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A quoi bon se montrer, et, comme un étourdi,
Me venir démentir de tout ce que je di?

LÉLIE.
Je pensois faire bien.

MASCARILLE.

Oui, c'étoit fort l'entendre. Mais quoi! cette action ne me doit point surprendre: Vous êtes si fertile en pareils contre-temps, Que vos écarts d'esprit n'étonnent plus les gens.

LÉLIE. Ah mon dieu! pour un rien me voilà bien coupable! Le mal est-il si grand qu'il soit irréparable ? Enfin, si tu ne mets Célie entre mes mains, Songe au moins de Léandre à rompre les desseins; Qu'il ne puisse acheter avant moi cette belle. De peur que ma présence encor soit criminelle, Je te laisse.

MASCARILLE, seul.

Fort bien. A dire vrai, l'argent
Seroit dans notre affaire un sûr et fort agent:
Mais ce ressort manquant, il faut user d'un autre.

SCENE VI.

ANSELME, MASCARILLE.

ANSELME.

Par mon chef, c'est un siecle étrange que le nôtre !
J'en suis confus, Jamais tant d'amour pour le bien,
Et jamais tant de peine à retirer le sien.
Les dettes aujourd'hui, quelque soin qu'on emploie,
Sont comme les enfants, que l'on conçoit en joie,
Et dont avecque peine on fait l'accouchement.
L'argent dans notre bourse entre agréablement;
Mais le terme venu qu

nous devons le rendre,

C'est lors que les douleurs commencent à nous

prendre. Raste, ce n'est pas peu que deux mille francs, dus Depuis deux ans entiers, me soient enfin rendus; Encore est-ce un bonheur. MASCARILLE,

à part les quatre premiers vers,

o dieu ! la belle proie
A tirer en volant! Chut, il faut que je voie
Si je pourrois un peu de près le caresser :
Je sais bien les discours dont il le faut bercer.
Je viens de voir, Anselme...

ANSELME.

Et qui?
MASCARILLE.

Votre Nérine.
ANSELME.
Que dit-elle de moi, cette gente assassine ?

MASCARILLE. Pour vous elle est de flamme..

ANSELME.

Elle?
MASCARILLE.

Et vous aime tant, Que c'est grande pitié.

ANSELME.

Que tu me rends content!

MASCARILLE.
Peu s'en faut que d'amour la pauvrette ne meure.
Anselme, mon mignon, crie-t-elle à toute heure,
Quand est-ce que l'hymen unira nos deux cours,
Et
que tu daigneras éteindre mes ardeurs ?

ANSELME.
Mais pourquoi jusqu'ici me les avoir celées ?
Les filles, par ma foi, sont bien dissimulées !
Mascarille , en effet, qu'en dis-tu ? quoique vieux,

J'ai de la mine encore assez pour plaire aux yeux.

MASCARILLE.

Oui, vraiment, ce visage est encor fort mettable;
S'il n'est pas des plus beaux, il est des agréable.

ANSELME.

Si bien donc...?
MASCARILLE veut prendre la bourse.

Si bien donc qu'elle est sotte de vous, Ne vous regarde plus...

ANSELME.

Quoi ?
MASCARILLE.

Que comme un époux; Et vous veut...

ANSELME.
Et me veut...?

MASCARILLE.

Et vous veut, quoi qu'il tienne, Prendre la bourse...

ANSELME.

Là...? MASCARILLE prend la bourse et la laisse tomber.

La bouche avec la sienne.

ANSELME.
Ah! je t'entends. Viens cà : lorsque tu la verras
Vante-lui mon mérite autant que tu pourras.

MASCARILLE.
Laissez-moi faire.

ANSELME.
Adieu.
MASCARILLE.

Que le ciel vous conduise!

ANSELME, revenant.
Ah! vraiment, je faisois une étrange sottise,
Et tu pouvois pour toi m'accuser de froidear:
Je t'engage à servir mon amoureuse ardeur,

Je reçois par ta bouche une bonne nouvelle,
Sans du moindre présent récompenser ton zele!
Tiens, tu te souviendras...

MASCARILLE.

Ah! non pas, s'il vous plaît.

ANSELME.
Laisse-moi...

MASCARILLE.
Point du tout. J'agis sans intérêt.

ANSELME.
Je le sais; mais pourtant...

MASCARILLE.

Non, Anselme, vous dis-je.
Je suis homme d'honneur; cela me désoblige.

ANSELME.
Adieu donc, Mascarille.
MASCARILLE,

à

part.

O longs discours !
ANSELME, revenant.

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Je veux

Régaler par tes mains cet objet de mes voeux;
Et je vais te donner de quoi faire pour

elle
L'achat de quelque bague, ou telle bagatelle
Que tu trouveras bon.

MASCARILLE.

Non, laissez votre argent;
Sans vous mettre en souci, je ferai le présent;
Et l'on m'a mis en main une bague à la mode,
Qu'après vous payerez ,

si cela l'accommode.

ANSELME.
Soit; donne la pour moi : mais sur-tout fais si bien,
Qu'elle garde toujours l'ardeur de me voir sien.

SCENE VII.

LÉLIE, ANSELME, MASCARILLE.

LÉLIE, ramassant la bourse. A qui la bourse?

ANSELME,

Ah dieux! elle m'étoit tombée , Et j'aurois après cru qu'on me l'eût dérobée ! Je vous suis bien tenu de ce soin obligeant Qui m'épargne un grand trouble et me rend mon ar

gent: Je vais m'en décharger au logis tout à l'heure.

SCENE VIII.

LÉLIE, MASCARILLE.

MASCARILLE.

C est être officieux, et très fort, ou je meure.

LÉLIE.
Ma foi, sans moi l'argent étoit perdu pour lại.

MASCARILLE.
Certes, vous faites rage, et payez aujourd'hui
D'un jugement très rare et d'un bonheur extrême :
Nous avancerons fort, continuez de même.

L ÉLIE. Qu'est-ce donc? Qu'ai-je fait ?

MASCARILLE.

Le sot, en bon françois, Puisque je puis le dire, et qu'enfin je le dois. Il sait bien l'impuissance où son pere le laisse; Qu'un rival, qu'il doit craindre, étrangement nous

presse; Cependant quand je tente un coup pour l'obliger, Dont je cours moi tout seul la honte et le dauger....

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