneur de votre protection au Sieur Ferrand qui se présente à vous aujourd'hui. Il a une grosse famille de jeunes, jolies, et sages filles; tout cela demande un peu de bien, et il n'en a point : un petit emploi pourvoirait à tout; je vous le demande pour lui, et je joins mes prières à celles de M. B. * * *. C'est la mouche du coche, mais n'importe; ma reconnaissance n'en perura rien de sa force, non plus que tous les sentimens que vous ne connaissez pour vous, et que je vous ai voués pour toute ma vie.

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