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N° 8.

Réponse du général Oudinot au général Cordood‘ commandant _egg, chef l’armée espagnole.

Monsieur le colonel Buenaga, votre chef d'état—major, vient de me remettre la lettre que vous m'avez fait l’honneur de m’écrire, sous la date du 5juin. '

J ’ai personnellement appris à estimer sur les champs de bataille l’armée espagnole. Je m'applaudis donc de toutes les circonstances qui me mettent en rapport avec les militaires éminents de votre nation. C’est dire que je suis heureux de me trouver aujourd'hui en relation avec Vous. Nous avons sans doute, monsieurle général, été envoyés par nos gouvernements, dans la Péninsule italienne, pour des motifs qui ont une certaine analogie : toutefois, l’initiative qu'a prise la France dans la question romaine ne me permet pas de confondre mon action avec celle d’une nation étrangère. . Depuis plusieurs semaines je serais entré dans Rome, si des négociations diplomatiques n‘avaient retardé l'attaque de la place. Le ministre plénipotentiaire qui a entamé ces négociations ayant été désavoué, je suis seul responsable des événements, et mon devoir est de les simplifier autant que poss1ble. ce sujet, permettez—moi de vous t‘appeler Un fait que vous apprécierez mieux que personne. Lorsqu’une armée assiége une ville, aucune troupe étrangère ne eut, vous le savez, s'en approcher. que dans le,c_as où _ le secours de cette armée est réclamé, spit par les assiégeants. soit par les assiégés. Telle n'est pas, général, notre

position respective. Votre protection est loin d’être acquise aux Romains, et l’armée française est en mesure de faire face à toutes les éventualités. Elle a aujourd‘hui, sur le Tibre, deux ponts solidement construits, Ses communications s'étendent à la fois sur la route d'Ancône, de Florence et d'Albano. Ses opérations militaires, aussi vigoureuses que méthodiques, lui ont, en moins de trois jours, permis de s'établir fortement à trois cents mètres des remparts. Dans cet état de choses, toute marche d'une armée étrangère pourrait amener des conflits que la prudence nous prescrit d‘éviter très—soigneusement. '

En vous soumettant, général, ces considérations, j’espère que vous y verrez un témoignage de confiance et de haute estime.

Du quartier général, le 7 juin 1849.

Le général OUDINOT DE Encore.

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N” 9.
Pamphlet révolutionnaire.

ORDRE DU JOUR POUR LIES JOURS DE LORDRE.

Soldats de la Méditerranée et de l’eau bénite! !

Réjouissez-vous, mes vaillants et preux camarades; vous venez d'atteindre enfin le but mystérieux de vos glorieux exploits! Vous venez de rehausser et de saluer le drapeau du Pape, flottant sur les toits de la ville éternelle; vous avez assisté, l'arme au bras, au défilé de la sainte pré— traille et des milices froquées. Vous m'avez vu servir la messe tandis que mon état-major allumait les cierges; et vous partagerez avec vos généraux l'honneur de baiser la savate du Pape. Vous êtes Sortis de France en simples fantassins d'une république mondaine, et vous y rentrerez en Calmuks et Cosaques de la sacristie qui est l’antichambre du Paradis. Hourra! Bénissons le Seigneur! Dieu seul est grand, et Guizot, Thiers, Falloux, sont ses prophètes. L’ordre est revenu, et la liberté s’est envolée : bon voyage! l’ordre règne à Rome et à Paris comme à Varsovie. L’Italie est tranquille comme un tombeau. L’ordre n’est pas la vérité : la vérité est factieuse : la parole doit masquer la pensée. Je vous avais dit, à Toulon. que vous étiez élus à chasser I'Autrichien de cette belle Italie. Excusez; je plaisantais. C'est d’après les ordres de nos puissants alliés le Czar de Russie et l’empereur d’Autriche, que nous som— mes ici. Ces brigands d'Italiens s'avisèrent de vouloir redevenir une nation, de s’affranchir du joug paternel de l'Autriche et des roitelets et des prêtres vassaux de l’Au— triche : ils se f0urrèrent dans la tête de se constituer en république une et indivisible, comme chez nous, et de se donner des institutions libérales à l’instar de la France.

Malheureux niais! Ils ne se doutaient pas que le grand Neveu du petit Oncle aurait pris sur lui de reconduire ce pays à. son ancien morcellement et à ses chaînes salutaires, Gloire à moi et à tous les apôtres de l’ordre Guizotin! Oui, c'est la République Française qui devait aplatir la R0maine : la sœur aînée à tué la cadette. Cela est juste et selon les livres saints Caïn devait tuer Abel.

L'ordre n'est pas sot : ainsi il n'est nullement chevaleresque. Nous sommes venus enfoncer la nationalité italienne depuis qu’elle luttait à forces inégales, pendant deux ans, contre I'Autrichien et contre les rois italiens et le Pape conjurés.

Nous avons frappé au cœur le gladiateur blessé ; la pru

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dence est la mère de toutesles vertus : un bon général sai— sit le moment et assure sa victoire; et l’âne ne donne son coup de pied au lion que lorsqu’il le voit terrassé. Guerroyer contre les forts c’est gascon . c’est Don Quichotte : écraser les faibles et baiser la botte du Czar lorsqu’il daigne la frotter à notre derrière : voilà qui est commode et plein de gloire pour les enfants de la grande nation. L’ordre c’est l'honneur, mais l’honneur bien ordonné :

’ n’allez pas le confondre avec la justice et la foi. En 1848

Lamartine embrassa le drapeau tricolore italien, à l’Hôtelde-Ville de Paris, et promit aide et secours à la cause de la nationalité italienne. Notre Assemblée constituante ar— rêta l’affranchissement de l’Italie. Mais Lamartine n’était qu'une ganache, et l'Assemblée un chenil d'aboyeurs à la lune. Leurs paroles ne nous lient pas, nous. Affranchir l'Italie! le plus souvent! — Oui. Je l’ai affranchie en effet des chaînes de la liberté, j’ai balayé les patriotes, je les persécute, je les calomnie, je les traque, comme des bêtes fauves, je les emprisonne en les traitant de voleurs, et je veux exterminer cette canaille qui daguerrotype nos libéraux de la France. .

J'ai foulé aux pieds l’aigle romain et le drapeau trico— lore italien. Ce drapeau auquel feu mon père tirait son chapeau, le bonhomme! n’étant pas né duc : et que Napoléon aussi chérissait, en vrai hérétique excommunié qu’il était. — Ce drapeau qui suivait notre Iride révolutionnaire partout, à Wagram, à Austerlitz, à Moscou, et à Terra— gone... Ce drapeau scélérat. je l'ai jeté au Tibre, et je l'ai remplacé avec le labarum de la couleur de l’œuf, touchant emblème de l’accouplement de la poule gauloise avec le pigeon du Vatican. Après tout, sur ce drapeau on voit une clef d‘or et une d’argent, métaux estimables qu’on ne voit pas reluire sur les pavillons de rebelles : et que notre gour vernement apprécie sur toutes choses.

Soldats de l’arche et de la paiaè à tout Prix, soÿei fiers d'avoir contribué à cet œuvré saint et pieux!

Sachez que celui-ci n'a été que le ballon d'essai. Sous peu de jours vos cent mille camarades de Paris accomplirent l'entreprise sainte que vous venez d'initier. Le dra— peau blanc fleurdelysé, objet des soins et des sdùPirs de Thiers, Barrot, Falloux et compagnie, fiottera bientôt sur les Tuileries. C'est mon confrère Bergamotte qui s’en charge. Je suis son précurseur. Apprêtez les bouquets et les lauriers, filles de France, pour mes héros qui vont réenjamber ma Méditerranée! Vous les verrez revenir chargés de couronnes de Lorettes et de bénédictions papales. Enfoncée la croix d’honneur! Elle n’est qu'un signe diabolique inventé par Napoléon, persécuteur des papes, — mes soldats couvriront leurs poitrines de scapulaires; et chacun d‘eux portera en France un moine dans son havre-sac. Plus de ces titres rococo dont nos pères égarés étaient si gourfilands! plus de vainqueurs de Lodi, ni de Marengo! plus de redresseurs de torts, de champions de nationalités ni d’autres hérésies semblables! Mais on vous saluera des noms flatteurs et caressants, de Soldat du Pape, de colonnes du temple, de bigots, de cagots, de calotins, et Croates de l’ordre. Hourra! Vivent nos patrons d'Autriche et de Russie . Vivent les Restaurants! et les restaurations! ce que nous ne voulons pas pour nous faisons-le aux autres toujours. — Vivent les banquiers, lss tartufes, les courtisants! Vivent l'or et l'argent! et niort aux républicains! A bas la vérité, à bas la justice, à bas le bonnet rouge à la coupe phrygienne, et adorons la calotte rouge des cardinaux! ,

Ce soir, la retraite sonnera à 6 heures afin que vous ayez le temps de chanter les litanies et de réciter les heures de Bourges. Demain nous irons à confesse, musique en tête.

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