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pouvoir ; c'est moi qui regarde avec mépris ces mausolées élevés dans plusieurs temples à des hommes qui n'ont été que puissans, et qui honore comune sacrée la pierre brute qui couvre la cendre de l'homme de génie. Souviens-toi que ton ame est immortelle, et que ton noni

Le temps fuit, les momens se succèdent, le songe de la vie s'écoule. Atleuds, et tu vas vivre, et tu pardonneras à ton siècle ses injustices, aus oppresseurs leur cruauté, à la nature de t'avoir choisi pour ivstruire et pour éclairer les hommes.

Le même.

le sera.

Fontenelle.

On sait que Fontenelle est le premier qui ait orné les sciences des graces de l'imagination; mais, coinme il le dit lui-mêine, il est trèsdifficile d'embellir ce qui ne doit l’être que jusqu'à un certain degré. Un tact très-fin, et pour lequel l'esprit ne suffit pas, a pu seul lui indiquer cette mesure. Fontenelle a surtont cette clarté qui, dans les sujets philosophiques, est la première des grâces. Son art de présenter les objets, est pour l'esprit ce que le télescope est pour l'oeil de l'observateur: il abrège les distances. L'homme peu instruit voit une surface d'idées qui l'intéresse; l'honime savant découvre la profondeur cachée sous cette surface. Ainsi il donne des idées à l'un, et réveille les idées de l'autre. Pour la partie morale, Fontenelle a l'air d'un philosophe qui connaît les hommes, qui les observe, qui les craint, qui quelquefois les méprise, mais qui ne trahit son secret qu'à demi. Presque toujours il glisse à côté des préjugés, se tenant à la distance qu'il faut, pour que les uns lui rendent justice, et que les autres ne lui en fassent pas un crime. Il ne compromet point la raison, ne la montre que de loin, mais la montre toujours. A l'égard de sa manière, car il en a une, la finesse et la grâce y dominent, comme on sait, bien plus que la force. Il n'est point éloquent, ne doit et ne veut poiut l'être.; mais il attacbe et il plaît. D'autres relèvent les choses communes par des expressions nobles ; lui, presque toujours, peint les grandes choses sous des images familières. Cette manière peut être critiquée; mais elle est piquante. D'abord elle donne le plaisir de la surprise par le contraste, et par les nouveaux rapports qu'elle découvre : ensuite on aime à voir un homine qui n'est pas étonné des grandes choses ; ce point de vue semble nous agrandir. Peut-être niême lui savous-nous gré de ne pas vouloir nous forcer à l'admiration, sentiment qui nous accuse toujours un peu ou d'ignorance, ou de faiblesse.

Le même. Essai sur les Eloges.

Buffon. Quel est celui qui s'avance d'un pas ferme et gigantesque dans cette route encore infréquentée ? c'est un orateur, c'est un poéte, c'est un philosophe : c'est Buffon ! Buffon, dont la tête est vaste comme le monde: dont l'imagination est féconde comme la nature. Les siècles qui se sont écoulés, les siècles qui s'écouleront lui sont présens: ni la hauteur des cieux, ni les profondeurs de la terre, ni l'immensité que le regard humain ne peut embrasser, ni l'exiguité qu'il ne peut saisir, ne dérobent un secret à sou génie. Confident de l'ori. gine et de la fin des choses, il voit, il devine, il explique, depuis l'énorme quadrupède qui pèse sur le globe, jusqu'au chétif animal dont l'herbe abrite la petitesse ; ses yeux ont tout observé, sa plume a tout décrit : exact et inagnifique, majestueux et simple, il semble imaginer quand il définit; quand il peint, il semble créer. Un idiome vulgaire ne traduit qu’imparfaitement les conceptions de cet esprit supérieur. Cette langue neuve et sublime comme ses idées, cette langue que parle Buffon, il se l'est faite.

Arnaud.

Tibère.

Après Auguste, vient ce Tibère, d'une politique sombre et d'une cruauté réfléchie; fourbe dans sa haine, et tyran dans ses caprices; aussi ennemi du courage que de la bassesse; craignant de commander à des hommes, et s'indigvant de ne trouver que des esclaves; bourreau de sa famille, de ses amis, de ses sujets ; aussi redoutable par ses favoris que par lui-même. Ce monstre fut aussi orateur; et, à ce que nous apprend Tacite, il avait même une éloquence mâle et forte. Il avait loué Drusus, son frère; il prononça l'éloge funèbre d'Auguste, son beau-père ; et, dans la suite, il eut le triste courage de faire l'éloge de son fils unique, empoisonné par Séjan. . Mais ce qui eut passé peut-être pour fermeté dans uu autre, ne fut attribué, dans ce caur sombre, qu'à une dure insensibilité.

Thomas. Essai sur les Eloges.

Le Chancelier de l'Hôpital.

Poéte, jurisconsulte, législateur, et grand lomme, qui empêclia en France le fléau de l'inquisition; qui parlait d'humanité à Catherine de Médicis, et d'amour des peuples à Charles IX.; qui fut exclu du conseil, parce qu'il combattait l'injustice; qui sacrifia sa dignité, parce qu'il ne pouvait plus être utile; qui, à la Saint-Barthélemi, vit presque les poignards des assassins levés sur lui, et à qui d'autres satellites étant venus annoncer que la cour lui pardonnait : Je ne croyais pas, dit-il d'un air calme, avoir rien fait dans ma vie qui méritât un pardon.

Le même.

Le Prince Noir.

Le prince de Galles fut, sans contredit, un des plus grands hommes que l'Angleterre ait produits. Iutrépide à la tête des armées, terrible dans le combat, toujours vainqueur, affable et modeste après la victoire, généreux, libéral, juste appréciateur du vrai mérite, ami du genre humain. Jamais l'éclat que tant de sublimes qualités réunissaient eu sa personne, ne lui fit oublier ses devoirs; son père n'eut point de fils plus respectueux, plus tendre. Les Anglais le pleurèrent universellement. Leurs descendans rendent encore aujourd'hui hommage à la mémoire de ce prince.

Villaret.

Parallèle d'Elizabeth Reine d'Angleterre et de Marie-Thérèse

Archiduchesse ď Autriche. Peut-être, MM., manquerais-je ici à votre attente, si j'éloignais de vos yeux un tableau vers lequel l'imagination semble se porter presque involontairement. Qui de vous en effet ne rapproche pas dans ce moment la célèbre Elizabeth d'Angleterre de l'immortelle Marie-Thérèse! Je sais que la religion les distingue; mais quel brillant parallèle pour l'bistoire ! Toutes deux, honorant leur sexe, leur pays, leur trône, ont donné des leçons de génie aux rois, et ce qui est plus rare encore, ont consacré le gévie au bonheur des peuples : toutes deux exercées par le malheur ont appris, dans la lutte pénible contre l'adversité, à fortifier leur caractère, à étendre les ressources de leur ame, à se soumettre les événemens, et à se faire un héroïsme de circonstances autant que de principes. Elizabeth, plus créatrice peut-être et plus hardie, a préparé les ambitieux destins de l'Angleterre: Marie-Thérèse, plus mesurée, a déployé cette intelligence conservatrice, qu'exigeait la longue et artique domination de l'Autriche. La première, réprimant un peu. ple impatient et fougueux, galement terrible, soit qu'il sente l'excès de la servitude ou de la liberté, le contint sans l'avilir; et détournant cette activité inquiète vers de grands objets, lui créa, si j'ose ainsi parler, un nouvel apanage, la mer : une nouvelle patrie, les deux niondes. La seconde excitant un peuple caline, et dès long-temps plié par la douce discipline des lois et des camps, lui a inspiré le goût d'une richesse utile, et d'un genre de conquête conforme à ses meurs, celle de son propre pays par le travail et l'industrie. Ainsi, l'une tourna vers l'empire et la fortune, le génie de la liberté : l'autre a dirigé vers un bonheur tranquille, le génie de l'obéissance. Toutes deux ont joui d'un pouvoir presque absolu; mais l'espèce de despotisme d'Elizabeth tenait à son caractère; celui de Marie-Tbérèse à la constitution de l'état. Elizabeth par sa fierté naturelle tendait sans cesse le ressort d'un gouvernement, où les droits des peuples étaient indécis, où les bornes mobiles de l'autorité étaient déplacées à chaque règne par la faiblesse ou la fermeté des monarques. Marie.Thérèse, en montant sur le trône, hérita d'une puissance illimitée, appuyée sur plusieurs siècles, accrue, et pour ainsi dire, consacrée par l'opinion; cette pre. mière législatrice des états, qui fonde ou justifie tous les droits; mais cette constitution sans équilibre, trouva son contre-poids dans l'ame de la souveraine qui devait y présider. L'une entin, par ses succès et sa grandeur, força le fier Breton de lui pardonner le despotisme de sa volonté; l'autre, par sa modération et sa douceur, tempéra le despotisme des armes et de la législation arbitraire: elle n'en retint que le droit d'être bienfaisante sans contradiction, et de faire envier à l'indépendance même l'heureuse nécessité de lui obéir.

L'Abbé de Boismont.

Colbert. L'éclat et la prospérité du règne de Louis XIV., la grandeur du souverain, le bonheur des peuples, feront regretter à jamais le plus grand mivistre qu'ait eu la France : ce fut par lui que les arts furent portés à ce degré de splendeur qui a reudu le règne de Louis XIV. le plus beau règne de la monarchie; et, ce qui est à remarquer, c'est que cette protection sigvalée qu'il leur accorda n'était peut-être pas en lui l'effet seul du goût et des connaissances : ce n'était pas par sentiment qu'il animait les artistes et les savans ; c'était comme homme d'état qu'il les protégeait, parce qu'il avait reconnu que les beaux arts sont seuls capables de former et d'inimortaliser les grands empires. Homme inémorable à jamais ! ses soins étaient partagés entre l'économie et la prodigalité; il économisait dans son cabinet, par l'esprit d'ordre qui le caractérisait, ce qu'il était obligé de prodiguer aux yeux de l'Europe, tant pour la gloire de son maître, que par la nécessiié de lui obéir; esprit sage, et n'ayant point les écarts du génie: Par negotiis, neque suprà erat. (Tacite.) Il ne fut que huit jours malade: on a dit qu'il était mort hors de la faveur: grande instruction pour les ministres.

Le Président Hénault.

Pierre le Grand, Empereur de Russie. Pierre le grand fut regretté en Russie de tous ceux qu'il avait formés ; et la génération qui suivit celle des partisans des anciennes meurs, le regarda bientôt comme son père. Quand les étrangers ont vu que tous ses établissemens étaient durables, ils ont eu pour lui une admiration constante, et ils ont avoué qu'il avait été inspiré plutôt par une sagesse extraordinaire, que par l'envie de faire des choses étonnantes. L'Europe 1 reconnu qu'il avait aimé la gloire, mais qu'il l'avait mise à faire du bien; que ses défauts n'avaient jamais affaibli ses grandes qualités; qu'en lui l'homme eut ses taches, et que le monarque fut toujours grand; il a forcé la nature en tout, dans ses suets, dans lui-même, et sur la terre et sur les eaux; mais il l'a forcée pour l'embellir. Les arts, qu'il a transplantés de ses mains dans des pays dont plusieurs alors étaient sauvages, opt, en fructifiant, rendu té. moignage à son génie et éternisé sa mémoire; ils paraissent aujourd'hui originaires des pays même où il les a portés. Lois, police, politique, discipline militaire, marine, commerce, manufactures, sciences, beaux arts, tout s'est perfectionné selon ses vues; et par une singularité dont il n'est point d'exemple, ce sont quatre femmes, montées après lui sur le trône, qui ont maintenu tout ce qu'il acheva, et ont perfectionné tout ce qu'il entreprit.

C'est aux historiens nationaux d'entrer dans tous les détails des fondations, des lois, des guerres, et des entreprises de Pierre le grand. Il suffit à un étranger d'avoir essayé de montrer ce que fut le grand homme qui apprit de Charles XII, à le vaincre, qui sortit deux fois de ses états pour les mieux gouverner, qui travailla de ses mains à presque tous les arts nécessaires, pour en donner l'exemple à son peuple, et qui fut le fondateur et le père de son empire.

Voltaire. Histoire de Pierre le Grand.

les

Charles XII. Charles XII. roi de Suède, éprouva ce que la prospérité a de plus grand, et ce que l'adversité a de plus cruel, sans avoir été amolli par l'une, vi ébranlé un moment par l'autre. Presque toutes ses actions, jusqu'à celles de sa vie privée et unie, ont été bien loin au-delà du vraisemblable. C'est peut-être le seul de tous les hommes, et jusqu'ici le seul de tous les rois, qui ait vécu sans faiblesse ; il a porté toutes les vertus des héros à un excès où elles sont aussi dangereuses que vices opposés. Sa fermeté, devenue opiniâtreté, fit ses malheurs dans l'Ukraine, et le retint cinq ans en Turquie; sa libéralité, dégénérant en profusion, a ruiné la Suéde : son courage, poussé jusqu'à la témérité, a causé sa mort: sa justice a été quelquefois jusqu'à la cruauté: et, dans les dernières années, le maintien de son autorité approchait de la tyrannie. Ses grandes qualités, dont une seule eût pu Himortaliser un autre prince, ont fait le malheur de son pays. Il n'attaqua jamais personne ; mais il ne fut pas aussi prudent qu'implacable dans ses vengeances. Il a été le premier qui ait eu l'ambition d'être conquérant, sans avoir l'envie d'agrandir ses états; il voulait gagner

des empires pour les donner. Sa passion pour la gloire, pour la guerre, et pour la vengeance, l'empêcha d'être bon politique, qualité sans laquelle on n'a jamais vu de conquérant. Avant la bataille, et après la victoire, il n'avait que de la modestie ; après la défaite, que de la fermeté : dur pour les autres comme pour lui-même, comptant pour rien la peine et la vie de ses sujets, aussi bien que la sienne: homme unique plutôt que grand homme, admirable plutôt qu'à imiter. Sa vie doit apprendre aux rois combien un gouvernement pacitique et heureux est au-dessus de tant de gloire.

Le même. Histoire de Charles XII.

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