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Ils sont fort assurés du pouvoir de leurs charmes,
Et ne prendront jamais de pareilles alarmes.

HIPPOLYTE.
Pourtant en ce discours je n'ai rien avancé
Qui dans tous les esprits ne soit déja passé;
Et, sans parler du reste, on sait bien que Célie
A causé des desirs à Léandre et Lélie.

CÉLIE.
Je crois qu'étant tombés dans cet aveuglement
Vous vous consoleriez de leur perte aisément,
Et trouveriez pour vous l'amant peu

souhaitable Qui d'un si mauvais choix se trouveroit capable.

HIPPOLYTE. Au contraire, j'agis d'un air tout différent, Et trouve en vos beautés un mérite si grand, J'y vois tant de raisons capables de défendre L'inconstance de ceux qui s'en laissent surprendre, Que je ne puis blâmer la nouveauté des feux Dont envers moi Léandre a parjuré ses voeux, Et le vais voir tantôt, sans haine et sans colere, Ramené sous mes lois par le pouvoir d'un pere.

SCENE X IV.

CÉLIE, HIPPOLYTE, MASCARILLE.

MASCARILLE. Grande, grande nouvelle, et succès surprenant Que ma bouche vous vient annoncer maintenant!

CÉLIE.
Qu'est-ce donc ?

MASCARILLE
Ecoutez, voici sans flatterie....

GÉLIE.
Quoi?

MASCARILLE.
La fin d'une vraie et

pure

comédie.

7

La vieille Egyptienne à l'heure même....

CÉLIE.

Hé bien ? MASCARILLE. Passoit dedans la place et ne songeoit à rien, Alors qu'une autre vieille assez défigurée, L'ayant de près au nez long-temps considérée, Par un bruit enroué de mots injurieux A donné le signal d'un combat furieux, Qui pour armes pourtant, mousquets, dagues, on

fleches, Ne faisoit voir en l'air que quatre griffes seches, Dont ces deux combattants s'efforçoient d'arracher Ce peu que sur leurs os les ans laissent de chair. On n'entend que ces mots, chienne, louve, bagasse. D'abord leurs escoffions ont volé par la place, Et, laissant voir à nud deux têtes sans cheveux, Ont rendu le coinbat risiblement affreux. Andrès et Trufaldin, à l'éclat du murmure, Ainsi que force monde, accourus d'aventure, Ont à les décharpir eu de la peine assez , Tant leurs esprits étoient par la fureur poussés. Cependant que chacune, après cette tempête, Songe à cacher aux yeux la honte de sa tête, Et l'on veut savoir qui causoit cette humeur; Celle qui la premiere avoit fait la rumeur, Malgré la passion dont elle étoit émue, Ayant sur Trufaldin tenu long-temps la vue: C'est vous, si quelque erreur n'abuse ici mes yeux, Qu'on m'a dit qui vivez inconnu dans ces lieux, A-t-elle dit tout haut, О rencontre opportune! Oui, seigneur Zanobio Ruberti, la fortune Me fait vous reconnoître, et dans le même instant Que pour votre intérêt je me tourmentois tant. Lorsque Naples vous vit quitter votre famille, J'avois, vous le savez, en mes maias votre fille

que

Dont j'élevois l'enfance, et qui, par mille traits, Faisoit voir dès quatre ans sa groce et ses attraits. Celle

que vous voyez, cette infâme sorciere, Dedans notre maison se rendant familiere, Me vola ce trésor. Hélas ! de ce malheur Votre femme, je crois, concut tant de douleur, Que cela servit fort pour avancer sa vie. Si bien qu'entre mes mains cette fille ravie Me faisant redouter un reproche fâcheux, Je vous fis annoncer la mort de toutes deux. Mais il faut maintenant, puisque je l'ai connue, Qu'elle fasse savoir ce qu'elle est devenue.

Au nom de Zanobio Ruberti, que sa voix Pendant tout ce récit répétoit plusieurs fois, Andrès, ayant changé quelque temps de visage, A Trufaldin surpris a tenu ce langage: Quoi donc! le ciel me fait trouver heureusement Celui que jusqu'ici j'ai cherché vainement, Et que j'avois pu voir sans pourtant reconnoître La source de mon sang et l'auteur de mon être ! Oui, mon pere, je suis Horace votre fils. D'Albert, qui me gardoit, les jours étant finis, Me sentant naître au coeur d'autres inquiétudes, Je sortis de Bologne, et, quittant mes études, Portai durant six ans mes pas en divers lieux, Selon que me poussoit un desir curieux. Pourtant, après ce temps, une secrete envie Me pressa de revoir les miens et ma patrie: Mais dans Naples, hélas ! je ne vous trouvai plus, Et n'y sus votre sort que par des bruits confus. Si bien qu'à votre quête ayant perdu mes peines, Venise pour un temps borna mes courses vaines : Et j'ai vécu depuis, sans que de ma maison J'eusse d'autres clartés que d'en savoir le nom.

Je vous laisse à juger si, pendant ces affaires, Trufaldin ressentoit des transports ordinaires.

Enfin, pour retrancher ce que plus à loisir
Vous aurez le moyen de vous faire éclaircir
Par la confession de votre Egyptienne,
Trufaldin maintenant vous reconnoît pour sienne;
Andrès est votre frere; et, comme de sa sœur
Il ne peut plus songer à se voir possesseur,
Une obligation qu'il prétend reconnoître
A fait qu'il vous obtient pour épouse à mon maître,
Dont le pere, témoin de tout l'évènement,
Donne à cet hyménée un plein consentement,
Et, pour mettre une joie entiere en sa famille,
Pour le nouvel Horace a proposé sa fille.
Voyez que d'incidents à-la-fois enfantés !

CÉLIE.
Je demeure immobile à tant de nouveautés.

MASCARILLE.

Tous viennent sur mes pas, hors les deux cham

pionnes, Qui du combat encor remettent leurs personnes. Léandre est de la troupe, et votre pere aussi. Moi, je vais avertir mon maître de ceci, Et que, lorsqu'à ses võux on croit le plus d'obstacle, Le ciel en sa faveur produit comme un miracle.

( Mascarille sort.)

HIPPOLYTE.

Un tel ravissement rend mes esprits confus ,
Que pour mon propre sort je n'en aurois pas plus.
Mais les voici venir.

SCENE X V.

TRU FALDIN, ANSELME, PANDOLFE, CÉLIE, HIPPOLYTE, LÉANDRE,

ANDRÈS.

TRUFALDIN.

Ah ma fille !

CÉLIE.

Ah mon pere!

TRUFALDIN.
Sais-tu déja comment le ciel nous est prospere?

CÉLIE.
J'en viens d'entendre ici le succès merveilleux.
HIPPOLYTE,

à Léandre.
En vain vous parleriez pour excuser vos feux,
Si j'ai devant les yeux ce que vous pouvez dire.

LÉANDRE.
Un généreux pardon est ce qne je desire:
Mais j'atteste les cieux qu'en ce retour soudain
Mon pere fait bien moins que mon propre dessein.

ANDRÈ s, à Célie.
Qui l'auroit jamais cru que cette ardeur si pure
Pât être condamnée un jour par la nature!
Toutefois tant d'honneur la sut toujours régir,
Qu'en y changeant fort peu je puis la retenir.

CÉLIE.
Pour moi, je me blâmois et croyois faire faute
Quand je n'avois pour vous qu'une estime très haute:
Je ne pouvois savoir quel obstacle puissant
M'arrêtoit sur un pas si doux et si glissant,
Et détournoit mon cæur de l'aveu d'une flamme
Que mes sens s'efforçoient d'introduire en mon ame.

TRU FALDIN, à Célie.
Mais, en te recouvrant, que diras-tu de moi,
Si je songe aussitôt à me priver de toi,
Et t'engage à son fils sous les loix d'hyménée?

CÉLIE.
Que de vous maintenant dépend ma destinée.

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