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voyant des instructions secrètes, leurs dispositions hostiles se changèrent aussitôt en témoignages d’une bienveillance calculée pour les soldats frangais.

« Vous n’avez rien à craindre, dit Mazzini à l’un des officiers prisonniers; vous pouvez compter sur tous les égards qui vous sont dûs; nos amis de Paris désirent qu’une confraternité commune s’établisse entre nous. —— Je suis au-dessus de la crainte, répliqua l’officier français; j’ai rempli mon devoir. »

Alors, les soldats se trouvèrent exposés à de nombreuses séductions, à de pressantes promesses tendant à leur arracher un signe de protestation contre l’esprit de l’expédition française. Ils repoussèrent énergiquement les unes et les autres. On vit de simples soldats refuser avec indignation les grades élevés qu’on leur offrait dans l’armée romaine, et repousser avec indignation l’or qu’on offrait à leur détresse.

L’historien doit enregistrer pour la gloire de la France, qu’il ne s’est pas trouvé en 1849 un seul Français qui voulût imiter l’exemple d’un connétable de Bourbon. Pendant ce temps des séductions d’un autre genre assiégeaient le lit de nos malheureux blessés. Des femmes , appartenant pour la plupart aux classes fortunées de la so— ciété, de jeunes femmes, au regard fascinateur, aux épaules nues et encadrées dans le velours et la soie, s’asseyaient au chevet de nos malades pour faire du prosélytisme avec de la volupté. Ces femmes, présidées par la princesse de Belgiojoso et le père Gavazzi, s’appelaient des sœurs de cha'rité. « Laissez—moi, madame, disait à l’une d’elles un jeune Breton qui avait eu la cuisse fracassée d’une balle, laissez—moi mourir en paix. » Le Breton mourut dans la journée, en disant: « Mon père se consolera en pensant que je suis mort pour la cause du pape. »

Un voltigeur, grièvement blessé, devenu l’objet des prévenances de la princesse Belgiojoso, se contenta, pour unique réponse, de lui demander le numéro de sa maison et l’heure de ses rendez-vous nocturnes. Cette femme , d’une haute naissance , avait été surnommée par nos soldats blessés Bellejqyeme. Cependant, de nobles exceptions faisaient contraste à ces témoignages d’hypocrite philanthropie; nous devons citer en première ligne le nom de la comtesse Rampon, dont le dévouement fut constamment au niveau de la charité. Un jour, visitant les ambulances, cette jeune femme demanda à nos compatriotes s’ils étaient bien soignés. -—« Oh ! oui, madame, répondit l’un d’eux , ces dames ont beaucoup d’attentions pour nous. Beaucoup trop, répliqua vivement

un caporal grièvement blessé.—Pour les soins, il n’y a rien à dire, répliqua un troisième, mais pour .]a_ moralité_c’est autre chose. Quelles pratiques! nous n’en voudrions pas aurégiment pour cantinières. 5. . .

_ Ainsi qu’il arrive toujours pour les natures fai— bles et indécises, les résultats de la journée du.39 avril, excitant au plus haut point les idées de résistance, qui depuis longtemps germaient dans le cœur des révolutionnaires, trop compromis pour. faire un mouvement de conversion, entraîné.— rent les indifférents et les indécis dans une voie de lutte. Des,Româtins, en assez grand nombre, qui deux jours avant auraient acclamé Pie IX et l’armée française, Se laissant persuader qu’ils étaient des héros, crièrent plus fortement que les autres: Vive la république! Comme en France, les hommes du lendemain, se ralliant à ceux de la veille, acceptaient par peur ' une situation qu’en réalité ils étaient loin de désirer. C’est pour eux surtout que le. général Avezzana, ministre de la guerre, publia à huit heures du soir, a la lueur des torches et des lampiona, cette proclamation emphatique:

s .Invincibles Romains!

,gsgUne partie de la division française, vers les dix heures du matin, a attaqué nos troupes avec vigueur du côté de la porte Saint-Pancrace et du mur d’enceinte du Vatican. Nos braves républi

nains'ont prouvé par des-faits qu’ils étaient les di— 5

gnes fils des Brutus et des Scipions. L’ennemi ai été repoussé sur tous les points. ”

« Un nouveau Brennus nous défie... démenti-, raz-vous votre origine? Cette journée a été témoin des faits inspirés par le plus grand héroïsme. Peuple, tu es né libre, peuple, tu as été le maître du monde. Peuple, veux—tu accepter les chaînes de l’esclavage? »

Quelques révolutionnaires français terminèrent cette journée en buvant à l’hôtel de la Minerve, du. champagne au triomphe des armées romaines.

165 chefs de la république, snivrés de leurs prétendus succès , publièrent décrets sur décrets, proclamations sur proclamations. On en compta vingt placardés contre les murs de la ville. Ces documents sont tous frappés au coin de l’exagération ou de la trivialité. L’un d’eux , émanant de la commission des barricades, dit :

« Peuple! .

u L’entrée des Français dans Bonne et commencé hier; ils sont entrés par la porte Saint-Pancrace en qualité de prisonniers, Ceci ne saurait nouscau'seæ aucune surprise à nous, peuple de Home, mais cela produira une curieuse sensation à Paris, ce qui est encore bon pour nous . . . . . »

Après trois paragraphes consacrés à premier que les bombes et les canonnades font beaucoup plus

d bruit que de besogne; que leur effet à peu près nul, quant à la vie des individus, n’est qu’un prétexte pour faire capituler les villes toutes trahies par les rois et par les généraux appartenant au parti modéré, la proclamation continue en ces termes: « Nous invitons les marchands à tenir leurs boutiques ouvertes, c’est d’un bon effet et c’est commode en même temps. Aujourd’hui nous devons fortifier le Pincio. Trouvez-vous là en bon nombre et nous travaillerons ensemble. Nous recommandons aux tireurs de tous genre d’attendre l’approche de l’ennemi qu’ils veulent atteindre. C’est un moyen sûr d’empêcher la retraite et de nous donner du relief.... qu’ils viennent encore aujourd’hui et ils verront . . . . . . »

Ce second décret émané de la même source est

non moins Curieux: «x Peuple!

« Le général Oudinot avait promis de payer en argent comptant tous les dégats causés par son injuste aggression.... Eh bien! qu’il paye donc, s’il le peut, les gobelins de Raphaël troués par les balles françaises! qu’il répare non les torts mais l’injure faite à Michel-Ange. NaPoléon au moins envoyait nos chefs-d’œuvre à Paris, et l’admira-_ tion des étrangers était pour les Italiens une compensation de la conquête. Aujourd’hui le gouvernement français envahit notre territoire et pousse son_affœtion pour Rome au point de la vouloir

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