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S. JUSTIN, PHILOSOPHE ET APOLOGISTE DE LA

RELIGION CHRÉTIENNE, MARTYR.

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Tiré de sa vie, écrite d'après ses écrits , par D. Maran ; de Tatien,

d'Eusébe , et des actes sincères du martyre du Saint, lesquels ont été publiés par D. Ruinart. Voyez sur les écrits de saint Justin D. Le Nourry , Appar. in Bibl. Patr.; D. Ceillier , et D. Maréchal , Concordance des Pères, t. I.

L'AN 167.

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Justin naquit à Néapolis ou Naplouse , autrefois capitale de la province de Samarie. C'est cette ville qui est appelée Sichem dans l'Écriture. L'Empereur Vespasien lui donna le nom de Flavie , et honora ses habitans du privilége de bourgeoisie romaine. Tite, son fils et son successeur, y envoya une colonie de Grecs, dans laquelle se trouvèrent l'aïeul et le père de Justin , l'un et l'autre païens de religion.

Notre Saint (1) fut élevé dans les erreurs et les super

(1) Saint Epiphane , hæres. 46, donne à saint Justin la dénomination de Samaritain. Ceci veut dire seulement qu'il était Samaritain de naisT. VIII.

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stitions de l'idolâtrie ; mais en même temps il eut soin de cultiver son esprit par l'étude des belles-lettres. Nous apprenons de lui-même qu'il employa sa jeunesse à lire les poètes, les orateurs et les historiens (1). Le cours de cette étude achevé, il s'appliqua à celle de la philosophie. Son but était de satisfaire l'ardent désir qu'il se sentait pour la recherche de la vérité. Il s'adressa d'abord à un maître stoïcien , avec lequel il resta quelque temps. Le peu de lumières qu'il en tira concernant la Divinité , lui fit prendre la résolution de se mettre sous la conduite d'un péripatéticien, homme d'une grande subtilité d'esprit. Ce nouveau maître lui ayant demandé, des le second jour, de quel salaire ses peines seraient récompensées , il jugea qu'une ame aussi basse ne pouvait être celle d'un philosophe. Il abandonna donc cette école pour aller se présenter à un pythagoricien qui avait beaucoup de réputation, et qui se piquait extrêmement de sagesse ; mais comme celui-ci ne voulait admettre aucun disciple, qu'il n'eût préalablement appris la musique, la géométrie et l'astronomie, Justin, impatient de se livrer à une étude plus essentielle , fréquenta l'école d'un académicien , où il fit de rapides progrès dans la philosophie platonicienne; déjà même il se flattait d'arriver bientôt à la vue de Dieu, dont les philosophes de la secte qu'il suivait semblaient faire le principal objet de leur application.

Un jour qu'il se promenait du côté de la mer, pour être moins distrait et plus recueilli, il aperçut, en se retournant, un vieillard qui le suivait de fort prés. Il fut frappé de son port majestueux , ainsi que d'un certain mélange de douceur et de gravité qui paraissait dans sa

sance. Il ne l'était certainement point de principes , puisqu'il se donne lui-même pour un Gentil et un Incirconcis. Dial. n° 28, Apol. 1, n. 53.

(1) Dial, in initio.

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personne. Tandis qu'il le considérait attentivement, celui-ci lui demanda s'il le connaissait. « Non, répondit Justin. » Pourquoi donc, reprit le vieillard , me regardez-vous ». si fixement ? C'est, répliqua Justin, que je suis surpris » de rencontrer un homme dans un lieu si écarté et si » solitaire. J'y suis venu , dit le vieillard , par attachement » pour quelques-uns de mes amis; ils sont en voyage, et » je suis ici à les attendre (1).»

La conversation s'étant engagée, on parla de l'excellence de la philosophie. Justin prétendait que celle de Platon en particulier était la seule qui conduisît au bonheur, à la connaissance et à la vue de Dieu ; mais le vieillard réfuta solidement sa prétention, et le convainquit, par de bonnes raisons , que Platon et Pythagore, pour lesquels il se sentait tant d'estime, s'étaient trompés dans leurs principes; qu'ils n'avaient connu ni la Divinité, ni l'ame humaine, et que par conséquent ils ne pouvaient communiquer aux autres une connaissance dont ils étaient eux-mêmes dépourvus. Alors Justin , qui cherchait sincèrement la vérité, demanda à qui il fallait s'adresser pour entrer dans la véritable voie. « Long-temps avant que vos philosophes existas» sent, répondit le vieillard, il y a eu dans le monde des » hommes justes, amis de Dieu , et inspirés par son esprit. » On les appelle prophètes , parce qu'ils ont prédit des » choses futures qui sont effectivement arrivées. Leurs li» vres, que nous avons encore, contiennent des instruci tions lumineuses sur la première cause et la dernière » fin de tous les êtres. On y trouve beaucoup d'autres

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(1) Selon quelques auteurs, ce vieillard était un chrétien zélé. Le P. Halloix pense que c'était un ange , et cela fondé sur ce que les esprits bienheureux prennent un vif intérêt au salut des hommes. Tillemont et D. Maran regardent cette conjecture comme probable, et l'appuient de plusieurs raisons.

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1)

v articles dont la connaissance doit intéresser un philoso

phe. Ils n'employaient, pour établir la vérité, ni les

disputes, ni les raisonnemens subtils, ni ces démonstra» tions abstraites qui sont au-dessus de la portée du com», mun des hommes. On les croyait sur leur parole , parce » qu'on ne pouvait se refuser à l'autorité qu'ils recevaient » de leurs miracles et de leurs prédictions. Ils inculquaient » la créance d'un seul Dieu, le père et le créateur de tou» tes choses, et de Jésus-Christ, son fils, qu'il a envoyé » au monde. » Il conclut son discours par ces paroles :

Quant à vous, faites d'ardentes prières pour que les » portes de la vie vous soient ouvertes. Les choses dont

je viens de vous entretenir sont de nature à ne pouvoir » être comprises , à moins que Dieu et Jésus-Christ n'en » donnent l'intelligence. Après ces mots , le vieillard se retira , et Justin ne le vit plus.

Cet entretien fit beaucoup d'impression sur l'esprit du jeune philosophe, et lui inspira une grande estime pour les prophètes. Il approfondit les motifs de crédibilité du christianisme, et se détermina peu après à l'embrasser. Ce qui contribua particulièrement à le convaincre de la vérité de notre religion, fut l'innocence et la vertu de ceux qui la professaient. Il ne pouvait se lasser d'admirer la constance avec laquelle les disciples de Jésus-Christ aimaient mieux souffrir les plus cruelles tortures , et même affronter la mort avec son plus terrible appareil , que de trahir leur religion , et de commettre le moindre péché. Voici comment il s'explique sur ce point : « Lorsque j'entendais dif» famer les chrétiens , et que de l'autre côté je les voyais » courir avec intrépidité à la mort, et à tout ce qui cause » le plus d'effroi à la nature humaine , je concluais inté» rieurement qu'il était impossible que de tels hommes » fussent vicieux et plongés dans le désordre (1).

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(1) Apol. 2, ol. 1, n. 12, p. 96.

Ce que nous avons rapporté des études de saint Justin, porte à croire qu'il était déjà avancé en âge , quand il se convertit à la religion chrétienne. Plusieurs critiques ont inféré d'un passage de saint Epiphane , qu'il avait trente ans lors de sa conversion (1). Quoiqu'il professât le christianisme, il n'en continua pas moins de porter le pallium, ou manteau qui était la marque distinctive des philosophes. Il ne fut pas le seul fidèle qui en agit de la sorte ; Aristide d'Athènes, et Héraclas firent la même chose (2)

Saint Justin était, au rapport de saint Epiphane , un grand ascétique, c'est-à-dire, un homme qui menait une vie extrêmement sainte et austère. Il se rendit à Rome peu de temps après sa conversion, et l'on croit communément que ce fut de l’Egypte qu'il vint en cette ville. Quelques auteurs ont conclu qu'il était prêtre, et de la description qu'il fait du baptême, et de ces concours de peuple qui allait recevoir ses instructions vers le temps de son martyre (3):

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(1) Le passage en question, qui n'est pas clair, se trouve dans l'Hérésie 46. Voyez Tillemont et D. Maran. Eusébe', l. 4, c. 8, dit que saint Justin se convertit après que

l'Empereur Adrien eut célébré l'apothéose d’Antinoüs, que la mort surprit en Egypte, et en l'honneur duquel il bâtit la ville d’Antinoé , érigea un temple, établit des prêtres et institua des jeux. Or, tout ceci arriva en 132, et le Saint mourut dans la vigueur de l'âge. D. Maran metsa conversion vers l'an 137. Cave pense que saint Justin se fit chrétien à Naplouse; mais D. Ma

fut à Alexandrie. Ce dernier se fonde sur ce qu'Alexandrie était près de la mer, et sur ce que le Saint , Parænes. ad Græcos , assure qu'il avait été en cette ville. Effectivement le désir de se perfectionner dans les sciences le fit voyager, sur-tout en Egypte, pays renommé pour la connaissance des mystères les plus secrets.

(2) Le dernier ne quitta pas même le manteau de philosophe , lors-qu'il eut été placé sur le siége d'Alexandrie.

(3) Voyez Tillemont et D. Maran.

ran dit

que ce

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