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sur toute la France, afin que! l’esprit de religion, source de tous les biens , se répande toujours davantage au milieu de votre généreuse nation. Je l’appelle plus particulièrement sur l’armée qui, grâce à l’honneur, à la discipline et à la valeur qui la distinguent, sera toujours le soutien de l’ordre public et le gage de la tranquillité. »

Le Saint Père prononça ces paroles en italien, mais d’une voix si distincte et si parfaitement accentuée que les Français crurent en les écoutant avoir reçu le don des langues. Immédiatement après les officiers défilèrent devant le pape en se conformant avec respect aux usages prescrits par ’étiquette des réceptions pontificales.

Le lendemain, 18 avril, Pie IX devait côuronner l’œuvre de sa restauration en bénissant sur la place de Saint—Pierre les armes et les drapeaux de la France. A trois heures et demie les troupes de toutes armes et les régiments détachés dans les environs venus à Rome pour assister à cette solennité, se rendirent en grande tenue, enseignes déployées et musique en tête sur la place de Saint-Pierre. A quatre heures l’armée était serrée en masse entre le parvis de l’église et l’obélisque de la place devant une estrade élevée pour le Saint Père. Une foule d’élite parmi laquelle on remarquait, outre les membres du corps diplomatique et les princes romains , les personnages les plus considérables de la ville, occupait les galeries supérieures du portique de droite, la plate-forme et les balcons de la basilique; le peuple encombrant les deux côtés de la place prouvait une fois encore ses sympathies pour la France, en assistant-à une fête qui lui était spécialement consacrée. Home toute entière s’était donné rendez-vous sur la place du Vatican. T oute_les fenêtres, tous les balcons étaient ornés de draperies, de femmes et de fleurs.

A cinq heures moins un quart le souverain Pontife, précédé des gardes suisses, révêtus de leur costume pittoresque, Pie IX, entouré de ses gardes -nobles et de quelques prélats , ayant à sa droite le cardinal Dupont, à sa gauche le cardinal Antonelli, sortit de ses appartements au son des cloches et au bruit du canon du château Saint— Ange. Alors tous les fronts se découvrirent, les trompettes sonnèrent, les tambours battirent au champ, Pie IX s’avançait majestueusement.

Tout à coup le canon se tait, les cloches reprennent leur immobilité, les fanfares suspendent leurs brillants accords, un silence religieux remplace les bruits de la terre. Dans ce moment, le Saint Père entonne d’une voix retentissante les paroles sacramentelles, sa main se lève, tous les fronts se courbent, tous les genoux plient et touchent la terre; un seul homme, vêtu d’une robe blanche, est debout ; il voit à ses pieds une armée que nulle puissance humaine ne saurait abattre ; il domine ces casques étincelants, ces aigrettes immobiles, ces vaillantes épées qui plusieurs fois ont fait le tour de l’Europe. Cet homme, c’est le vicaire du Christ, c’est l’image vivante de Dieu, c’est le pape, c’est Pie IX, c’est la religion; France, 6 ma belle patrie, la bénédiction du ciel est tombée sur ton noble front; relève-toi, tu es désormais invincible.

Aussitôt les régiments, opérant un mouvement de conversion, se reforment par divisions et se préparent à défiler devant le souverain Pontife; l’armée s’ébranle sur toute la ligne. Le général en chef, suivi de son état-major, ouvre la marche ; il s’incline profondément en passant devant le pape, le salue de l’épée et va prendre position en face de l’estrade, d’où le Saint Père admire l’attitude imposante et recueillie de nos soldats. Les troupes du génie et de l’artillerie commencent le défilé. La première division , commandée par le général _ Guesviller, arrive ensuite et précède le premier bataillon de chasseurs à pied, suivi de deux batte— ries d’artillerie avec leurs pièces au centre. Les autres corps défilent à leur tour, musique en tête; à mesure que les régiments passent devant l’estrade, les officiers saluent de l’épée, et Pie IX les bénit compagnie par compagnie. Son regard semble s’illuminbr chaque fois qu’un drapeau se présente. Le général Morris, à la tête de la cavalerie,

termine le défilé. Alors le général Baraguay-d’Hilliers, s’inclinant de nouveau devant le Saint Père, lui rend une dernière fois les hommages de la France.

Il était six heures lorsque Pie IX, bénissant le peuple qui le saluait de ses acclamations, rentra dans son palais.

Sanctifiée par la bénédiction papale, cette revue fut imposante. Cependant, une lacune existait; les Français et les Romains remarqnèrent avec regret l’absence du général qui, en ouvrant les portes de Borne, avait assuré une solennité où sa place était si naturellement marquée. Le pape se plut à réité— rer le jour même, spontanément et par écrit, au duc de Reggio, les assurances de son souvenir et l’expression de sa paternelle bienveillance.

. Cette journée, qui laissera un souvenir ineffaça— ble, fut en quelque sortela consécration del’expé— dition française, et la glorification de cette vaillante armée qui, depuis son arrivée dans les États romains, donnait l’exemple de toutes les vertus guerrières.

Après s’être battus en héros comme autrefois avaient combattu leurs pères à Marengo, Arcole et Rivoli, nos soldats avaient rivalisé de zèle, de discipline et d’abnégation. Admirables de courage pendant la guerre, ils furent sublimes de modération pendant la paix.

La ville éternelle porte encore au front les cicatrices et la marque des excès qu’enfantent les maux de la guerre. On retrouve partout la trace profonde que lui a laissée le pied des envahisseurs. Les farouches Normands de Robert Guiscard, accourus à la voix du pape Grégoire VII pour le protéger, et plus tard les soldats de Charles-Quint, ont mar— qué leur passage à Rome par le fer et le feu, par les ruines et la dévastation.

Loin de suivre ces traditions, les soldats fran— çais victorieux, après deux mois entiers de souffrances et de privations, n’ont pas faibli un seul instant devant les excitations de la conquête. Aussi généreux qu’ils avaient été braves, ils ont prouvé qu’une armée pouvait être la protectrice d’une ville prise d’assaut et dans laquelle ils étaient entrés par les brèches fumantes, sans ca— pitulation, par le fait seul de la force et du droit.

Applaudis et fètés le premier jour de l’oc'cupation par le véritable peuple romain, insultés par les sifflets, menacés du poignard des révolutionnaires étrangers, ils ont été constamment à la hauteur de leur grande mission. L’histoire dira que, malgré d’incessantes provocations, pas un acte de colère, de vengeance n’a été commis. L’histoire dira que pendant plusieurs jours ils ont bivouaqué dans les rues et sur les places publiques dans le but d’occuper d’une manière ré

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