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DE TOUS LES PEUPLES, DE LEURS RELIGIONS, MOEURS, INDUSTRIE, COSTUMES, ETC.

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encore

INTRODUCTION. OURQUOI la Russie est-elle

passera pour mourir ou pour triomune terre presque inconnue au reste pher. En lisant attentivement l'his. de l'Europe ? Comment se fait-il que toire, on reconnait que la politique l'empire le plus vaste du globe , et qui moscovite n'a point varié depuis deux exerce sur la politique universelle une siècles. A peine échappée au joug des influence si marquée, n'ait pas été Tatars, et débarrassée des entraves l'objet de recherches plus complètes que lui opposaient les princes apanaet surtout plus consciencieuses ? Si le gés, elle a successivement absorbé les secret de la puissance russe était seu- populations voisines, et n'a cessé de lement de nature à exciter la curiosité, reculer ses frontières du nord au sud, on concevrait que des peuples, qui ont et de l'orient à l'occident. La Suède, devancé la patrie des Slaves en civili- la Pologne , la Turquie , la Perse, tour sation, que des contrées plus riches à tour démembrées ou conquises, ont en monuments et en souvenirs, aient été aussi malheureuses par les traiprésenté à l'histoire une matière plus tés que par les armes. Du côté de attrayante; mais il n'en est point ainsi: l'est, les déserts n'ont point été un la question russe est devenue pour obstacle; un jour ces déserts seront l'Europe et pour l'Asie une question cultivés, et peut-être y transportera. d'avenir. En admettant que les res- t-on des populations attachées au sol sources de cet empire se développent natal par des so. venirs de liberté. La dans la proportion du sol, et que la Turquie épuisée attend le joug, et va politique de son gouvernement ne soit livrer au vainqueur ses ports magnipoint entravée par des obstacles im- fiques. Alors la marine russe, maîtresse prévus , qui pourrait dire où s'arrêtera des détroits , pourra construire, dans sa puissance? Quant au présent, le la mer Noire, des flottes qui dominecabinet de Pétersbourg, toujours pa- ront sur la Méditerranée, en attentient dans ses projets d'envahissement, dant qu'elle oppose à l'Angleterre une exploite avec habileté la différence des puissante concurrence dans les Indes systèmes qui partagent l'Europe en et dans les deux Amériques. Ces résuldeux camps ; l'Allemagne, placée entre tats, pour être éloignés, n'en sont pas ledespotisme pur et les libertés constitu- moins probables, si le passé n'est pas tionnelles, présente le milieu moral un vain avertissement pour l'avenir. par lequel le despotisme ou la liberté Ainsi la Russie marche à l'asservisse1re Livraison. (Russie.)

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ment des peuples, et aspire au mono- interrogent les statistiques dont les pole commercial qui seul peut la auteurs sont réduits à s'emprunter défrayer des sacrifices financiers indis- mutuellement leurs erreurs. Des géopensables au développement de ses graphes estimés ont donné quarante forces militaires. L'Europe acceptera- mille habitants à des villes qui en t-elle la domination russe comme une comptent à peine douze à quinze cents; nécessité? Partagée sur des questions d'autres ont signalé des bourgs insid'intérêts secondaires , renoncera-t-elle gnifiants comme des cités florissantes : aux avantages d'une éducation politique la cause de ces données fausses ou continuée au sein de tant de luttes contradictoires doit être attribuée à sanglantes, et à l'instant même où le l'absence de documents officiels, et à bon sens des peuples n'aspire plus à l'ignorance où sont restés, en ce qui d'autres conquêtes qu'à celles de l'in- regarde la langue, les mœurs et les telligence et de l'industrie ? Est-il donc localités, presque tous les étrangers si difficile de comprendre que la Russie, qui ont écrit sur la Russie. Toutefois, avec ses ressources actuelles, n'est il faut en convenir, les conditions redoutable, comme puissance envahis- d'existence de l'empire russe sont si sante, que lorsque les autres Etats la multiples , des éléments qui le comlaissent tomber de tout son poids sur posent different si essentieilement, un ennemi isolé ? La Turquie la tenue qu'il est difficile de donner de son endeux ans en échec, et peu s'en est fallu semble une idée compiète et basée sur que la bataille des Balkans n'ait si- des détails exacts. Partout un mélange gnalé une défaite au lieu d'une vic- bizarre, où viennent se heurter et se toire. Sans l'attitude hostile de la confondre le caractère asiatique et l'euPrusse et de l'Autriche, la Pologne ropéen. Ici, des villes où se déploie eût peut-être reconquis sa nationalité; toute la magnificence du luxe, mise en mais elle ne l'aurait conservée qu'en æuvre par les arts les plus avancés; à modifiant les institutions dont le vice quelque distance, des hameaux dont à causé sa chute. Sans doute la Russie les demeures ne ferment pas, parce est une puissance militaire de premier que l'habitant n'a rien à perdre; puis, ordre; ses soldats sont braves et dis çà et là dans la campagne, des serfs ciplinés ; tous les ressorts du gouver- courbés sur le sol , et qui se vendent nement obéissent à une pensée unique; avec le sillon qu'ils ont fécondé. Dans et l'obéissance aveugle peut produire la nature physique comme dans la na. des résultats non moins décisifs que ne ture morale, tout y est contraste : le le fait ailleurs l'amour de la gloire et soleil se lève puissant et radieux sur de la liberté. Malgré ces éléments de les bords de la Caspienne et de la mer succès et la sagesse qui préside aux Noire. Au nord, quand il a percé le destinées de cet empire, le délabre- brouillard neigeux des pôles, la terre, ment des finances, la difficulté de cen- offranchie d'une nuit sans matin, se tralisation, et l'obligation de garder håte de mettre à profit ce long jour une ligne immense de frontières, l'em- sans ombre. Les germes qui, depuis si pêcheront longtemps encore de mar- longtemps, dormaient dans son sein, cher à découvert à l'accomplissement s'y échauffent et se développent avec de ses projets. Toutefois il ne faut pas une rapidité telle, que l'oeil peut suivre oublier que la population de la Russie la croissance des plantes, et étudier a triplé depuis un siècle; quelques gé- sur la nature, pressée de son auvre, nérations encore, et elle aura atteint les lois de la végétation. le chiffre de toute la population euro

Sur les bords du lac Baikal, on renpéenne.

contre tous les accidents de terrain, La plupart de nos hommes d'État toutes les scènes de l'Amérique sepne connaissent la Russie que d'après tentrionale; des forêts épaisses, des le tracé géographique des cartes; pour savanes, des clairières, des marais se faire une idée de ses ressources, ils peuples d'oiseaux aquatiques, qui sem

blentétonnés de l'approche de l'homme. - léges n'empêchera pas les autres de se

La physionomie des habitants y rappeler ce qu'elles ont perdu. Ainsi frappe par des traits non moins variés. elle ne peut avancer qu'avec mesure Le Kamtchadale, le Finois, le Géor- et lenteur dans la voie des amélioragien, le Cosaque de l'Ukraine, le Kir- tions, car, dans le mal comme dans le guize, l'habitant de Novgorod et de bien, tout se tient et s'enchaîne; le Kief, se coudoient dans les bazars, et seigneur accepte le despotisme, parce paraissent surpris de se trouver com- que le serf rampe sous lui; mais il bripatriotes. Un lien puissant unit ces serait le sceptre de l'autocrate, si Ics peuples d'origine si diverse: le despo- tsars émancipaient les esclaves, sans tisme. Mais à peine retrouvent-ils lui assurer des droits politiques en l'air et le sol natal, que la puissance compensation des priviléges qui lui audes mœurs reprend son empire : le raient été enlevés : d'un autre côté, le Cosaque de l'Ukraine s'émeut au vieux peuple est loin d'être mûr pour une nom de Lithuanie; le Finois porte telle réforme; et le souverain ne pouren soupirant ses regards vers les côtes rait s'appuyer sur lui pour résister aux de la Suède, et le Tatar, en galopant empiétements de la noblesse. Ainsi dans les steppes, fredonne un chant l'Europe doit être convaincue que le national qui lui rappelle un temps de despotisme est une condition nécesgloire et d'indépendance. On voit qu'à saire d'existence pour l'empire russe; l'exception des provinces centrales de et que, ne pouvant s'elever, sans danl'empire, les populations russes n'of- ger, au niveau des institutions libéfrent qu'un tout factice, et qu'elles rales, il s'efforcera d'en comprimer le tendent constamment, les unes à re- développement dans tous les lieux et couvrer leur première indépendance toutes les fois que l'occasion se préles autres à se réunir aux peuples dont sentera favorable. la conquête les a violemment séparées. Des considérations d'une si haute

La Russie, dans son intérêt et dans importance doivent appeler un vif celui de l'humanité, a une noble mis- intérêt sur tout ce qui peut consion à remplir, c'est la civilisation de courir à donner une idée précise de l'Asie. Par sa situation géographique, l'état actuel de la Russie; c'est à l'hispar la forme de son gouvernement, toire à nous révéler par quelles moelle est naturellement appelée à opérer difications a passé ce vaste empire, cette grande réforme; il semble que pour arriver à un si baut degré de son rôle soit de recevoir de l'Europe, puissance, et à nous le présenter dans et de transmettre à l'Orient, après les les différents âges de sa civilisation avoir modifiés, les principes d'écono tardive. Nous tâcherons d'expliquer mie politique qui sont la base des gou- ce qu'il est par ce qu'il fut, et de mettre vernements avancés. Que si elle s'obs- en saillie les traits du caractère natiotine à tenir ses regards sur l'Europe, nal, que n'ont pu entièrement effacer elle est condamnée à rester longtemps l'invasion des Mongols, le despotisme stationnaire, ou à détruire par la con- qui lui a succédé, et le contact des quête les éléments de sa grandeur fu- formes étrangères. Mais, avant d'esture. En effet, pour retenir la Pologne quisser la physionomie morale d'un sous le joug, elle a été forcée de lui peuple, il convient de bien faire conlaisser une apparence de liberté qui naître le pays qu'il habite. Le lieu de mettait les Russes vainqueurs au-des- la scène une fois décrit, le caractère et sous des Polonais soumis. Quoi qu'elle l'action des personnages en paraîtront fasse, elle doit faire peser le même plus faciles à comprendre. despotisme sur tout l'empire, ou les Les limites de l'empire de Russie provinces les moins favorisées ne por- plongent à l'ouest jusqu'au cæur de teront qu'impatiemment les charges l'Europe ; à l'est, elles viennent s'adosd'une servitude exceptionnelle; tandis ser aux frontières des possessions anque la conservation de quelques privi- glaises dans l'Amérique septentrionale,

Sur cet espace, qui embrasse environ 60° de latitude, et tout porte à croire cent quatre vingt-douze degrés de lon- qu'elle ne s'arrêtera pas à cette ligitude, la continuité du territoire n'est mite; mais, sur plusieurs points où interrompue que par le détroit de Bé- le climat ne serait pas un obstacle à ring, dont la largeur n'excède pas la culture, d'autres causes physiques quinze lieues marines. Au nord, les en arrêtent les progrès. Des plaines rivages de la mer Glaciale le couron- immenses sont tellement imprégnées nent; au sud , il regarde les États-Unis de sel, que peu de plantes y prosd'Amérique, la Chine , la Perse, l'em- pèrent; ailleurs on rencontre des mapire Ottoman, et l'Autriche. Dans le rais dont le desséchement ne pourra nouveau continent, la ligne qui dessine être entrepris que lorsque les terres la frontière russe n'est pas tracée d'une voisines , im inédiatement cultivables, manière bien précise; et, sans doute, seront mises en valeur, et qu'un exle temps est loin encore où elle pour cédant de population en aura fait senrait devenir un sujet sérieux de con- tir la nécessité. Là sont des terres testation entre les puissances limitro- que leur nudité semble condamner à phes ; mais, à l'ouest, entre les États une sécheresse constante, et des steppes de l'Autriche et de la Prusse, la dé- comparables aux déserts de l'Afrique. marcation indiquée par les traités ne Il faudra des siècles avant que la main laisse aucune incertitude.

de l'homme ait répandu la vie sur ces D'après les cartes russes les plus contrées incultes, que la nature semrécentes, la surface totale de la Russie ble tenir en réserve pour les besoins dépasse un million de lieues carrées, futurs des populations. et enferme environ trente fois la su- En supposant que la culture ne s'emperficie de la France. On n'a pas com- pare que des terres actuellement propris, dans cette évaluation, l'archipel pres à la recevoir, on peut avancer, découvert en 1809 dans la mer Gla- sans exagération, que plus de deux cent ciale, vers le 70° de latitude, et auquel cinquante mille lieues carrées de cet on a donné le nom de Nouvelle Sibé- empire ne sont pas moins fertiles que rie. La reconnaissance de ces régions la Pologne, où l'on compte six cents arctiques n'étant pas encore terminée, habitants par lieue carrée; ainsi la il est impossible, pour le moment, Russie pourrait facilement nourrir cent d'en évaluer avec exactitude la super- cinquante millions d'habitants, et aug. ficie.

menter de quatre-vingt-douze millions Si la France, dont le territoire est d'âmes sa population actuelle; mais comparativement si resserré, offre des comme un accroissement si considedifférences notables; si les vignobles rable suppose un grand développement de la Champagne, les céréales de la dans les arts et l'industrie, la culture Beauce, les påturages de la Norman- envahirait sur plusieurs points les lidie, et les muriers de nos provinces mites du désert, et l'on peut raisonnaméridionales, présentent un aspect si blement élever à deux cents millions le varié, on comprendra facilement qu'un chiffre de la population à laquelle la empire qui enveloppe plus de la moitié Russie pourrait aisément fournir nonde la circonférence du globe , doit pré- seulement le nécessaire, mais encore senter, dans certaines provinces, les les jouissances des arts et du luxe. différences les plus tranchées sous le Avec de tels éléments de prospérité inrapport de la fertilité, de la nature des térieure, on a peine à comprendre produits, et de la population. Dans pourquoi la Russie tend sans cesse à quelques-unes de ses parties, le sol ne un développement excentrique, pourfournit, à de rares habitants, qu'une quoi elle préfère réunir forcément sous chétive subsistance ; dans d'autres, il son obéissance des peuples dont les n'attend que le bras du cultivateur institutions ne peuvent se fondre que pour se couvrir de riches récoltes. difficilement avec les siennes, à une La pomme de terre a déjà franchi le marche plus rationnelle et plus sûre,

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