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Hélas! pour voir, il aurait fallu que l’Italie ne fût point aveugle; maispquant à l’Europe elle connaissait la pureté de cette vierge dont le premier pas avait glissé dans le sang, dont la première pensée fut un assassinat et dont le premier trophée fut un couteau ensanglanté que les modernes Brutus couronnèrent de lauriers.

Sur ces entrefaites, l’un des principaux acteurs des derniers événements, Mamiani, inspiré par un sentiment de sagesse tardive, avait donné sa démission de membre de l’Assemblée. Partisan de l’abolition du pouvoir temporel des papes, il était opposé à la forme républicaine, qui malgré lui venait de prévaloir. Le surlendemain du jour où l’ASsemblée avait prononcé la déchéance du pape, elle se rendit en grande pompe à Saint—Pierre pour associer la religion à son œuvre sacrilège et forcer l’Église à célébrer, par un Te Deum solennel, l’acte qui la privait de son premier chef. La conduite du clergé fut ce qu’elle devait être, digne et ferme.

Les chanoines du Vatican , repoussant toute solidarité entre eux et les démolisseurs, résistèrent énergiquement aux menaces de violence contre leurs personnes et de spoliation contre leurs biens. Ils refusèrent de prendre part à une cérémonie qu’ils considéraient, à juste titre, comme la consé— cration des atteintes portées aux droits de cette

même Église, dont la démagogie triomphante implorait l’intervention.

Dès la veille, ces respectables prêtres avaient fait connaître leur résolution aux triumvirs; mais ceux-ci, espérant les effrayer par l’appareil militaire, en appelèrent au sentiment de la peur; en effet, l’office du matin était à peine commencé qu’ils firent cerner la chapelle du chœur où se réunissent les chanoines : en même temps, des factionnaires furenthplacés à toutes les portes pour les empêcher de sortir et les retenir jusqu’à l’heure fixée pour le Te Deum: malgré ces mesures, les chanoines sortirent les uns après les autres par une issue secrète et communiquant avec la sarcristie. Dans cet intervalle, le moment indiqué pour le commencement de la cérémonie était arrivé, le chœur ainsi que l’autel étaient déserts et les détachements de troupes conviés à la fête attendaient. Les triumvirs, furieux et désappointés, ne savaient comment remédier à l’absence du clergé, lorsqu’en désespoir de cause ils s’adressèrent aux aumôniers des volontaires de Vicence; l’un d’eux, se rendant à leur appel, consentit à chanter le Te Deum, mais aucun des clercs atta— chés à la basilique ne vqulut l’accompagner à l’autel; douze officiers de la garde civique, changeant leurs épées contre des cierges, lui servirent d’assistants. Lepeuple romain, indigné lui—même de cette parodie religieuse, ne put s’empêcher de dire que ce Te Deum porterait malheur à la République naissante et il prétendit que le gouver— nement aurait dû plutôt faire chanter un de Profundis.

La nouvelle de la déchéance de la papauté en ce qui concernait sa puissance temporelle, la proclamation de la forme républicaine à Bonne, affligèrent profondément Pie IX , mais n’ababtirent point son courage. Sa grande âme, formée depuis longtemps à ’école de l’adversité, façonnée pour ainsi dire à la résignation par l’ingratitude de ses sujets, s’attendait à tout. « La série des malheurs qui menacent Borne n’est point encore achevée! » s’écria-t-il , et d’un coup d’œil sûr, inspiré, lisant dans les profondeurs mystérieures de l’avenir, il déroula lentement la chaîne des calamités publi— ques qu’il prévoyait, cette chaîne dont le premier anneau fut rivé par un poignard. Puis, après avoir versé quelques larmes sur le sort de son malheu— reux peuple, après avoir prié avec son cœur pour tous les peuples de la péninsule en proie à l’anar— chie, il prononça dans la matinée du 14 février, en présence des membres du corps diplomatique et entouré des cardinaux résidant à Gaëœ, une protestation contre les derniers actes des nouveaux maîtres de Home.

Le jour même de son arrivée à Rome, cette quatrième protestation du Saint Père fut lue publiquement à la séance de l’Assemblée; quelques représentants l’accueillirent par les cris de vive_ la République! et le ministre de la guerre Campelli, s’élançant à la tribune, s’écria : « Puisque vous, avez permis, 6 représentants, que cette enceinte sacrée fût souillée par la lecture d’un pareil document, je vous propose, en réponse, de formuler un décret par lequel les chevaux des gardes Nobles et tous ceux des palais pontificaux seront confisqués pour être appliqués au service de l’artillerie.»

Les colonnes du Moniteur romain suffisaient. à peine à la publication des arrêtés qui submergeaient chaque jour les murs de Rome. L’un chan— geait les couleurs pontificales et donnait les aigles romaines aux drapeaux de la République. L’autre établissait des boutiques officielles de changeurs. pour escompter les bons du trésor dont personne ne voulait plus. Sterbini présentait un projet de loi déclarant propriétés de l’État tous les biens des congrégations religieuses : en même temps, pour empêcher qu’il n’en fût rien distrait par des ventes simulées, il faisait décréter la nullité de toute alié— nation à partir du 24 novembre, jour du départ de Sa Sainteté. Des commissions populaires furent, chargées d’établir l’inventaire de tous les biens ,' revenus, immeubles ou effets mobiliers des églises,

couvents, congrégations, hospices, évêchés, pres— bytères et autres fondations pieuses. Ces premiers articles furent votés d’urgence. C’est ainsi qu’au nom de la liberté, les républicains de Bonne s’approprièrent des richesses qu’ils convoitaient depuis longemps.

De son côté, Galetti proposait un décret abo— lissant toute juridictionecclésiastique, tant en ce qui regardait les individus, qu’en ce qui concernait les biens. En même tempsle chapitre de Saint— Pierre était frappé d’une forte amende pécuniaire pour avoir refusé son concours à la fête célébrée en l’honneur de la République. Ils allaient ainsi, ces démolisseurs intrépides , croyant édifier parce qu’ils entassaient sur le vide projets de loi sur projets de lois, arrêtés sur arrêtés; ils allaient ainsi, élevant leur échafaudage politique sur une base d’argile détrempée avec le sang versé le 15 novembre; ils allaient ainsi chaque jour dans l’exercice de leurs pouvoirs usurpés, comme des hommes ivres, sans balancier sur la corde roide des équilibristes, marquant chacun de leurs pas par une absurde application de leurs théories insensées : peu s’en fallut qu’un jour ils ne décrétassent la gloire et la vertu.

Le 14 février, le comité exécutif, revenant sur une disposition, forma un nouveau ministène composé de MM. Saffi à l’intérieur, Guiccioli aux

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