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mestique et le pensionnaire, eut la bonté de prier l'archevêque de Paris de le faire inhumer dans une église. Le curé de saint Eustache sa paroisse ne voulut pas s'en charger. La populace, qui ne connaissait dans Moliere que le comédien, et qui ignorait qu'il avait été un excellent auteur, un philosophe, un grand homme en son genre, s'attroupa en foule à la porte de sa maison le jour du convoi : sa veuve frø obligée de jeter de l'argent par les fenêtres; et ces misérables, gai auraient, sans savoir pourquoi, troublé l'enterrement, accompagnerent le corps avec respect,

La difficulté qu'on fit de lui donner la sépulture, et les injustices qu'il avait essuyées pendant sa vie, engagerent le fameux P. Bouhours à composer cette espece d'épitaphe qui, de toutes celles qu'on fit pour Moliere, est la seule qui mérite d'être rapportée, et la seule qui ne soit pas dans cette fausse et mauvaise histoire qu'on a mise jusqu'ici au-devant de ses ouvrages:

Tu réformas et la ville et la cour;

Mais quelle en fut la récompense ?
Les Français rougiront un jour
De leur peu de reconnaissance.

Il leur fallut un comédien
Qui mit à les polir sa gloire et son étude:
Mais, Moliere, à ta gloire il ne manquerait rien,
Si, parmi les défauts que tu peignis si bien,
Tu les avais repris de leur ingratitude.

Non seulement j'ai omis dans cette vie de Moliere les contes populaires touchant Chapelle et ses amis, mais je me sens obligé de dire que ces contes, adoptés par Grimarest, sont très faux. Le feu duc de Sulli, lo dernier prince de Vendôme, l'abbé de Chaulieu , qui avaient beaucoup vécu àvec Chapelle, m'ont assuré que toutes ces historiettes ne méritaient aucune créance.

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Léandre aime Célie, et, par un trait fatal,
Malgré mon changement est encor mon rival.

MASCARILLE.
Léandre aime Célie !

LÉLIE.
Il l'adore, te dis-je.

MASCARILLE.
Tant pis.

LÉLIE. Hé! oui, tant pis; c'est là ce qui m'afflige. Toutefois j'aurois tort de me désespérer; Puisque j'ai ton secours, je dois me rassurer. Je sais que ton esprit, en intrigues fertile, N'a jamais rien trouvé qui lui fût difficile, Qu'on te peut appeler le roi des serviteurs; Et qu'en toute la terre. . .

MASCARILLE.

Hé! treve de douceurs. Quand nous faisons besoin, nous autres misérables, Nous sommes les chéris et les incomparables ; Et dans un autre temps, dès le moindre courroux, Nous sommes les coquins qu'il faut rouer de coups.

LÉ LIE Ma foi, tu me fais tort avec cette invective. Mais enfin discourons de l'aimable captive: Dis si les plus cruels et plus durs sentiments Ont rien d'impénétrable à des traits si charmants. Pour moi, dans ses discours, comme dans son visage, Je vois pour sa naissance un noble témoignage; Et je crois que le ciel dedans un rang si bas Cache son origine, et ne l'en tire pas.

MASCARILLE.

Vous êtes romanesque avecque vos chimeres.
Mais que fera Pandolfe en toutes ces affaires :
C'est, monsieur, votre pere, au moins à ce qu'il dit:
Vous savez que sa bile assez souvent s'aigrit,

Qu'il peste contre vous d'une belle maniere,
Quand vos déportements lui blessent la visiere.
Il est avec Anselme en parole pour vous
Que de son Hippolyte on vous fera l'époux,
S'imaginant que c'est dans le seul mariage
Qu'il pourra rencontrer de quoi vous faire sage;
Et s'il vient à savoir que, rebutant son choix,
D'on objet inconnu vous recevez les lois,
Que de ce fol amour la fatale puissance
Vous soustrait au devoir de votre obéissance,
Dieu sait quelle tempête alors éclatera,
Et de quels beaux sermons on vous régalera.

LÉLIE.
Ah! treve, je vous prie, à votre rhétorique.

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MASCARILLE.

Mais vous, treve plutôt à votre politique:
Elle n'est pas fort bonne; et vous devriez tâcher...

LÉ LIE.
Sais-tu qu'on n'acquiert rien de bon à me fàcher ,
Que chez moi les avis ont de tristes salaires,
Qu'un valet conseiller y fait mal ses affaires ?

MASCARILLE.

d'être trop

(à part.) (haut.)
Il se met en courroux, Tout ce que j'en ai dit
N'étoit rien que pour rire et vous sonder l'esprit.
D'un censeur de plaisirs ai-je fort l'encolure?
Et Mascarille est-il ennemi de nature?
Vous savez le contraire, et qu'il est très certain
Qu'on ne peut me taxer

que

humain.
Moquez-vous des sermons d'un vieux barbon de pere;
Poussez votre bidet, vous dis-je, et laissez faire.
Ma foi! j'en suis d'avis, que ces penards chagrins
Nous viennent étourdir de leurs contes badins,
Et, vertueux par force ; esperent par

envie
Oter aux jeunes gens les plaisirs de la vie !
Vous savez mon talent, je m'offre à vous servir.

L ÉLIE. Ah! c'est par ces discours que tu peux me ravir. Au reste, mon amour, quand je l'ai fait paroître, N'a point été mal vu des yeux qui l'ont fait naître. Mais Léandre, à l'instant, vient de me déclarer Qu'à me ravir Célie il se va préparer: Cest pourquoi dépêchons; et cherche dans ta tête Les moyens les plus prompts d'en faire ma conquête. Trouve ruses,

détours, fourbes, inventions, Pour frustrer mon rival de ses prétentions.

MASCARILLE. Laissez-moi quelque temps rêver à cette affaire. !

(à part.) Que pourrois-je inventer pour ce coup nécessaire ?

LÉLIE. Hé bien ! le stratagème ?

MASCARILLE.

Ah! comme vous courez ! Ma cervelle toujours marche à pas mesurés. J'ai trouvé votre fait: il faut. . . Non, je m'abuse. Mais si vous alliez...

L ÉLIE.

Où ?
MASCARILLE.

C'est une foible ruse.
J'en songeois une...

LÉLIE.

Et quelle ?
MASCARILLE.

Elle n'iroit pas bien. Mais ne pourriez-vous pas

?
LÉLIE.

Quoi ?
MASCARILLE.

Vous ne pourriez rien. Parlez avec Anselme.

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