Images de page
PDF
ePub

Ah! comment s'est éclipsée tant de gloire ! Comment se sont anéantis tant de travaux! Ainsi donc périssent les ouvrages des hommes ! Ainsi s'évanouissent les empires et les nations!

Volney. Les Ruines.

Combat des Messéniens et des Spartiates. Tels que les feux du tonnerre, lorsqu'ils tombent dans les gouffres de l'Etna, et les embrasent, le volcan s'ébranle et mugit ; il soulève ses flots bouillonvans; il les vomit de ses flancs qu'il entr'ouvre; il les lance contre les cieux qu'il ose braver. Indignée de son audace, la foudre chargée de nouveaux feux qu'elle a puisés dans la nue, rede. scend plus vite que l'éclair, frappe à coups redoublés le sommet de la montagne; et après avoir fait voler en éclats ses roches fumantes, elle impose silence à l'abîme, et le laisse couvert de cendres et de ruines éternelles. Tel Aristomène, à la tête des jeunes Messéniens, fond avec impétuosité sur l'élite des Spartiates, commandés par leur roi Anaxandre. Ses guerriers, à son exemple, s'élancent comme des lions ardens; mais leurs efforts se brisent contre cette masse immobile et aérissée de fer, ou les passions les plus violentes se sont enflammées, et d'où les traits de la mort s'échappent sans interruption. Couverts de sang et de blessures, ils désespéraient de vaincre, lorsqu'Aristomène, se multipliant dans lui-même et dans ses soldats, fait plier le brave Anaxandre et sa redoutable cohorte; parcourt rapidement les bataillons ennemis; écarte les uns par sa valeur, les autres par sa présence ; les disperse, les poursuit, et les laisse dans leur camp, ensevelis dans une consternation profonde.

Barthélemy.

Combat des Egyptiens et des Tyriens, ou Mort de Bocchoris. Les Egyptiens qui avaient appelé à leur secours les étrangers après avoir favorisé leur descente, attaquèrent les autres Egyptiens qui avaient le roi à leur tête. Je voyais ce roi qui animait les siens par son exemple, il paraissait comme le dieu Mars : des ruisseaux de saug coulaient autour de lui; les roues de son char étaient teintes d'un

sang noir, épais, et écumant; à peine pouvaient-elles passer sur des tas de corps morts écrasés.

Ce jeune roi, bien fait, vigoureux, d'une mine haute et fière, avait dans ses yeux la fureur et le désespoir; il était comme un beau cheval qui n'a point de bouche ; son courage le poussait au hasard, et la sagesse ne modérait pas sa valeur. Il ne savait ni réparer ses fautes, ni donner des ordres précis, ni prévoir les maux qui le menaçaient, ni ménager les gens dont il avait le plus grand besoin. Ce n'était pas qu'il manquât de génie; ses lumières égalaient son courage; mais il n'avait jamais été instruit par la mauvaise fortune: ses maîtres avaient empoisonné, par la

fiatterie, son beau naturel. Il était enivré de sa puissance et de son bonheur; il croyait que tout devait céder à ses désirs fougueux : la moindre résistance enflammait sa colère. Alors il ne raisonnait plus, il était comme hors de lui-même; son orgueil furieux en fesait comme une bête farouche; sa bonté naturelle et sa droite raison l'abandonnaient en un instant; ses plus fidèles serviteurs étaient réduits à s'enfuir; il n'aimait plus que ceux qui flattaient ses passions. Ainsi, il prenait toujours des partis extrêmes contre ses véritables intérêts, et il forçait tous les gens de bien à détester sa folle conduite. Long-temps sa valeur le soutint contre la multitude de ses ennemis ; mais enfin il fut accablé. Je le vis périr : le dard d'an Phénicien perça sa poitrine ; les rênes lui échappèrent des mains, il tomba de son char sous les pieds des chevaux. Un soldat de l'Ile de Cypre lui coupa la tête, et, la prenant par les cheveux, il la montra, comme en triomphe, à toute l'armée victorieuse.

Je me souviendrai toute ma vie d'avoir vu cette tête qui nageait dans le sang, ces yeux fermés et éteints, ce visage pale et défiguré, cette bouche entr'ouverte qui semblait vouloir encore achever des paroles commencées, cet air superbe et menaçant que la mort même p'avait pu

effacer. Toute ma vie, il sera peint devant mes yeux ; et, si januais les dieux me fesaient réguer, je n'oublierais point, après un si funeste exemple, qu'un roi n'est digne de commander, et n'est heureux dans sa puissance, qu'autant qu'il la soumet à la raison. Eh! quel malheur pour un homme destiné à faire le bonheur public, de u’être le maître de tant d'hommes que pour les rendre malheureux!

Fénélon.

Combat de Télémaque et d'Hippias. A peine Télémaque eut tiré cette épée, qu'Hippias, qui voulait profiter de l'avantage de sa force, se jette pour l'arracher des mains du jeune fils d'Ulysse, l'épée se rompt dans leurs mains : ils se saisissent et se serrent l'un l'autre. Les voilà comme deux bêtes cruelles qui cherchent à se déchirer; le feu brille dans leurs yeux ; ils se raccourcissent, ils s'alongent, ils se baissent, ils se relèvent, ils s'élancent, ils sont altérés de sang. Les voilà aux prises, pieds contre pieds, mains contre mains : ces deux corps entrelacés paraissent n'en faire qu'un. Mais Hippias, d'un age plus avancé, semblait devoir accabler Télémaque, dont la tendre jeunesse était moins nerveuse. Déjà Télé. maque, hors d'haleine, sentait ses genoux chanceler. Hippias, le voyant ébranlé redoublait ses efforts. C'était fait du fils d'Ulysse ; il allait porter la peine de sa témérité et de son emportement, si Minerve, qui veillait de loin sur lui, et qui ne le laissait dans cette extréinité de péril que pour l'instruire, n'eût déterminé la victoire en sa faveur.

Le même.

Les Combats de Mer bien diferens de ceux sur Terre. Si jamais l'homme eut occasion de développer cet instinct de cou. rage que lui donna la nature, c'est dans les combats qui se livrent sur mer. Les batailles de terre présentent à la vérité un spectacle terrible: mais du moins le sol qui porte les combattans ne menace point de s'entr'ouvrir sous leurs pas; l'air qui les environne n'est pas leur ennemi, et les laisse diriger leurs mouvemens à leur gré; la terre entière leur est ouverte pour échapper au danger. Dans les combats de mer, tout conspire à augmenter les périls, à diminuer les ressources. L'eau n'offre que des abîmes, dont la surface, balancée par d'éternelles secousses, est toujours prête à s'ouvrir. L'air agité par les vents produit les orages, trompe les efforts de l'homme, et le précipite au devant de la niort qu'il veut éviter. Le fen déploie sur les eaux son activité terrible, entr'ouvre les vaisseaux, et réunit la double horreur d'un naufrage et d'un embrasement. La terre, ou reculée à une grande distance, refuse son asile; ou, si elle est près, sa proximité même est dangereuse, et le refuge est souvent un écueil. L'homme isolé et séparé du monde entier, est resserré dans une prisou étroite,d'où il ne peut sortir, tandis que la mort y entre de toutes parts. Mais parmi ces horreurs, il trouve quelque chose de plus terrible pour lui; c'est l'homme son semblable qui, armé du fer, et mêlant l'art à la fureur, l'approche, le joint, le combat, lutte contre lui sur ce vaste tombeau, et unit les efforts de sa rage à celle de l'eau, des vents, et du feu.

Thomus. Eloge de Duguay-Trouin.

L'Apollon du Belvedere. De toutes les statues antiques qui ont échappé à la fureur des bar. bares, et à la puissance du temps, celle d'Apollon est sans contredit la plus sublime. L'artiste a composé cet ouvrage sur l'idéal, et n'a employé de matière que ce qu'il lui en fallait pour exécuter et représenter sou idée. Autant la description qu'Homère a donnée d'Apollon suspasse les descriptions qu'en ont faites après lui les autres poétes, autant cette figure l'emporte sur toutes les figures de ce même Dieu. Sa taille est au-dessus de celle de l'homme, et son attitude respire la majesté. Un éternel printemps, tel que celui qui règne dans les champs fortunés de l'Elysée, revêt son beau corps d'une aimable jeunesse, et brille avec douceur sur la fine structure de ses membres. Pour sentir tout le mérite de ce chef-d'œuvre de l'art, tâchez de pénétrer dans l'empire des beautés incorporelles, et devenez, s'il se peut, créateur d'une nature céleste; car il n'y a rien ici qui soit mortel, rien qui soit sujet aux besoins de l'humanité. Ce corps n'est ni échauffé par des veines, ni agité par des nerfs; un esprit céleste circule comme une douce vapeur dans tous les contours de cette tigure admirable. Ce Dieu a poursuivi Python, contre lequel il a tendu pour la première fois son arc redoutable; dans sa course

resser.

rapide il l'a atteint, et lui a porté le coup mortel. De la hauteur de sa joie, son auguste regard pénètre comme dans l'infini, et s'étend bien au-delà de la victoire. Le dédain siége sur ses lèvres, l'indignation qu'il respire gonfle ses narines, et monte jusqu'à ses sourcils ; mais une paix éternelle, inaltérable, est empreinte sur son front, et son cil est plem de douceur, comme s'il était au milieu des muses empressées à le ca

Parmi toutes les figures qui nous restent de Jupiter, vous ne verrez dans aucune le père des dieux approcher de la grandeur avec laquelle il se manifesta jadis à l'intelligence d'Homère, comme dans les traits que vous offre ici son fils; les beautés individuelles de tous les dieux sont réunis dans cette figure comme dans celle de Pandore Ce front est le front de Jupiter renfermant la déesse de la sagesse : ses sourcils, par leur mouvement, annoncent sa volonté ; ce sont les grands yeux de la reine des déesses, et sa bouche est la bouche même qui inspirait la volupté au beau Branchus. Semblable aux tendres rejetons du pampre, sa belle chevelure flotte autour de sa tête, comme si elle était légèrement agitée par l'haleine du zéphir. Elle semble parfumée de l'essence des dieux, et attachée négligemment au haut de sa tête par la main des grâces. A l'aspect de ce chef-d'æuvre, j'oublie tout l'univers; je prends moi-même une attitude noble pour le contempler avec dignité. De l'admiration, je passe à l'extase ; je sens ma poitrine qui se dilate et s'élève comme l'éprouvent ceux qui sont remplis de l'esprit des prophéties; je suis transporté à Délos et dans les bois sacrés de la Lycie, lieux qu'Apollon honorait de sa pré. sence! car la figure que j'ai sous les yeux paraît recevoir le mouvement, comme le reçut jadis la beauté qu'enfanta le ciseau de Pygmalion ; mais comment pouvoir te décrire, ô inimitable chef-d'æuvre ! Il faudrait pour cela que l'art même daignât m'inspirer et conduire ma plume. Les traits que je viens de crayonner, je les dépose à tes pieds ; ainsi ceux qui ne peuvent atteindre jusqu'à la tête de la Divinité qu'ils adorent, mettent à ses pieds les guirlandes dont ils auraient voulu la couropper. Winkelmann. Histoire de l'Art chez les Anciens.

Le Chien. Le chien, fidèle à l'homme, conservera toujours une portion de l'empire, un degré de supériorité sur les autres animaux : il leur commande, il règne lui-même à la tête d'un troupeau, il s'y fait mieux entendre que la voix du berger; la sureté, l'ordre, et la discipline sont le fruit de sa vigilance et de son activité ; c'est un peuple qui lui est soumis, qu'il conduit, qu'il protège, et contre lequel il n'emploie jamais la force, que pour y maiutenir la paix. Mais c'est sur-tout à la guerre, c'est contre les animaux envemis ou indépendans, qu’éclate son courage, et que son intelligence se déploie toute entière. Les talens naturels se réunissent ici aux qualités acquises. Dès que le bruit des armes se fait entendre, dès que le son du cor ou la voix du chasseur a donné

le signal d'uue guerre prochaine, brûlant d'une ardeur nouvelle, le chieu marque sa joie par les plus vifs transports, il annonce par ses mouvewens et par ses cris l'impatience de combattre et le désir de vaincre ; marchant ensuite en silence, il cherche à reconnaître le pays, à découvrir, à surprendre l'ennemi dans son fort; il recherche ses traces, il les suit pas-à-pas, et par des accens différens indique le temps, la distance, l'espèce, et même l'age de celui qu'il poursuit.

Le chien, indépendamment de la beauté de sa forme, de la vivacité, de la force, de la légèreté, a par excellence toutes les qualités intérieures qui peuvent lui attirer les regards de l'homme. Uo naturel ardent, colère, même féroce et sanguinaire, reud le chien sauvage re. doutable à tous les animaux, et cède, dans le chien domestique, aux sentimens les plus doux, au plaisir de s'attacher et au désir de plaire: il vient en rampant mettre aux pieds de son maître son courage, sa force, ses talens; il attend ses ordres pour en faire usage; il le consulte, il l'interroge, il le supplie ; un coup d'æil suffit, il entend les signes de sa volonté; sans avoir comme l'homme la lumière de la persée, il a toute la chaleur du sentiment, il a de plus que lui la fidélité, la constance daus ses affections; nulle ambition, nul intérêt, pul désir de vengeance, nulle crainte que celle de déplaire; il est tout zèle, toute ardeur, et toute obéissance; plus sensible au souvenir des bienfaits qu'à celui des outrages, il ne se rebute pas par les mauvais traitemens, il les subit, les oublie, ou ne s'en souvient que pour s'attacher davantage; loin de s'irriter ou de fuir, il s'expose de lui-même à de nouvelles épreuves, il lèche cette main, instrument de douleur qui vient de le frapper, il ne lui oppose que la plainte, et la désarme enfin par la patience et la soumission.

Buffon. Quadrupèdes.

Le Cheval. La plus noble conquête que l'homme ait jamais faite, est celle de ce fier et fougueux animal qui partage avec lui les fatigues de la guerre et la gloire des combats ; aussi intrépide que son maitre, le cheval voit le péril et l'affronte; il se fait au bruit des armes, il l'aime, il le che rche, et s’anime de la même ardeur: il partage aussi ses plaisirs ; à la chasse, aux tournois, à la course, il brille, il étincelle; mais docile autant que courageux, il ne se laisse point emporter à son feu, il sait réprimer ses mouvemens ; non-seulement il déchit sous la main de celui qui le guide, mais il semble consulter ses désirs, et obéissant toujours aux impressions qu'il en reçoit, il se précipite, se modòre, ou s'arrête, et n'agit que pour y satisfaire. C'est une créature qui renonce à son être pour n'exister que par la volonté d'une autre, qui sait même la prévenir, qui, par la promptitude et la précision de ses mouvemens, l'exprime, et l'exécute ; qui sent autant qu'on le désire, et ne rend qu'autant qu'on veut, qui se livrant savs réserve, ne se refuse à rien, sert de toutes ses forces, s'excède et même meurt pour mieux obéir.

Le même.

« PrécédentContinuer »