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L ÉLIE. Quoi! c'étoit...?

MASCARILLE.

Oui, bourreau , c'étoit pour la captive Que j'attrapois l'argent dont votre soin nous prive.

LÉLIE.
S'il est ainsi,j'ai tort. Mais qui l'eût deviné ?

MASCARILLE.
Il falloit en effet être bien raffiné!

LÉLIE.
Tu me devois par signe avertir de l'affaire.

MASCARILLE.
Oui, je devois au dos avoir mon luminaire.
Au nom de Jupiter, laissez-nous en repos,
Et ne nous chantez plus d'impertinents propos.
Un autre après cela quitteroit tout peut-être;
Mais j'avois médité tantôt un coup de maître,
Dont tout présentement je veux voir les effets,
A la charge que si...

LÉLIE.

Non, je te le promets
De ne me mêler plus de rien dire ou rien faire.

MASCARILLE.
Allez donc: votre vue excite ma colere.

LÉLIE.
Mais sur-tout hâte-toi, de peur qu'en ce dessein...

MASCARILLE.
Allez, encore un coup;j'y vais mettre la main.

(Lélie sort.)
Menons bien ce projet : la fourbe sera fine,
S'il faut qu'elle succede ainsi que j'imagine.
Allons voir... Bon! voici mon homme justement.

SCENE IX.

PANDOLFE, MASCARILLE.

PANDOLFE.
Mascarille!

MASCARILLE.
Monsieur.

PANDOLFE.

A parler franchement, Je suis mal satisfait de mon fils.

MASCARILLE.

De mon maitre! Vous n'êtes pas le seul qui se plaigne de l'être : Sa mauvaise conduite, insupportable en tout, Met à chaque moment ma patience à bout.

PANDOLFE.

Je vous croyois pourtant assez d'intelligence
Ensemble.

MASCARILLE.

Moi? Monsieur, perdez cette croyance: Toujours de son devoir je tâche à l'avertir, Et l'on nous voit sans cesse avoir maille à partir. A l'heure même encor nous avons eu querelle Sur l'hymen d’Hippolyte, où je le vois rebelle, Où, par l'indignité d'un refus criminel, Je le vois offenser le respect paternel.

PANDOLFE,
Querelle?

MASCARILLE,
Oui, querelle, et bien avant poussée.

PANDOLFE.

Je me trompois donc bien, car j'avois la pensée Qu'à tout ce qu'il faisoit tu donnois de l'appui.

MASCARILLE.
Moi? Voyez ce que c'est que

du monde aujourd'hui,
Et comme l'innocence est toujours opprimée.
Si mon intégrité vous étoit confirmée,
Je suis auprès de lui gagé pour serviteur,
Vous me voudriez encor payer pour précepteur:
Oui, vous ne pourriez pas lui dire davantage
Que ce que je lui dis pour le faire être sage.
Monsieur, au nom de Dieu, lui fais-je assez souvent,
Cessez de vous laisser conduire au premier vent:
Regiez-vous : regardez l'honnête homme de pere
Que vous avez du ciel, comme on le considere;
Cessez de lui vouloir donner la mort au cour,
Et, comme lui, vivez en personne d'honneur.

PANDOLFE.

C'est parler comme il faut. Et que peut-il répondre?

MASCARILLE.

Répondre? des chansons dont il me vient confondre.
Ce n'est pas qu'en effet, dans le fond de son cœur,
I ne tienne de vous des semences d'honneur;
Mais sa raison n'est pas maintenant sa maîtresse.
Si je pouvois parler avecque hardiesse,
Tous le verriez dans peu soumis sans nul effort.

PANDOLFE.

Parle.

MASCARILLE.

C'est un secret qui m'importeroit fort
S'il étoit découvert: mais à votre prudence
Je puis le confier avec toute assurance.

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Sachez donc que vos vaux sont trahis Par l'amour qu'une esclave imprime à votre fils.

PANDOLFE.

On m'en avoit parlé; mais l'action me touche
De voir que je l'apprenne encore par ta bouche.

MASCARILLE.

Vous voyez si je suis le secret confident....

PANDOLTE. Vraiment je suis ravi de cela.

MASCARILLE.

Cependant A son devoir, sans bruit, desirez-vous le rendre ? Il faut... J'ai toujours peur qu'on nous vienne sur

prendre; Ce seroit fait de moi, s'il savoit ce discours. Il faut, dis-je, pour rompre à toute chose cours, Acheter sourdement l'esclave idolâtrée, Et la faire passer en une autre contrée. Anselme a grand accès auprès de Trufaldin; Qu'il aille l'acheter pour vous dès ce matin : Après, si vous voulez en mes mains la remettre, Jeconnois des marchands, et puis bien vous promettre D'en retirer l'argent qu'elle pourra coûter, Et, malgré votre fils, de la faire écarter. Car enfin, si l'on veut qu'à l'hymen il se range, A cet amour naissant il faut donner le change; Et de plus, quand bien même il seroit résolu Qu'il auroit pris le joug que vous avez voulu, Cet autre objet, pouvant réveiller son caprice, Au mariage encor peut porter préjudice.

PANDOLFE.

C'est très bien raisonner, ce conseil me plaît fort..."
Je vois Anselme; va, je m'en vais faire effort
Pour avoir promptement cette esclave funeste,
Et la mettre en tes mains pour achever le reste.

MASCARILLE, seul.
Bon : allons avertir mon maître de ceci.
Vive la fourberie et les fourbes aussi !

SCENE X.

HIPPOLYTE, MASCARILLE.

HIPPOLYTE.

Oui, traître, c'est ainsi que tu me rends service ?
Je viens de tout entendre, et voir ton artifice.
A moins que de cela l'eussé-je soupçonné ?
Ta payes d'imposture, et tu m'en as donné.
Tu m'avois promis, lâche, et j'avois lieu d'attendre
Qu'on te verroit servir mes ardeurs pour Léandre;
Que du choix de Lélie, où l'on veut m'obliger,
Ton adresse et tes soins sauroient me dégager;
Que tu m'affranchirois du projet de mon pere:
Et cependant ici tu fais tout le contraire !
Mais tu t'abuseras : je sais un sûr moyen
Pour rompre cet achat où tu pousses si bien;
Et je vais de ce pas...

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MASCARILLE.

Ah! que vous êtes prompte! La mouche tout d'un coup à la tête vous monte, Et, sans considérer s'il a raison ou non, Votre esprit contre moi fait le petit démon. J'ai tort, et je devrois, sans fivir mon ouvrage, Vous faire dire vrai, puisqu'ainsi l'on m'outrage.

HIPPOLYTE.

Par quelle illusion penses-tu m'éblouir?
Traître, peux-tu nier ce que je viens d'ouir ?

MASCARILLE.

Non. Mais il faut savoir que tout cet artifice
Ne va directement qu'à vous rendre service;
Que ce conseil adroit, qui semble être sans fard,
Jette dans le panneau l'un et l'autre vieillard;
Que mon soin par leurs mains ne veut avoir Célie
Qu'à dessein de la mettre au pouvoir de Lélie,

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