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— « Oui.

— « Au péril de votre fortune et de votre vie?

—— « Jusqu’à la mort.

—— « Eh bien ! défendez-la donc, car l’heure de la sauver ou de mourir pour elle, est arrivée. Vive la république!

— « Vive la république! répétèrent les comparses de Sterbini, nous la sauverons ou nous mourrons avec elle. »

Tous les députés assistaient à cette démonstræ tion préparée d’avance; ils animaient du geste et de la voix le courage et la résolution des partisans de la guerre. Cette scène terminée, ils se répandirent dans les quartiers populeux pour semer dans les cafés et les tavernes le bruit absu rde que les Français apportaient les jésuites dans leurs sacs et le choléra dans leurs gibernes.

« Frères, s’écriaient—ils, en se faisant de chaque borne de rue une tribune, les Français ont dit que les Romains étaient trop lâches pour se battre ; ils vous ont insultés dans ce que l’homme a de plus cher au monde, dans le sentiment de l’honneur national; ils ont outragé la mémoire de vos pères qui furent les maîtres du monde; les nains de la France ont blasphêmé les demi-dieux de Bonne. Bataille et vengeance!

« Savez-vous pourquoi ces brigands de Français viennent à Rome? ajoutaient-ils; ils y viennent

y

pour piller vos maisons, pour détruire vos monuments, pour voler votre or, l’honneur de vos femmes et la virginité de vos filles. Aux armes donc! bataille et vengeance! »

Le même jour et à la même heure, tandis que les députés et les énergumènes de la démocratie cherchaient à remuer ainsi les masses populaires; le général Avezzana passait en revue sur la place Saint—Pierre les troupes de ligne et leur adressait une vigoureuse harangue. De leur côté, les triumvirs, se multipliant avec une énergie digne d’une meilleure cause, organisaient une formidable défense; ils promettaieut aux braves qui voulaient défendre la république, des armes, de l’argent, de la viande, du vin, de la farine et des comestibles en abondance. Puis généralisant les moyens de résistance, ils nommaient pour les quatorze quar— tiers de la ville (n'onis) quatorze chefs du peuple (capipolo) et quatorze députés.

Ces chefs , tous connus pour leurs opinions ultra-républicaines, répondaient par leurs antécédents a la pensée qui les avait choisis. Ils de— vaient défendre pied à pied les barricades, les positions confiées à leur courage et à leur patriotisme. Les triumvirs accompagnèrent ces dispositions d’ensemble par une proclamation imprégnée de sang et de poudre. La voici :

« 28 avril i849. « Frères,

« Aux armes! aux armes!

« Debout! Des étrangers, les ennemis du peuple romain, s’avancent; ils veulent nous traiter, nous, hommes libres , comme de vils troupeaux que l’on mène au marché, il veulent nous vendre! Ils disent, en nous insultant, qu’on ne se battra pas à Rome parce que les Romains n’ont pas le coeur de combattre, et ils s’avancent, les insolents!

« Ils viennent abattre le gouvernement que vous avez créé, ils viennent chasser à coups de baïonnette, ou emprisonner, ou massacrer, vos magistrats, vos législateurs! Ils veulent fouler dans le sang et sous leurs pieds, honneur et liberté, droits et devoirs.

« L’Europe républicaine vous regarde; ils ont les yeux sur vous ces Polonais, ces Allemands et ces Français, infortunés apôtres de la liberté, mais non sans gloire dans leurs malheurs ; Lombards, Génois, Siciliens et Vénitiens vous regardent.

« Prouvez à l’Europe que l’honneur italien n’est point perdu, sauvez-le à Rome et il sera sauf en Italie.

« Arrachez à la cruauté de l’étranger, et à ses insultes, vos femmes (le vostre donne), vos fils, vos propriétés, vos croyances et tout ce qu’aime votre âme. Aux armes ! aux armes! aux armes!

(1 Quand le feu sera allumé, rappelez-vous l’antique grandeur romaine, ainsi que les infamies de la tyrannie qui a été abattue; pensez à ceux qui viendront après nous, et combattez.... Debout donc, frères! »

Enfin, comme il était écrit que dans le drame de la République romaine, les mesures les plus futiles devaient, jusqu’au dénouement, faire ombre aux dispositions les plus graves, les triumvirs décrétèrent avec la suppression des ordres monastiques, l’abolition des vœux religieux.

Dans la matinée du 29, les triumvirs, instruits de l’occupation de Civita—Vecchia par les Français, et consternée de l’attitude inquiète et morne de la partie saine de la population romaine, décrétèrent l’organisation immédiate d’une commission d’ora— teurs spécialement chargés d’enflammer le peuple par leurs discours. Ces orateurs stipendiés devaient porter au bras gauche, pour signe distinctif, une écharpe tricolore.

Joseph Cannonieri, le docteur Charles Arduini, le docteur Pierre Guerrini, et Seraphin, conseiller du département, furent choisis pour remplir cette . importante mission.

Par un second décret a peu près analogue, le triumvirat , constituant un comité central de barricades, nomma pour en faire partie les députés C aldesi, Cattabeni et Henri Cernuschi.

Le lendemain 30 avril, tout était prêt pour opposer une vigoureuse résistance. Les rues, hérissées d’imposantes barricades, avaient été sablée5 pour faciliter les opérations de la cavalerie romaine. Les troupes étaient sous les armes, les chefs étaient à leur poste, les cloches du Capitole et de Monte-Citorio attendaient l’apparition des éclaireurs français pour donner le premier signal d’alarme; enfin, les triumvirs avaient organisé dans la matinée, pour le service des ambulances, un comité hermaphrodite d’administration composé des citoyennes Christine Trivulce, princesse de Belgiojoso, Henriette Pisacane, J ulie Paolucci ;

Et des citoyens: père Gavazzi, docteur Pasquali, Panunzi, docteur Feliciani, Sani, Nengherini, Vivardi, Savorelli , docteur Carlucci, Vannuzzi , Gleter.

Ce comité s’installa au Capitole.

Malgré ces belliqueux préparatifs, les bons citoyens et les amis de la paix espéraient encore que le gouvernement n’engagerait pas le pays dans une lutte inégale, dont les résultats définitifs ne pouvaient être douteux.

Dans plusieurs quartiers de la ville, on affirmait qu’un mouvement réactionnaire préparé par des gens de cœur et dirigé par des hommes d’expé— rience, devait , en ouvrant les portes de la ville à l’armée française, délivrer le pays du joug révo

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