Images de page
PDF
ePub

ner, ils envahirent la cathédrale et de là ils se ruèrent sur le palais épiscopal, brisant les vitres, les portes et maltraitant tout ce qu'ils trouvèrent sur leur passage. Plusieurs fois déjà les troubles de la rue s'étaient teints de sang. La détresse, la discorde et la violence régnaient dans un des pays naguère les plus paisibles, les mieux gouvernés et les plus heureux de l'Europe. Le grand duc Léopold, le père plutôt que le souverain de ses sujets, avait dû fuir sa capitale pour éviter le sort de l'infortuné Louis XVI et n'avoir point à sanctionner le décret de la constituante italienne avec mandat illimité. Sa conscience de prince régnant et de catholique avait reculé devant les censures de l'Église; une lettre autographe du Saint Père l'avait confirmé dans son refus de sanction.

Dès que le départ du grand duc avait été connu, les meneurs et les membres du cercle populaire s'étaient rassemblés pour haranguer le peuple sur la situation nouvelle que créait la fuite du chef de l'État, et le peuple, égaré par leurs perfides insinuations , avait immédiatement demandé la formation d'un gouvernement provisoire. A ce sujet on envoya une députation de douze citoyens aux Chambres législatives pour leur soumettre les désirs de la multitude. Déjà on avait dressé sous le portique de l'Orgagnadeuxbannières tricolores, offrant aux regards cette inscription tracée en caractères gigantesques:

Vive le gouvernement provisoire!
Vive le peuple souverain!
A l'union du peuple toscan!
Au triomphe de la démocratie!

Sur d'autres points de la ville on lisait la proclation suivante émanée du cercle populaire:

« Le peuple de Florence considérant que la fuite de Léopold d'Autriche est une violation de la constitution et laisse l'Etat sans gouvernement ; considérant que le premier devoir du peuple, seul souverain, est de pou rvoi r à l ' u rgence d es ci rconstances, se rendant, en outre, l'interprète des provinces sœurs, nomme un gouvernement provisoire dans les personnes des citoyens Joseph Montanelli, F. D. Guerrazzi, J. Mazzoni qui exerceront tour à tour la présidence, et leur confie la haute direction des affaires politiques et, au nom de l'Italie, l'honneur toscan, à condition que la forme définitive de gouvernement pour la Toscane devra être établie par la constituante italienne, à Rome, et qu'en attendant, le gouvernement provisoire s'unira et s'attachera à celuide Rome, afin que les deux États, aux yeux de l'Italie et du monde, n'en forment plus qu'un seul.

« De la place du Peuple, le 8 février 1849.

« Signé pour le peuple, le bureau du cercle populaire:

«A. Abordiîu président; G. B. Niccolini , G. B. Cioni vice-présidents ;dbacomanm secrétaire. »

Il était évident que les révolutionnaires manœuvrant d'ensemble comme un seul homme, avaient jeté les yeux sur Rome, pour en faire la base de leurs opérations démagogiques, et la dépouiller plus sûrement ensuite, des priviléges qui en ont fait la reine du monde. Partout, l'œuvre de la dissolution politique et sociale procédait et se poursuivait de la même manière. Impudents copistes des tragédiens du 24 février, les meneurs arrivés momentanément au terme de leurs ambitieuses espérances, et désireux de se garder l'avenir, corrompaient les sources morales du pays en envoyant dans les provinces des empoisonneurs décorés du titre de commissaires extraordinaires et munis de pleins pouvoirs pour destituer, remplacer les fonctionnaires probes, les municipalités consciencieuses, tous ceux enfin qui prêtaient un cœur honnête au maniement des affaires publiques.

De leur côté, les clubs jaloux de la suprématie souveraine, expédiaient des agents secrets pour propager leurs doctrines et activer le mouvement trop lent au gré de leurs désirs; toutes les idées du droit et de la justice étaient bouleversées; toutes les notions du bien et du mal étaient confondues; chaque jour les peuples de l'Italie, traînés à la remorque des révolutionnaires, faisaient un pas de plus vers leur perte. Dans ces circonstances fatales et sous ces tristes auspices, s'ouvrit l'Assemblée constituante romaine.

FIN DU PREMIER VOLUME.

« PrécédentContinuer »