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Vous pourriez...?
ANDRÈS, allant frapper à la porte.

Tout à l'heure on va vous satisfaire.

LÉLIE. Que pourrai-je vous dire ? Et quel remerciement...?

ANDRÈ S. Non, ne m'en faites point, je n'en veux aullement.

SCENE VII.

LÉLIE, ANDRÈS, MASCARILLE.

MASCARILLE, à part.
Hé bien! ne voilà pas mon enragé de maître !
Il nous va faire encor quelque nouveau bicêtre.

LÉLIE.
Sous ce grotesque habit qui l'auroit reconnu !
Approche, Mascarille, et sois le bien venu,

MASCARILLE.
Moi souisse ein chant t'honneur, moi non point ma-

querille,
Chai point fentre chamais le fame ni le fille.

LÉLIE.
Le plaisant baragouin! Il est bon, sur ma foi!

MASCARILLE.

Allez fous pourmener, sans toi rire te moi.

LÉLIE.
Va, va, leve le masque, et reconnois ton maître.
Partien, tiable, mon foi, chamais toi chai connoître,

LÉLIE.
Tout est accommodé, ne te déguise point.

MASCARILLE.

MASCARILLE.

Si toi point en aller, chai paille ein cou te poing.

LÉLIE.
Ton jargon allemand est superflu, te dis-je;

MASCARILLE.

Car nous sommes d'accord, et sa bonté m'oblige,
J'ai tout ce que mes voeux lui peuvent demander,
Et tu n'as pas sujet de rien appréhender.
Si vous êtes d'accord par un bonheur extrême,
Je me dessuisse donc, et redeviens moi-même.

ANDRÈ s.
Ce valet vous servoit avec beaucoup de feu.
Mais je reviens à vous,

demeurez quelque peu.

SCENE VIII,

LÉLIE, MASCARILLE.

LÉLIE. Hé bien! que diras-tu ?

MASCARILLE.

Que j'ai l'ame ravie
De voir d'un beau succès notre peine suivie.

LÉLTE.
Tu feignois à sortir de ton déguisement,
Et ne pouvois me croire en cet évènement.

MASCARILLE.

Comme je vous connois, j'étois dans l'épouvante, Et trouve l'aventure aussi fort surprenante.

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Mais confesse qu'enfin c'est avoir fait beaucoup.
Au moins j'ai réparé mes fautes à ce coup,
Et j'aurai cet honneur d'avoir fini l'ouvrage.

MÄSCARILLE.
Soit; vous aurez été bien plus heureux que sage.

SCENE I X.

CÉLIE, ANDRÈS, LÉLIE, MASCARILLE.

ANDRÈ S.
N'est-ce pas là l'objet dont vous m'avez parlé ?

LÉLIE.
Ah! quel bonheur au mien pourroit être égalé !

ANDRÈ S.
Il est vrai, d'un bienfait je vous suis redevable;
Si je ne l'avouois, je serois condamnable:
Mais enfin ce bienfait auroit trop de rigueur
S'il falloit le payer aux dépens de mon cœur.
Jugez, dans le transport où sa beauté me jette,
Si je dois à ce prix vous acquitter ma dette;
Vous êtes généreux, vous ne le voudriez pas.
Adien pour quelques jours: retournons sur nos pas.

SCENE X.

LÉLIE, MASCARILLE.

MASCARILLE, après avoir chanté. Je chante, et toutefois je n'en ai guere

envie. Vous voilà bien d'accord, il vous donne Célie; Hem, vous m'entendez bien.

LÉLIE.

C'est trop, je ne veux plus Te demander pour moi des secours superflus. Je suis un chien, un traître, un bourreau détestable, Indigne d'aucun soin, de rien faire incapable. Va, cesse tes efforts pour un malencontreux Qui ne sauroit souffrir que l'on le rende heureux. Après tant de malheurs, après mon imprudence, Le trépas me doit seul prêter son assistance.

SCENE X I.

MASCARILLE, seul.

Voilà le vrai moyen d'achever son destin;
Il ne lui manque plus que de mourir enfin
Pour le couronnement de toutes ses sottises.
Mais en vain son dépit pour ses

fautes

commises Lui fait licencier mes soins et mon appui; Je veux , quoi qu'il en soit, le servir malgré lui, Et dessus son lutin obtenir la victoire. Plus l'obstacle est puissant, plus on reçoit de gloire Et les difficultés dont on est combattu Sont les dames d'atour qui parent la verta.

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SCENE XII.

CÉLIE, MASCARILLE. CÉLIB, à Mascarille qui lui a parlé bas. Quoi que tu veuilles dire, et que l'on se propose, De ce retardement j'attends fort peu de chose. Ce qu'on voit de succès peut bien persuader Qu'ils ne sont pas encor fort près de s'accorder: Et je t'ai déja 'dit qu'un cæur comme le nôtre Ne voudroit pas pour l'un faire injustice à l'autre; Et que très fortement par de différents nauds Je me trouve attachée au parti de tous deux. Si Lélie a pour lui l'amour et sa puissance, Andrès pour son partage a la reconnoissance, Qui ne souffrira point que mes pensers secrets Consaltent jamais rien contre ses intérêts : Oui, s'il ne peut avoir plus de place en mon ame, Si le don de mon coeur ne couronne sa slamme, Au moins dois-je le prix à ce qu'il fait pour moi

De n'en choisir point d'autre au mépris de sa foi,
Et de faire à mes veux autant de violence
Qaej'en fais aux desirs qu'il met en évidence.
Sur ces difficultés qu'oppose mon devoir,
Joge ce que tu peux te permettre d'espoir.

MASCARILLE.
Ce sont, à dire vrai, de très fâcheux obstacles;
Et je ne sais point l'art de faire des miracles :
Mais je vais employer mes efforts plus puissants,
Remuer terre et ciel, m'y prendre de tous sens,
Pour tâcher de trouver un biais salutaire,
Et vous dirai bientôt ce qui se pourra faire.

SCENE XIII,
HIPPOLYTE, CÉLIE.

HIPPOLYTE.

Depuis votre séjour, les dames de ces lieux
Se plaignent justement des larcins de vos yeux,
Si vous leur dérobez leurs conquêtes plus belles,
Et de tous leurs amants faites des infideles :
Il n'est guere de cours qui puissent échapper
Aux traits dont à l'abord vous savez les frapper;
Et mille libertés à vos chaînes offertes
Semblent vous enrichir chaque jour de nos pertes.
Quant à moi toutefois je ne me plaindrois pas
Du pouvoir absolu de vos rares appas,
Si, lorsque mes amants sont devenus les vôtres,
Un seul m'eût consolé de la perte des autres :
Mais qu'inhumainement vous me les ôtiez tous,
C'est un dur procédé dont je me plains à vous.

CÉLIE.
Voilà d'un air galant faire une raillerie:
Mais épargnez un peu celle qui vous en prie.
Vos yeux, vos propres yeux se connoissent trop bien
Pour pouvoir de ma part redouter jamais rien;

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