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lutionnaire. Ces bruits n’étaient pas dénués defondement. Malheureusement pourle salut de Borne, le courage des opprimés n’était pas au niveau de l’énergie des oppresseurs.

Dès le 24 , l’expédition française, favorisée par des vents propices , avait paru devant Civita-Vecchia. Le Panama, se détachant aussitôt de la flotte, avait reçu l’ordre de débarquer le commandant d’état-major, Espivent de laVilleboisnet, aide de camp du général en chef; le capitaine Durand de Villers, aide de camp du général Regnault de Saint-Jeand’Angely; et M. Latour d’Auvergne, secrétairefle légation. Ces officiers avaient mission de faire connaître au gouverneur de la ville, les intentions de la France et de lui remettre la lettre suivante :

« Monsieur le gouverneur,

« Le gouvernement de la République française désirant , dans sa sincère bienveillance pour les populations romaines, mettre un terme à la situa— tion dans laquelle elles gémissent depuis plusieurs mois , et faciliter l’établissement d’un ordre de choses également éloigné de l’anarchie de ces derniers temps et des abus invétérés qui, avant l’avènement de Pie IX, désolèrent les États de l’Église, a résolu d’envoyer à cet effet à Civita-Vecchia, un corps de troupes dont il m’a confié le commandement.

« Je vous prie de Vouloir bien donner les ordres nécessaires pour que les troupes en mettant pied à terre, au moment même de leur arrivée , ainsi que cela m’a été prescrit, soient reçues et installées comme il convient à des alliés appelés dans votre pays par des intentions si amicales. « Le général en chef, représentant du peuple, « OUDINOT DE REGGIO. »

Le gouverneur de la ville, J. Manucci, était sans ordres; n’osant prendre sur lui la responsabilité de l’initiative, il déclara aux délégués français que son devoir lui imposait l’obligation d’instruire son gouvernement de la situation des choses , mais qu’en attendant la réponse, il s’empresserait de mettre à la disposition de la flotte tout ce qui lui serait nécessaire. Le général en chef répliqua qu’il ne pouvait attendre. Sur ces entrefaites, le conseil municipal de Civita-Vecchia et la Chambre de commerce, d’accord avec les officiers supérieurs de la ville, redoutant les conséquences d’un retard imposé, décrétèrent en conseil que, non-seulement le débarquement immédiat aurait lieu mais qu’ils protestaient d’avance contre quiconque s’y opposerait.

Le 25, a six heures du matin, un canot du Panama, portant à son bord le capitaine Durand de Villers, transmit aussitôt au général en chef la résolution adoptée parles autorités de Civita—Vecchia; elle était sur tous les points conforme aux ins—

tructions du chef. A onze heures, l’escadre mouil— lait a portée de‘canon du port, le front des soldats était rayonnant. Dès que le vaisseau amiral eut jeté l’ancre, les autorités de la ville se rendirent a bord et le débarquement des troupes commença. La mer se couvrit d’embarcations. Avant le soir toutes les troupes étaient débarquées.

Le général en chef ayant pris terre le premier, au milieu de chaudes acclamations et aux cris de vive la France! adressa la proclamation suivante à ses troupes :

« Soldats!

« Le drapeau français flotte sur les forts de Ci— vita—Vecchia. Nous pouvions opérer un débarque— ment de vive force : toutes les mesures étaient prises pour en assurer le succès. Nous avons dû nous inspirer de la pensée de notre gouvernement qui, associé aux idées généreuses de Pie IX, veut éviter, autant que possible, l’effusion du sang.

« Les autorités de Civita—Vecchia, cédant aux vœux des habitants, vous ont ouvert les portes de la place à la première sommation.

« Cet accueil, vous le sentirez, ajoute à nos del voirs, il aggraverait toute infraction à la discipline: il nous commande, non-seulement de respecter les populations, mais encore d’entretenir avec elles des rapports bienveillants.

« La flotte va vous amener, sous peu de jours, un renfort considérable. Soldats de l’armée de terre, je suis votre interprète en remerciant nos frères d’armes de la marine. C’est à leur puissant . concours que nous aimons à reporter le succès de notre première opération. « Le général commandant en chef, « OUDINOT DE REGGIO.

« Civita-Vecchia, le 25 avril 1849. »

Le débarquement était a peine terminé, qu’un millier de volontaires lombards transportés au secours de Bonne par deux bâtiments sardes, se mirent en mesure de prendre terre, mais le commandant en chef s’y opposa provisoirement. Une heure après, le lieutenant—colonel du génie Leblanc , le capitaine du génie Boissonet , et M. Feraud, lieutenant d’état—major, étaient partis pour Rome avec la mission de faire connaître au gouvernement républicain, l’entrée des troupes françaises sur le territoire romain et le but de l’expédition. Le chef de bataillon Espivent de Lavilleboisnet s’était rembarqué pour Gaëte avec une lettre du général en chef pour le Saint Père et des dépê— ches pour MM. d’Harcourt et de Rayneval, ministres plénipotentiaires près le souverain Pontife. Les trois premiers officiers se croisèrent avec l’ordre du triumvirat de s’opposer par la force au débarquement, et avec Rusconi, ministre des affaires étrangères, accompagné du député

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Pescantiui , se rendarît a Civita-Vecchia pour juger par enxunêmes de la situation. Ils avaient trouvé la place occupée par les soldats de la France, les troupes républicaines désarmées , et dix mille fusils expédiés par l’Angleterre, saisis. Admis en la présence du commandant en chef, celui—ci répondit à leurs questions sur ses projets ultérieurs qu’avant de prendre une résolution définitive, il attendrait les rapports des officiers envoyés simultanément à Rome et a Gaéte. Déjà le général venait de se soumettre à l’accomplissement d’un devoir en adressant aux populations une proclamation qui était l’œuvre du cabinet. La VOICI : « Habitants des États romains,

« En présence des événements qui agitent I’Italie, la République française a résolu d’envoyer un corps d’armée sur votre territoire, non pour r défendre le gouvernement actuel qu’elle n’a point reconnu, mais afin de détourner de votre patrie de grands malheurs.

« La France n’entend pas s’attribuer le droit de régler des intérêts qui sont, avant tout, ceux des populations romaines et qui, dans ce qu’ils ont de plus général, s’étendent à l’Europe entière et à tout l’univers chrétien. Elle a cru seulement, que par sa position, elle_ était particulièrement appelée à intervenir, pour faciliter l’établissement d’un ré

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