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porteur, sur le degré d'intérêt que l'on prend à sa personne, sur la nature des services que l'on sollicite pour lui, sur la reconnaissance que l'on conservera soi-même des bontés dont il aura été l'objet.

Quand la simple politesse les prescrit, elles deinandent beaucoup de brieveté: elles duivent être plus détaillées quand c'est le senti. ment qui les écrit; et l'on appuye alors sur ce mot de Cicéron :Faites qu'il s'apperçoive, à la manière dont il sera reçu de vous, que ma recommandation n'a rien de vulgaire.

On peut ranger parmi les lettres dont nous parlons, celles qui ont pour objet de recommander une affaire, un procès, puisqu'elles ont moins pour motif l'intérêt qu'on prend à la chuse, que celui qu'on prend à la personne. Sous ce rapport, le nom qui leur convient le mieux serait celui de lettre de sollicitation; mais n'oubliez pas qu'elles demandent beaucoup de ménagement et de mesure, pour que vous ne paraissiez pas vouloir compromettre la délicatesse ou la justice de celui, à qui elles sont adressées.

MODÈLES. Laitre de Madame de Sévigné à M. le Comte de Grignon. Si l'occasion vous vient de rendre quelque service à un genti. lhomme de votre pays, qui s'appelle ***, je vous conjure de le faire; vous ne sauriez me donner une marque plus agréable de votre amitié. Vous m'avez promis un canonicat pour son frère; vous connaissez toute sa famille. Ce pauvre garçon était attaché à M. Fouquet : il a été convaincu d'avoir servi à faire tenir à Madame Fouquet une lettre de son mari: sur cela il a été condamné aux galères pour cinq ans: c'est une chose un peu extraordinaire. Vous savez que c'est un des plus honnêtes garçons qu'ou puisse voir, et propre aux galères, comme à prendre la lune avec les dents.

Letlre de Fléchier à M * * Un de nos bons marchands de Nîmes, monsieur, a une affaire devant vous qu'il croit jusle, et qui lui est de conséquence. Comme il sait l'amitié que vous avez pour moi, il croit que mia recommandation auprès de vous ne lui sera pas inutile. Je vous prie, monsieur, de lui rendre la justice qu'il vous demande, et de lui faire les grâces qui accompagnent le bou droit, s'il l'a : je vous en serai très-obligé. Je suis, monsieur, &c.

Lettre de M. d'Ussé à J. B. Rousseau. Le Sieur Leroux-Durant m'écrit pour me prier de vous le reco. 'mmander, nonsieur, Il pretend que j'ai beaucoup de crédit sur vous; e ne sais s'il ne se trompe pas. Quoiqu'il en soit, je fais ce qu'il souhaite de moi, et je vous prie de vouloir bien lui être favorable en ce qui peut lui être utile. Il a du génie et du talent pour plu. sieurs choses; je l'ai expérimenté à Ussé, où il a été avec moi assez long-temps pour pouvoir en juger. Je vous serai obligé, monsieur, de l'attention que vous voudrez bien avoir à lui procurer quelque emploi qui le mette plus à son aise qu'il n'est. Je suis persuadé qu'il s'acquittera bien des choses dont vous le chargerez.

Je suis, &c.

Lettre de M. d'Alembert à Voltaire. Mon cher et illustre confrère, voilà M. le Cumte de Valbelle, que vous connaissiez déjà par ses lettres, et que vous serez charmé de connaître par sa personne. Une heure de conversation avec lui vous en dira plus en sa faveur que je ne pourrais vous en écrire. Il a voulu absolument que je lui donnasse une lettre pour vous, quoiqu' assurément il n'en ait pas besoin.

Je vous embrasse de tout mon caur, et j'envie bien à M. de Valbelle le plaisir qu'il aura de vous voir.

Lettre du même ou même. Cette lettre, mon cher illustre confrère, vous sera remise par M. Desmarets, homme de mérite et bon philosophe, qui désire de vous rendre hommage en allant en Italie, où il se propose de faire des observations d'histoire naturelle.

Je vous prie de le recevoir et de l'accueillir comme un savant plein de lumières, et qui est aussi digne qu'empressé de vous voir.

Adieu, mon cher et illustre confrère, je vous embrasse de tout mon cæur, et je voudrais bien partager avec M. Desmarets le plaisir qu'il aura de se trouver avec vous.

Lettre de Madame de Simiane à M * • *. Vous avez eu la bonté, monsieur, de faire espérer l'honneur de votre protection au Sieur Ferrand qui se présente à vous aujourd'hui. Il a une grosse famille de jeunes, jolies, et sages filles; tout cela demande un peu de bien, et il n'en a point: un petit emploi pourvoirait à lout; je vous le demande pour lui, et je joins mes prières à celles de M. B. * * * C'est la mouche du coche, mais n'importe; ma reconnaissance n'en perura rien de sa force, non plus que tous les sentimens que vous me connaissez pour vous, et que je vous ai voués pour toute ma vie.

Lettre de Madame de Sévigné à sa Fille. Je vous écris tous les jours : c'est une joie qui me rend très-favorable à tous ceux qui me demandent des lettres.

Ils veulent en avoir pour paraître devant vous, et moi je ne demande pas mieux. Celle-ci vous sera rendue par M. de ***, je veux mourir si je sais son nom, mais enfin c'est un fort honnête homme qui ne paraît avoir de l'esprit, et que nous avons vu ici ensemble. Son visage vous est connu. Pour moi, je n'ai pas eu l'esprit d'appliquer son nom dessus.

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Lettre de Voltaire au Cardinal de Bernis. Je prends la liberté, mouseigneur, de vous présenter un voyageur Génevois digne de toutes les bontés de votre éminence, tout buguenot qu'il est. Sa famille est une des plus anciennes de ce pays, et sa personne, une des plus aimables. Il s'appelle M. de Saussure. C'est un des meilleurs physiciens de l'Europe. Sa modestie est égale à son savoir. Il mérite de vous être présenté d'une meilleure main que la mienne. Je nic tiens trop beureux de saisir cette occasion de vous renouveler mes honnages et le respect avec lequel j'ai l'hoqueur d'étre,— Monseigneur, de votre éminence, le très-humble, &c.

Lettre de M. le Cardinal de Bernis d Voltaire. Je ne saurais refuser cette lettre, mon cher et illustre confrère, à deux jeunes officiers Suédois qui ont fait le voyage d'Italie, avec beaucoup d'application et d'intelligence, et qui croiraieut n'avoir rien vu vi, en retournant dans leur patrie, ils n'avaient pu, au moins un moment, voir et entendre le grand homme de notre siècle. Ils out cru qu'une lettre de moi serait un passeport pour arriver jusqu'à vous. Je vous prie donc de ne pas vous refuser à leur curiosité, et au désir qu'ils ont de vous présenter un hommage qui n'est pas celui de la flatlerie.

Il y a bien long-temps que je n'ai eu de vos nouvelles; je n'en sais que par la renommée: ce n'est pas assez pour mon cour.

Ne doutez jamais, mon cher confrère, de l'intérêt que je prends à votre santé, à votre conservation, à votre bonheur: je n'ai plus de vaux à faire pour votre gloire. Mon attachement pour vous durera autaut que ma vie.

DES LETTRES DE FÉLICITATION.

INSTRUCTION. Est-il quelqu'un qui ne tienne pas à quelqu'autre par les liens de .a pareulé, de l'amitié, des services, d'une association quelconque,

du voisinage même ? Peut-on alors être ou paraître indifférent à ce qui arrive soit d'heureux, soit d'agréable, soit de fâcheux, aux personnes dont quelqu'une de ces liaisons nous rapproche ? La satisfaction et la joie doivent se manifester dans ces sortes de lettres; il faut y peindre ou y feindre le sentiment. Le cour se fait un plaisir de l'un; la politesse fait un devoir de l'autre. La moindre teinte de jalousie ou de froideur serait dans ces occasions, une circonstance impardonnable. Rien ne doit donc atténuer la félicitation : l'amourpropre est ainsi fait qu'il veut tout ou rien, et qu'un demi-compliment lui paraît une injure. Il faut même pour lui plaire que le compliment ait l'air s'il se peut de u'en être pas un. Il est facile d'imaginer des tournures pour Oter à un compliment ce qu'il a de commun et de banal. Mais quelle que soit celle q'r'on emploie, on doit éviter avec soin qu'à force d'être exagéré, il ne prenne la couleur de l'ironie. Car, dit Madame de Sévigné: C'est qu'il est dange. reur de passer le but. Qui passe perd; et les louanges sont des satires quand elles peuvent étre soupçonnées de n'étre pas sincères : toutes les choses du monde sont d facettes.

MODÈLEs.

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Lettre de Madame de Sévigné à M. de Bussy-Rabutin. Je pense que je suis folle de ne vous avoir pas encore écrit sur le mariage de ma nièce; mais je suis en vérité comme folle. Mon fils s'en va dans trois jours à l'armée ; ma fille, dans peu d'autres, en Provence : il ne faut pas croire qu'avec de telles séparations, je puisse conserver ce que j'ai de bon sens.

J'approuve extrêmement l'alliance de M. de Coligny; c'est un éta. blissement, pour mia nièce qui me paraît solide, et pour la peinture du cavalier, j'en suis contente sur votre parole. Je vous fais donc mes complimens à tous deux, et quasi à tons trois, car je m'imagine qu'à présent vous n'êtes pas loin les uns des autres. Adieu, mon cher cousin; adieu, ma chère nièce,

Lettre de Madame de Maintenon à Mademoiselle d'Osmond. Je suis ravie de votre établissement, mademoiselle. Celui qui vous épouse est bien estimable; il préfère votre vertu aux richesses qu'il aurait pu trouver; et vous, vous préférez la sienne aux biens que vous allez partager avec lui. Avec de tels sentimens, un mariage ne peut etre qu'heureux: Dieu bénira deux époux dont la piété est le lien. Je ne cesserai jamais de vous aimer, et de me souvenir que je suis aimée de vous.

Lettre de J. B. Rousseau à M. de Crouzas, qui avait remporté le

prix à l'Académie des Sciences de Paris. Je ne pouvais recevoir, monsieur, une plus agréable nouvelle que celle de votre dernier succès à l'Académie des Sciences. C'est un houneur pour vous d'avoir réuni les suffrages de tant de savans de toute espèce qui la composent. Ce n'en est pas un moindre pour cette compagnie, d'avoir su distinguer un mérite aussi éclatant que le vôtre; c'est de ce mérite qu'il faut vous féliciter, et l'académie doit être fé. licitée de l'équité de son jugement.

Lettre de Fléchier à M. le Maréchal de Villars, sur sa campagne

de 1707

Je m'étais bien attendu, monsieur, que vous feriez parler de vous, mais je ne croyais pas que ce fût ni si promptement, ni si bautement. A peine étes-vous arrivé que vous avez entrepris une affaire' qu'on n'avait guère osé tenter, et qu'on avait quelquefois vainement tentée. Il n'y a point de barrière si impénétrable que vous ve forciez, et l'Allemagne a beau vous opposer des rivieres et des digues qui sem. blent la mettre à couvert de toutes les forces étrangères, vous passez tout, vous forcez tout dès l'entrée de la campagne. On vous craint, on fuit devant vous : soldats, officiers, généraux se sauvent comme ils peuvent, et vous finissez une grande action sans aucune perte. J'espère que les suites de cet heureux commencement seront glorieuses; je vous en félicite par avance, par l'intérêt sincère que je prends à tout ce qui vous regarde, et par l’aitachement et le respect particulier avec lequel, &c.

Lettre du même à M. Le Pelletier, nommé à la charge de premier

président au parlement de Paris, 1707. Agréez, monsieur, que je prenne part à la joie publique sur le choix que le roi a fait de vous pour être premier président du premier parlement de France. La réputation de votre sagesse, de votre droiture, de votre équité, avait déjà prévenu les esprits en votre faveur; et vous semblez être fait pour cet auguste tribunal de la justice. Sa majesté vous y a placé ; les peuples s'en réjouissent par l'estime qu'ils ont pour vous, et par la protection qu'ils en espèrent, et moi par le respectueux attachement avec lequel, &c.

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