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Lettre de Madame de Sévigné à sa Fille. Je vous écris tous les jours: c'est une joie qui me rend très-favorable à tous ceux qui me demandent des lettres.

Ils veulent en avoir pour paraître devant vous, et moi je ne demande pas mieux. Celle-ci vous sera rendue par M. de * * *, je veux mourir si je sais son nom, nais enfin c'est un fort honnête homme qui nie paraît avoir de l'esprit, et que nous avons vu ici ensenible. Sou visage vous est connu. Pour moi, je n'ai pas eu l'esprit d'appliquer son nom dessus.

Lettre de Voltaire au Cardinal de Bernis. Je prends la liberté, mouseigneur, de vous présenter un voyageur Génevois digne de toutes les bontés de votre éminence, tout buguenot qu'il est. Sa famille est une des plus anciennes de ce pays, et sa personne une des plus aimables. Il s'appelle M. de Saussure. C'est un des meilleurs physiciens de l'Europe. Sa modestie est égale à son savoir. Il mérite de vous être présenté d'une meilleure nain que la mienne. Je nic tiens trop beureux de saisir cette occasion de vous renouveler mes honnages et le respect avec lequel j'ai l'honueur d'etre,- Monseigneur, de votre éminence, le très-humble, &c.

Lettre de M. le Cardinal de Bernis d Voltaire. Je ne saurais refuser cette lettre, mon cher et illustre confrère, à deux jeunes officiers Suédois qui ont fait le voyage d'Italie, avec beaucoup d'application et d'intelligence, et qui croiraient n'avoir rien vu si, en retournant dans leur patrie, ils n'avaient pu, au moins un moment, voir et entendre le grand homme de notre siècle. Ils out cru qu'une lettre de moi serait un passeport pour arriver jusqu'à

Je vous prie donc de ne pas vous retuier à leur curiosité, et au désir qu'ils ont de vous présenter un hommage qui n'est pas celui de la flatterie.

Il y a bien long-temps que je n'ai eu de vos nouvelles; je n'en sais que par la renommée: ce n'est pas assez pour mon cour,

Ne doutez jamais, mon cher confrère, de l'intérêt que je prends à votre santé, à votre conservation, à votre bonheur: je n'ai plus de vaux à faire pour votre gloire. Mop attachement pour vous durera autant que ma vie.

VOUS.

DES LETTRES DE FÉLICITATION.

INSTRUCTION. Est-il quelqu'un qui ne tienne pas à quelqu'autre par les liens de .a parenté, de l'amilie, des services, d'une association quelconque, du voisinage même ? Peut-on alors être ou paraître indifférent à ce qui arrive soit d'heureux, soit d'agréable, soit de fâcheux, aux persondes dont quelqu'une de ces liaisons nous rapproche? La satisfaction et la joie doivent se manifester dans ces sortes de lettres; il faut y peindre ou y feindre le sentiment. Le cæur se fait un plaisir de l'un; la politesse fait un devoir de l'autre. La moindre teinte de jalousie ou de froideur serait dans ces occasions, une circonstance impardonnable. Rien ne doit donc atténuer la félicitation : l'amourpropre est ainsi fait qu'il veut tout ou rien, et qu'un demi-compliment lui paraît une injure. Il faut même pour lui plaire que le compliment ait l'air s'il se peut de u’en être pas un. Il est facile d'imaginer des tournures pour ôter à un compliment ce qu'il a de commun et de banal. Mais quelle que soit celle qui'on emploie, on doit éviter avec soin qu'à force d'être exagéré, il ne prenne la couleur de l'ironie. Car, dit Madame de Sévigné: C'est qu'il est dange. reux de passer le but. Qui passe perd; et les louanges sont des satires quand elles peuvent étre soupçonnées de n'étre pas sincères : toutes les choses du monde sont d facettes.

MODÈLES.

Lettre de Modame de Sévigné à M. de Bussy-Rabutin. Je pense que je suis folle de ne vous avoir pas encore écrit sur le mariage de ma nièce; mais je suis en vérité comme folle. Mon fils s'en va dans trois jours à l'armée ; ma fille, dans peu d'autres, eu Provence : il ne faut pas croire qu'avec de telles séparations, je puisse conserver ce que j'ai de bon sens.

J'approuve extrêmement l'alliance de M. de Coligny; c'est un éta. blissement, pour ma nièce qui me paraît solide, et pour la peinture du cavalier, j'en suis contente sur votre parole. Je vous fais donc mes complimens à tous deux, et quasi à tous trois, car je m'imagine qu'à présent vous n'êtes pas loin les uns des autres. Adieu, mou cher cousin; adieu, ma chère pièce.

Lettre de Madame de Maintenon à Mademoiselle d'Osmond. Je suis ravie de votre établissement, mademoiselle. Celui qui vous épouse est bien estimable; il préfère votre vertu aux richesses qu'il aurait pu trouver; et vous, vous préférez la sienne aux biens que vous allez partager avec lui. Avec de tels sentimens, un mariage ne peut etre qu'heureux: Dieu bénira deux époux dont la piété est le lien. Je ne cesserai jamais de vous aimer, et de me souvenir que je suis aimée de vous.

Lettre de J. B. Rousseau à M. de Crouzas, qui avait remporté le

prix à l'Académie des Sciences de Paris. Je ne pouvais recevoir, monsieur, une plus agréable nouvelle que celle de votre dernier succès à l'Académie des Sciences. C'est un houneur pour vous d'avoir réuni les suffrages de tant de savans de toute espèce qui la composent. Ce n'en est pas un moindre pour celte compagnie, d'avoir su distinguer un mérite aussi éclatant que le vôtre; c'est de ce mérite qu'il faut vous féliciter, et l'académie doit être fé. licitée de l'équité de son jugement.

Lettre de Fléchier à M. le Maréchal de Villars, sur sa campagne

de 1707

Je m'étais bien attendu, monsieur, que vous feriez parler de vous, mais je ne croyais pas que ce fût ni si promptement, ni si bautement. A peine étes-vous arrivé que vous avez entrepris une affaire qu'on n'avait guère osé tenter, et qu'on avait quelquefois vainement tentée. Il n'y a point de barrière si impénétrable que vous ve forciez, et l'Allemagne a beau vous opposer des rivières et des digues qui sem. blent la mettre à couvert de toutes les forces étrangères, vous passe z tout, vous forcez tout dès l'entrée de la campagne. On vous craint, ou fuit devant vous : soldats, officiers, généraux se sauvent comme ils peuvent, et vous finissez une grande action sans aucune perte. J'espère que les suites de cet heureux commencement seront glorieuses ; je vous en félicite par avance, par l'intérêt sincère que je prends à tout ce qui vous regarde, et par laitachement et le respect particulier avec lequel, &c.

Lettre du même à M. Le Pelletier, nommé à la charge de premier

président au parlement de Paris, 1707. Agréez, monsieur, que je prenne part à la joie publique sur le choix que le roi a fait de vous pour être premier président du premier parlement de France. La réputation de votre sagesse, de votre droiture, de votre équité, avait déjà prévenu les esprits en votre faveur; et vous semblez être fait pour cet auguste tribunal de la justice. Sa majesté vous y a placé ; les peuples s'en réjouissent par l'estime qu'ils ont pour vous, et par la protection qu'ils eu espèrent, et moi par le respectueux attachement avec lequel, &c.

DES LETTRES DE CONDOLÉANCE.

INSTRUCTION. Le caractère d'une lettre dépendant toujours de la nature du sujet, il est sensible que tout ce qui tient à la légére!é, même la moindre jeinte de gaieté doivent être sévèrenient bannies d'un compliment de Condoléance. La seule manière d'adoucir la douleur, c'est de la pare tager; c'est de pleurer avec celui qui pleure: mêlez vos larmes avec les siennes, et vous lui prouverez plus d'intérêt que vos ingénieux discours nelui porteraient de consulatious.

S'il a perdu un fils, une épouse, un ami, faites-en l'éloge avec lui; ajoutez encore à ses regrets par les vôtres: en vous associant ainsi aux peines qu'il souffre, vous le disposerez plus facilement à recevoir de vous les adoucissemens que la philosophie et la religion seules apportent aux maux qui sont sans renède. Si les chagrins sont d'un autre genre, la shétorique vous offre alors ces lieux conimuns dont l'orateur sait tirer un si grand parti.

S'agit-il, par exemple, d'un procès perdu? accusez-en l'incertitude de tout ce qui est laissé aux jugemens des homines souvent entraînés par l'éloquence et trompés par les fausses apparences.

S'agit-il d'un échec du côté de la fortune? faites retomber l'événe. ment sur l'inconstance de l'aveugle déesse, qui dispose des biens au gré de ses caprices. Mais ayez soin de remarquer que, si elle a ses disgraces, elle a aussi ses retours. Que le tenips la ramène; que l'économie en répare sûrement les outrages, &c.

S'agit-il, enfin, d'une place, d'un emploi dont l'aftlige regrette la perte? rejettez-vous sur les petites menées des intrigans, sur l'audace calomniatrice des envieux ou des ambitieux, sur les séductions de tout genre auxquelles ne sont que trop souvent exposés les dispensateurs des grâces, &c.

Mais finissez par faire briller dans le lontain celte douce espérance qui est pour l'amie abattue et déchirée ce qu'est au laboureur désolé par l'orage l'arc céleste qui lui en annonce la fin, et lui promet la sérénité.

MODÈLES,

Lettre de Fléchier à M. Saloador.

Je regretle bien, monsieur, la perte que vous avez faite de monsieur votre père, et je compatis à votre douleur. 'Il vous laisse les véritables biens, qui sont ses vertuis et ses bons exemples; et les plus solides consolations, qui sont une longue continuation de sagesse et de piété, une vie de Chrétien, et une mort de patriarcbe. Je vous souhaite une aussi longue pratique de bonnes eenvres ; et persuadé qu'il ne manque à la perfection de votre mérite que ce qu’uu âge comme le sien y peut ajouter, je félicite messieurs vos enfans de retrouver en vous ce que vous perdez en monsieur votre père. Je suis, &c.

Lettre de J. J. Rousseau à Monsieur le Maréchal de Luxembourg.

J'apprends, monsieur le maréchal, la perte que vous venez de faire (de madame de Villeroi, sa sæur,) et ce moment est un de ceux ou j'ai le plus de regret de n'être pas auprès de vous : car la joie se suffit à elle-même; mais la tristesse a besoin de s'épancher, et l'amitié est bien plus précieuse dans la peine que dans le plaisir. Que les' mortels sont à plaindre de se faire entre eux des attachemens durables ! Ab! puisqu'il faut passer sa vie à pleurer ceux qui nous sont chers, à pleurer les uns morts, les autres peu dignes de vivre, que je la trouve peu regrettable à tous égards! Ceux qui s'en vont sont plus beureux que ceux qui restent; ils n'ont plus rien à pleurer. Ces réflexions sont communes: qu'importe ? en sont-elles moins naturelles ? Elles sont d'un homme plus propre à s'affiger avec ses amis qu'à les consoler, et qui sent aigrir ses propres peines en s'attendrissant sur les leurs.

Lettre de J. B. Rousseau d M. D#**, sur la Mort de son Fils aint.

Quelle perte, bon Dieu ! et à quelle épreuve la Providence a-t-elle voulu mettre votre vertu, monsieur ! c'est ainsi qu'elle se joue des projets qui nous paraissent les plus légitimes. Vous avez joui jusqu'à présent de tous les avantages de cette vie : une longue et constante prospérité, une fortune établie, une famille digne de vous, voilà bien des grâces que Dieu n'était pas obligé de vous faire ; et peut-être p'avez-vous pas assez songé que c'était à lui seul que vous les deviez. On ne lui attribue que la mauvaise fortune, et on croit ne devoir la bonne qu'à soi-même. Il faut pourtant tôt ou tard payer pos dettes, et se mettre dans l'esprit qu'il ne nous envoie point dans ce monde pour être lieureux.

Recevez votre affliction comme une expiation des fautes auxquelles nous sommes tous sujets en cette vie, et comme un gage du bonheur que Dieu vous prépare dans une autre. Il vous reste un fils; donnez tous vos soins à en faire un aussi honnête homme que vous; en un mot, consolez-vous avec celui qui vous reste, et priez pour celui que vous n'avez plus.

Vous serez peut-être surpris de recevoir de pareils conseils d'un fai. seur d'épigrammes; mais, Dieu merci, j'en ai porté la peine, et je m'estimerais malheureux si je n'en avais pas été puni.

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