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satisfaire aux voeux du monde catholique. Je dois ajouter que nous nous sommes dévoués aVec bon— heur à l’accomplissement de ce devoir. '

«J’en ai un autre à remplir. Éminence, vous venez de faire l’éloge de la discipline et de la mo— ralité des troupes sous mes ordres. Jamais éloge ne fut mieux mérité : je suis heureux de pouvoir pro— clamer dans la basilique de saint Pierre, devant d’innombrables témoins, que, pendant une campagne de près de trois mois, mes compagnons d’armes ont donné des preuves continuelles d’une

_ brillante valeur jointe à un profond respect pour l’ordre et pour la discipline. Je n’exagère pas en disant que partout et toujours, officiers, sousofficiers et soldats ont été de véritables modèles des vertus guerrières.

« Vous avez dit, monsieur le cardinal, que les dévastations qui ont désolé Rome doivent être attribuées au génie du mal et de la persécution. Grâces soient rendues à Votre Éminence, ce témoignage si uste et si impartial fait battre mon cœur plus fortement que je ne pourrais le dire. On ne saura peut-être jamais tout ce que nous avons

‘ souffert à la pensée que les exigences de la guerre

pouvaient entraîner avec elles la destruction de monuments séculaires. Dans l’intention de les préserver, nous avons ralenti nos opérations et 're

tardé un résultat qu’il importait tant d’obteuirÿ .

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'« Dieu nous a: récompensé de notre longanimité. _Oui, Éminence, les services que l’armée française a pu rendre à la religion et à l’ordre social sont aujourd’hui pleinement récompensés. Notre ambition est satisfaite, puisque nous avons obtenu la confiance de vos compatriotes, ainsi que la sympa— thie etl’estime des populations catholiques. Vous avez terminé votre allocution en criant ; Vive la France! je termine ma réponse par ces cris : Vive la, religion! vive le Saint Père! » >

A mesure que le général parlait, le front du car— dinal Tosti rayonnait d’enthousiasme, les yeux de ce noble vieillard qui avait tant souffert se mouillaient de douces larmes: « Vos paroles, général, répliqua-HI, sont dictées par l’esprit de Dieu , ses bénédictions descendront toujours plus abondantes sur vous et sur la France, Encore une fois et toujours : Vive la religion! vive le souverain Pontife! vive la France! »

Alors la foule immense qui remplissait le temple ne pouvant, elle aussi, maîtriser ses transports, répondit par les cris de : Ewiua cl santo Padre.’ evviva Pio Nana ! ewz’va la Francz'a! combat il generale Oudinot !

,' Il y avait dix siècles qu’un puissant monarque de France recevait au même endroit les mêmes témoignages d’amour et de reconnaissance. Ainsi que Pie IX, Léon III, opprimé par des factieux,

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trahi par des ingrats, injustement accusé par ses persécuteurs, était rétabli dans sa gloire, dans sa liberté et dans ses droits souverains par l’épée vio— torieuse de la France.

Les applaudissements et les acclamations du peuple romain accompagnèrent le général Oudinot jusque sur la place du Vatican. Les Romains, empressés de le voir et de rendre hommage au commandant en chef de l’armée française, le pressaient tellement que plusieurs d’entre eux faisant violence à sa modestie, purent le toucher et baiser ses mains ainsi que son épée.

Dans ce moment, un jeune homme aux longs che— veux noirs, à l’œil de feu, un Transtéverin pommé Annibal Piccoli, perçant la foule, arriva jusqu’au général et lui adressa un discours en français que nous reproduisons textuellement:

« Monsieur le général,

a "est au nom de tous ces gens, de nos familles et je peux dire encore de Home toute entière, que j’ai l’honneur de vous parler.

« Nous attendions impatiemment ce moment pour vous exprimer publiquement les sentiments de la plus vive reconnaissance pour tout ce que vous avez fait afin de nous sauver de la terreur qui nous accablait.

« Dieu merci, en vertu de la valeur de vos trou. pes, la paix nous a été rodennéa, et l‘autorité du pape que nous aimions fortement, c’est par vous qu’elle va être ici rétablie. C’est aujourd’hui que! le triomphe de la religion se renouvelle.

« Nous donc, excellence, fils de l’Église, sujets très—fidèles du pape, amis très—passionnés pour les Français, nous je dis, nous vous en remercions très-vivement; et non pas corrompus par l’argent, mais pleins de liberté et de confiance, nous nous écrions sincèrement : vive la religion! vive le pape! vive la France! vive le général, fils du maréchal Oudinot ! vive l'armée française, notre libéræ trice! ;.

Les acclamations qui accueillirent cette harangue, dont l’intention relevait le mérite littéraire, prouvèrent que le jeune orateur était bien l’interprète des sentiments du peuple.

Le général en chef lui répondit :

« L’œuvre de la Providence se voit sensiblement dans le fait du rétablissement du gouvernement > pontifical, et je suis fier que la France lui ait servi d’instrument. Le rétablissement du pouvoir temporel du Saint-Siège est un fait accompli qui assure la paix de l’Europe. Cette œuvre n’a pas été moins sociale que religieuse. Je suis charmé d’entendre les Romains exprimer leurs sympathies pour la France; et pour ma part je leur garantis en re— tour le dévouement le plus sincère, le plus cordial. Je n’ai pas fait la guerre aux Romains, mais à une

horde d’étrangers accourus à Rome de toutes les parties de l’Europe et je suis heureux de voir que la Providence a détourné de la ville sainte les horreurs de la guerre. Si les Romains se glorifient d’être les fils de la religion et vrais catholiques; les Français ne le sont pas moins. Nous sommes les fils de la même famille, les enfants du même père, les enfants de Dieu. Vive Dieu! vive la religion! vive le pape! La France est aujourd’hui pleinement récompensée des sacrifices qu’elle a faits. »

Les chanoines du Vatican et un grand nombre d’ecclésiastiques s’étaient rapprochés du groupe au milieu duquel cette scène se passait. Leurs cœurs étaient remplis d’une douce émotion, leurs yeux étaient pleins de larmes. L’arc-en-ciel de la paix rayonnait enfin sur Borne affranchie des nuages, qui si longtemps l’avaient obscurcie : l’espérance, l’amour et la foi gravitaient sans obstacles autour du nom vénéré de Pie IX.

Le général en chef s’étant placé entre le temple et l’obélisque, les troupes françaises et romaines défilèrentdevantlui. Les premières en rentrantdans leurs quartiers rencueillirent partout sur leur passage les témoignages de l’admiration qu’elles méritaient par leur courage dans le combat, par leur discipline dans la paix. Cette journée mémorable pour les fastes de Rome se termina par une illumi.

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