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nir; car, pour éterniser sa gloire, la révolution implacable a jeté l’insulte au sacrifice. En attendant, l’historien doit le constater :. un instant, la révolution triomphante en Italie a été maîtresse du terrain, depuis le Tibre jusqu’au Pô; elle a levé des armées, elle a désigné, imposé le choix de ses généraux; elle a puisé à pleines mains dans l’or etle sang des peuples de la Péninsule; Charles— Albert luia sacrifié ses amis, ses trésors, ses sol— dats, son sceptre, sa vie même; elle a fait appel à toutes les passions désordonnées, à tous les cou— rages indomptés de l’Europe; elle a passé en revue des bataillons composés d’hommes dont la natio-. nalité seule présageait la victoire; elle a rallié même sous son drapeau de chaleureux dévouements. Qu’a—t-elle fait de tous ces éléments de succès? Un linceul sanglant à l’indépendance italienne.

La nouvelledu désastre de Novarre parvintà Rome en même temps que celles de la reddition de Gènes et du triomphe de la réaction en Toscane. Elle plongea dans la consternation les gouvernants de Home et le parti démagogique. Le minis-— Ire des affaires étrangères eut recours aux plus grandes précautions oratoires pour l’annoncer à la tribune de la constituante; il voulut même en atténuer le contre—coup en déclarant, contradictoirement_à la vérité, l’insurrection de la Lombar

dia, la proclamation de la république dans les Abruzzes et la terre de Labour. '

De leur côté les triumvirs, qui ne pouvaient se faire illusion sur les conséquences de la Victoire du maréchal Radetzky, lancèrent en forme de proclamation un appel à tous les aventuriers de la Péninsule. La révolution réduite aux abois jetait ainsi son dernier cri de détresse : '

« Citoyens italiens !

« Le Piémont trahi, Gènes tombée, la Toscane troublée par de coupables tentatives de réaction, la vie , la véritable vie italienne se concentre à Borne. Que Home soit donc le cœur de l’Italie! qu’elle devienne le foyer de pensées géné— reuses et de faits dignes de ses ancêtres. Par la force de l’exemple la vie partant de Rome refluera sur les membres épars de la grande famille ita— lienne.

«"Lombards, Génois, Toscans, tous tant que Vousêtes, frères de patrie et de croyance ,‘ Rome vous ouvre des bras de mère. Les forts y trouveront un camp, les faibles l’hospitalité, donc rien n’est changé pour nous! etc., etc. » . .

Le mêmejour l’Assemblée constituante promul— gua deux décrets qui dépassent toutes les limites connues de l’absurde et du ridicule. ’

Citons-lès textuellement}

\

« Le pouvoir exécutif de la république donne avis que l’Assemblée constituante dans sa séancedu 12 avril a promulgué le décret suivant: :

« L’Assemblée constituante décrète : Le P6 est déclaré fleuve national. « Rome, 12 avril 1849. « J. MAZZINI, AURELIO Sun, C. ARMÈLLINI. »

« L’Assembléè constituante romaine , considérant les derniers événements, déclare 3{_Laï Répu— blique romaine, asile et rempart de liberté italienne, ne cédera ni ne transigera jtttnaia, ’

« Les représentants et les triumvirs au nom de Dieu et du peuple que lapatrie sera sauvée.

« Borne, 14 avril 1849. . « Le président de l’Assemblée, A. SALICB’ITÏ.»

Le lendemain du jour où ces deux décrets parurent on vit placardés , contre la statue de Pasquin, deux écriteaux. Le premier reproduisait l’er— donnance relative au fleuve italien avec cette facé— tieuse modification :

« Le P6 est déclaré Vase national. » Le second, plus sérieux, reproduisait l’autre ordonnance en son entier, avec cet appendice: '

« Les représentants et les triumvirs seront parju— res et traîtres, car au lieu de sauver la patrie ils la perdront par leurs crimes et leurs folies.» Pasquin était prophète l

Dans l’intervalle de ces événements un nouveau ministère, dépendant du triumvirat, avait été formé de la manière suivante :

Rusconi, aux affaires étrangères.

Berti Pichat, à l’intérieur.

Sturbinetti, à l’instruction publique.

Manzoni, aux finances.

Lazzarini, grâce et justice.

Montecchi, aux travaux publics.

L’ancien ministre de la guerre conservait son portefeuille.

On touchait alors aux fêtes religieuses de la semaine sainte. Leur célébration devait fournir aux dictateurs de Rome une trop belle occasion de scandale pour qu’ils n’en profitassent point.Autrefois, le Vendredi—Saint, on avait l’habitude de suspendre sous la coupole de l’église de Saint—Pierre une immense croix lumineuse,dont l ’effet était d’autant plus remarquable que son éclat resplendissait dans la plus complète obscurité; quelque puissantes que fussent les clartés qui jaillissaient de ce vaste foyer, elles ne pouvaient pénétrer dans les pro— fondeurs de l’immense basilique.Cet antique usage, source de nombreux désordres, subsista jusqu’au pontificat de Léon XII, qui l’abolit pour préserver le sanctuaire des souillures commises à l’ombre des ténèbres. Depuis lors il n’avait plus eu lieu; mais les triumvirs de la république, heureux de pouvoir signaler leur omnipotence en égarant le sens religieux du peuple romain, donnèrent aux chanoines de Saint—Pierre l’ordre de le rétablir. Ceux—ci ayant répondu par un refus formel, les triumvirs firent envahir le temple par leurs ouvriers et la croix fut illuminée. Alors il arriva ce qu’il était facile de prévoir, les parties de l’église réléguées dans l’ombre devinrent des lieux de sacriléges et de profanations.

Ce n’était pas assez. pour un gouvernement dont les chefs se trouvaient sous la menace de l’excommunication, de convoquer les passions impures au sanctuaire du Dieu vivant; il fallait qu’il mit le comble à ses usurpations sacriléges en accordant, le jour de Pâques, àun prêtre interdit, les pouvoirs suprêmes qui n’appartiennent qu’à la papauté. Il

existe à Rome quatre autels uniquement réservés au pape, qui seul a le droit d’y célébrer l’office divin. Cependant, par une rare exception, le doyen du sacré collège possède le privilège d’y monter à la place du souverain Pontife; mais ce ne peut être qu’en vertu d’une bulle motivée qui reste affichée, à la porte et dans l’intérieur de l’église, pendant la célébration des saints mystères.

C’est un de ces autels, qu’au mépris de la tradilion et des règles les plus respectées, choisirent ce jour—là les triumvirs pour y faire célébrer l’office divin. La basilique du prince des apôtres avait re—

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