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nation générale. Les maisons particulières rivalisèrent d’éclat avec les édifices publics, et la coupole de Saint-Pierre se ceignit de la couronne de feu dont elle se pare aux jours des grandes solennités.

Depuis quelques jours on avait appris que le souverain Pontife devait adresser prochainement une proclamation à son peuple. Les nombreux partisans de la papauté d’une part, et de l’autre les révolutionnaires qui s’étaient soustraits dans les ténèbres à l’action de la loi, l’attendaient avec une égale impatience, les uns pour y trouver des consolations, les autres pour en faire un thème de récriminations. Elle réalisales espérances des premiers et détruisit celles des seconds. Datée le 17 juillet de Gaëte, elle parut le 18 à Rome. La voici : '

« Pins P. P. IX à Nos bien-aimés sujets!

« Dieu a levé son bras dans les hauteurs des cieux; il a dit à la mer soulevée de l’anarchie et de l’impiété, tu n’iras pas plus loin. Il a guidé les armes catholiques pour soutenir les droits de l’humanité foulée aux pieds, les droits de la foi attaquée, les droits du Saint—Siège et de Notre autorité souveraine. Louange éternelle à Dieu qui, même au milieu des colères, n’oublie pas la miséricorde.

« Bien—aimés sujets , si dans le tourbillon d’affreuses vicissitudes Notre cœur s’est rassasié d’af

flictions à la pensée de tant de maux soufferts par l’Église, par la religion et par vous, il n’a pas pour cela amoindri l’amour avec lequel il vous aima toujours, avec lequel il vous aime.

« Nous bâtons de nos vœux le jour qui Nous ramènera au milieu de vous, et lorsqu’il sera venu, Nous reviendrons avec le vif désir de vous apporter aide et secours, et avec la volonté de travailler de toutes Nos forces à votre bonheur, en appliquant à de si grands maux les remèdes difficiles qu’ils réclament et en donnant toutes consolations à Nos sujets fidèles qui, s’ils attendent des institutions appropriées à leurs besoins, veulent aussi, comme Nous le voulons, voir garanties l’indépendance et la liberté du pontificat suprême si nécessaire à la tranquillité du monde catholique. ‘

« Cependant, afin de pourvoir à la réorganisation de la chose publique, Nous allons nommer une commission qui, munie de pleins pouvoirs et avec l’aide d’un ministère, réglera le gouvernement de l’État.

« La bénédiction du Seigneur que Nous avons toujours appelée sur vous, même dans l’éloigne— ment, Nous l’appelons aujourd’hui avec plus de ferveur encore, afin qu’elle descende sur vos têtes avec abondance; et il est bien doux à Notre cœur d’espérer que tous ceux qui par leur égarement

volontaire se sont rendus incapables d’en recevoir ‘ 24.

le prix, pourront en devenir dignes par une sincère et persévérante conversion. « Datum Cajetæ 17 julii, anm' 1849. « PIUS P. P. IX. »

Cette adresse inspirée par l’amour du peuple ne donna prise qu’à l’éloge.

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GHAPITRE XXVIII.

Arrivée à. Rome d'une commission gouvernementale. -— Décrets et proclamations. —Sages mesures.—Excommunication mazzinienne. — Facéties de Pasquin.—Sympathie des dames romaines pour les Français—Vengeance républicaine.—Le général Oudinot à Gaëte. ——Belle réception. —Retour a Rome.—Mission du colonel Edgar Ney. -—Ses résultats.—- Rappel du duc de Reggio.—Le général Rostolan nommé commandant en chef.— Sa. démission. — Proclamation du général Oudinot. —Son retour en France.—Appréciation de l’expédition romaine par d‘illustres personnages.

Chaque jour les images de la terreur et de la destruction tendaient à s’effacer; si le bonnet rouge apparaissait parfois encore, c’est qu’une main Occulte l’avait clandestinement arboré pendant la nuit. Les tranchées se comblaient, les brèches se réparaient, les maisons religieuses transformées en casernes,reprenaient leurs destinations premières. La main vigoureuse de la police écumait le remous révolutionnaire chaque fois qu’il bouillonnait à la surface de la situation; la confiance renaissait; la foi dans l’avenir remplaçait le doute et rappelait l’espérance. Cependant un monument portait en

core la livrée révolutionnaire, et conservait des traces de sang sur ses murailles. Le 29 juillet fut; choisi pour effacer les traces du sang et enlever les insignes de l’anarchie. Ce jour, à six heures du soir, la place où s’élève le palais de la Chancellerie était remplie d’hommes du peuple; les fenêtres pavoisées de drapeaux jaunes et blancs étaient ornées de fem— mes. La musique d’un régiment français jouait des airs de fête, le peuple battait des mains; tout à coup l’écusson pontifical paraît sur le grand balcon du palais, et au même instant les cris de la fouleéclatent en transports d’allégresse. De toutes les par« ties de la place on entend retentir ces acclamations : Vive le Saint Père! Vive le gouvernement pontifical ! Vive le légitime souverain! Pas une seule vocifération homicide ne se mêle à ces élans de réjouissance, car le véritable peuple romain se trouve là, où naguère les stipendiés des sociétés secrètes, délibéraient pour détruire l’ordre social et la religion. L’écusson de Pie IX fut salué par les plus vifs applaudissements.

Les dernières nouvelles de Gaëte avaient appris que le souverain Pontife, en attendant son retour à Rome, venait de confier les rênes du gouverne— ment à une commission de trois cardinaux. Avant son départ, cette commission administrative, composée du cardinal Della Genga Sarmattei, neveu de Léon XII, du cardinal Vannicelli Casoni et du car—

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