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« Dieu te suscitera un prophète comme moi, de ta nation et d'en« tre tes frères; tu l'écouteras (1). Le Seigneur me dit: Je leur susciterai, du milieu de leurs frères, un prophète semblable à toi; je lui mettrai mes paroles dans la bouche, et il leur dira « tout ce que je leur ordonnerai. Que sí quelqu'un ne veut pas « entendre les paroles que ce prophète prononcera en mon nom, « ce sera moi qui en ferai la vengeance (2). » Cette prédiction se trouve vérifiée par la venue du Messie, qui s'est montré semblable à Moyse, en sa qualité de législateur.

634. Enfin, les autres prophéties de l'Ancien Testament, même celles qui ne sont pas de Moyse, sont une preuve frappante de la divinité de la loi mosaïque; car les prophètes appartenaient à la loi; ils étaient suscités de Dieu principalement pour interpréter et faire observer la loi. Donc la loi de Moyse est divine.

On a fait des objections contre les prophéties; mais il en est de ces objections comme de celles qui ont été faites contre les miracles. L'autorité des livres saints une fois établie, elles tombent toutes devant le texte des livres saints.

ARTICLE III.

Preuve de la divinité de la loi de Moyse par la sublimité de la doctrine qu'elle contient.

635. La loi mosaïque, quoique inférieure à la loi évangélique, est une loi sainte, un précepte saint, juste et bon, lex quidem sancta, et mandatum sanctum, et justum, el bonum (3). « Vous savez, disait Moyse aux Israélites, que je vous ai enseigné les lois et les ordonnances, selon que le Seigneur me l'a commandé. Vous les pratiquerez donc dans la terre que vous devez posséder. Vous les observerez et les accomplirez par vos œuvres. . C'est en cela que vous ferez paraître votre sagesse et votre intelligence devant les peuples, afin que, entendant parler de toutes « ces lois, ils disent: Voilà un peuple vraiment sage et intelligent; voilà une nation grande et illustre. Il n'y a point, en effet, d'autre nation, quelque puissante qu'elle soit, qui ait des dieux aussi proches d'elle que notre Dieu est proche de nous, et présent à toutes nos prières. Où est un autre peuple qui ait des cérémonies, des ordonnances pleines de justice, et toute une loi semblable à celle que j'exposerai aujourd'hui devant vos yeux (4)? »

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(1) Deutéronome, c. xvш, v. 15. — (2) Ibid., v. 17, 18 et 19. - (3) Epitre de saint Paul aux Romains, c. VII, v. 12. — (4) Deutéronome, ch. IV, V. 5, etc.

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636. Sans parler des lois civiles, qui étaient parfaitement adaptées aux besoins du peuple, eu égard au temps et au pays, les institutions de Moyse comprennent le dogme, le culte et la morale. Sous le rapport du dogme, quoi de plus grand, de plus sublime que ce que dit ce législateur, de Dieu et de l'homme? Il nous donne Dieu comme créateur de l'univers : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre (1). » Il nous le représente comme étant celui qui est, comme l'être par excellence, l'Être des êtres, la plénitude de l'Etre et de toute perfection. Je suis celui qui suis, dit le Seigneur à Moyse; tu diras aux enfants d'Israël : Celui qui est m'a envoyé vers vous (2). » Ainsi, Moyse nous fait connaître ce nouveau nom de Dieu, ce grand nom, ce nom terrible, mystérieux, incommunicable, qui n'était connu d'aucun homme vivant. Il nous parle d'un Dieu unique, éternel, tout-puissant, dont la providence embrasse tout ce qui respire. « Considérez que je suis le Dieu unique, qu'il n'y en a point d'autre que moi; c'est moi qui fais mourir, et c'est moi qui fais vivre; c'est moi qui blesse, « et c'est moi qui guéris; et nul ne peut se soustraire à mon pou« voir (3). » Il publie ses œuvres, sa justice et sa sainteté : « Les

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« œuvres de Dieu sont parfaites, et toutes ses voies sont pleines

d'équité: Dieu est fidèle dans ses promesses; il est éloigné de

toute iniquité; il est rempli de justice et de droiture (4). » 637. La raison s'est-elle élevée par ses propres forces jusqu'à cette notion de la nature et des attributs de l'Être suprême ? N'estce pas dans les écrits de Moyse, dans les livres saints, que nous avons puisé ces connaissances, dont les rationalistes s'efforcent vainement de faire honneur à la philosophie? Laissons parler un déiste : « Quand, dans le silence des préjugés, je compare les dif«férents systèmes de religion qui partagent le monde, je trouve, « dit Rousseau, que celui de la révélation est le plus simple et le plus raisonnable, et qu'il ne lui manque, pour réunir tous les suffrages, « que d'avoir été proposé le dernier. Je suppose, en effet, qu'aujourd'hui que nos prétendus philosophes ont épuisé leurs bizarres « systèmes de forces, de chances, de fatalité, de nécessité, d'atomes,

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(1) In principio creavit Deus cœlum et terram. Genes., c. 1, v. 1. — (2) Dixit | Deus ad Moysen: EGO SUM QUI SUM. Ait: Sic dices filiis Israël : QUI EST Inisit me ad vos. Exod., c. m, v. 14. (3) Videte quod ego sim solus, et non sit alius Deus præter me: ego occidam, et ego vivere faciam; percutiam, et ego sanabo, et non est qui de manu mea possit eruere. Deuteron., c. xxx, v. 39. —(4) Dei perfecta sunt opera, et omnes viæ ejus judicia; Deus fidelis et absque ulla iniquitate, justus et rectus. Ibid., v. 4.

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« de monde animé, de matière vivante, enfin de matérialisme de << toute espèce, il s'en élevât un parmi nous qui, se proposant d'é« clairer le monde, annonçat l'Étre des êtres, le dispensateur de « toutes choses, et qui criát aux hommes, Dieu dit, et tout fut fait; quelle universelle admiration n'exciterait-il pas, et avec quel « applaudissement unanime n'accueillerait-on pas un système si « grand, si consolant, si sublime, si propre à élever l'âme, et à « donner une base à la vertu; un système si frappant, si lumi«< neux, si simple, un système offrant moins de choses incompréhensibles à l'esprit humain, qu'on n'en trouve d'absurdes dans « tous les autres (1) ? »

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638. Ce que Moyse nous enseigne sur l'origine de l'homme n'est pas moins digne de notre admiration. Il fait dire au Créateur : ⚫ Faisons l'homme à notre image et ressemblance: faciamus ho« minem ad imaginem et similitudinem nostram (2). » Dieu prit de la terre, et forma le corps de l'homme; mais parce qu'un corps, quelque parfait qu'il soit, ne peut être l'image de Dieu, ce n'est que dans une âme, dans une substance spirituelle, intelligente, libre et immortelle, que le Seigneur devait trouver son image et sa ressemblance; il répandit donc un souffle de vie sur le visage du corps de l'homme, et l'homme devint vivant et animé: inspiravit in faciem ejus spiraculum vitæ, et factus est homo in animam viventem (3). L'homme étant créé, Dieu forme de lui la femme, et la lui donne pour compagne. Ainsi, tous les hommes naissent d'un seul mariage; et, quelque dispersés et multipliés qu'ils soient, ils sont tous frères; tous ils ne forment qu'une seule et même famille. Hors de là, que peut nous apprendre la philosophie? Que nous ont appris les plus grands génies de l'antiquité païenne et des temps modernes sur la nature de notre âme, sur l'origine du genre humain, sur la fraternité qui doit régner entre tous les hommes?

639. Après avoir fait connaître Dieu dans ses rapports avec l'homme, Moyse apprend aux Israélites le culte qui lui est dû, condamnant de la maniere la plus expresse l'idolâtrie qui était alors généralement répandue dans le monde. On lit dans l'Exode: « Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t'ai tiré de l'Égypte, de la mai« son de la servitude. Tu n'auras point d'autre Dieu devant moi. « Tu ne te feras point d'image taillée, ni aucune figure de tout ce qui est en haut, dans le ciel ni sur la terre, en bas ni dans les

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(1) Emile. (2) Genes., c. 1, v. 26. — (3) Ibidem, c. 11, v. 7.

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eaux, sous la terre. Tu ne les adoreras point, et tu ne les serviras point; car je suis le Seigneur ton Dieu (1). Tu ne te feras ni des « dieux d'argent, ni des dieux d'or, pour joindre leur culte au «mien (2). Tu ne prendras point le nom du Seigneur ton Dieu en « vain (3). » Dans le Deutéronome : « Le Seigneur notre Dieu est « le seul et unique Seigneur. Tu aimeras donc le Seigneur ton Dieu « de tout ton cœur, de toute ton âme et de toutes tes forces (4). Quand tu seras entré dans le pays que le Seigneur ton Dieu te donnera, prends bien garde de ne pas imiter les abominations

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« de ces peuples. Qu'il ne se trouve personne d'entre vous qui prétende purifier son fils ou sa fille en les faisant passer par le « feu, ou qui consulte les devins, ou qui observe les souges et les augures, ou qui use de maléfices, de sortiléges, d'enchantements,

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«< ou qui interroge les morts pour apprendre d'eux la vérité. Car le Seigneur a en abomination toutes ces choses, et il exterminera tous ces peuples à votre entrée, à cause de ces sortes de crimes qu'ils ont commis. Tu seras parfait et sans tache devant le Sei• gneur ton Dieu (5). »

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640. Le culte mosaïque, il est vrai, paraît surchargé de rites et de cérémonies. Mais il suffit de se reporter au temps de Moyse pour reconnaître la haute sagesse des lois cérémonielles qu'il a établies. Toutes ces lois tendaient à prémunir les Juifs contre l'idolâtrie à laquelle ils étaient enclins, à maintenir la sainteté et la majesté du culte divin, et à relever aux yeux de ce peuple grossier la grandeur du vrai Dieu qu'il adorait. D'ailleurs, parmi les cérémonies de l'ancienne loi, il en est qui rappellent le souvenir de quelques grands événements; d'autres figurent les mystères de Jésus-Christ; d'autres enfin sont tout à la fois commémoratives et figuratives: telle est, par exemple, l'immolation de l'agneau pascal.

641. Pour ce qui regarde la morale, c'est-à-dire, les devoirs de l'homme envers ses supérieurs, envers ses semblables et envers lui-même, voici les principales dispositions de la loi de Moyse: « Honore ton père et ta mere, afin que tu vives longtemps sur la << terre que le Seigneur ton Dieu te donnera (6. » Dans la langue sainte, le nom de pères comprend non-seulement ceux qui nous ont donné le jour, mais encore ceux qui sont placés au-dessus de

(1) Exod, c. xx, v. 2, etc. (2) Ibid., v. 23. (3) Ibid., v. 7. —(4) Di. liges Dominum Denin tuum ex toto corde tuo, et ex tota anima tua, et ex tota fortitudine tua. Deuteron, c. vi, v. 5. — (5) Perfectus eris et absque macula cum Domino Deo tuo. Ibid., c. xvII, v. 9, etc. --(C) Exod, c. xx, v. 12.

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nous dans l'ordre temporel et dans l'ordre spirituel. Aussi Moyse défend-il de parler mal des magistrats, et de maudire le prince du peuple: Diis non detrahes, et principi populi tui non maledices (1). Continuons : « Tu ne tueras point; tu ne commettras point d'adultère; tu ne déroberas point; tu ne porteras point de faux témoignage contre ton prochain; tu ne convoiteras point la « maison de ton prochain, ni sa femme, ni son bœuf, ni son âne, « ni rien de ce qui lui appartient (2). » La loi ne se contente pas de défendre des actes, elle interdit jusqu'au désir du crime: non concupisces.

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642. Outre les préceptes généraux qui forment le Décalogue, la loi mosaïque contient les prescriptions suivantes : « Lorsque tu « feras la moisson dans tes champs, tu ne couperas point jusqu'au pied ce qui sera crû sur la terre, et tu ne ramasseras point les épis qui seront restés. Tu ne recueilleras point dans ta vigne les « grappes qui restent après la vendange, ni les grains qui tom<< bent; mais tu les laisseras prendre aux pauvres et aux étrangers. « Je suis le Seigneur ton Dieu. Tu ne déroberas point; tu ne mentiras point; nul ne trompera son prochain. Tu ne jureras point « en mon nom, et tu ne profaneras point le nom de ton Dieu. Tu «ne calomnieras point ton prochain, et tu ne l'opprimeras point « par violence. Le prix du mercenaire qui te donne son travail ne « demeurera point chez toi jusqu'au matin. Tu ne parleras point « mal du sourd, et tu ne mettras rien devant l'aveugle qui puisse « le faire tomber; mais tu craindras le Seigneur ton Dieu, parce << que je suis le Seigneur. Tu ne feras rien contre l'équité, et tu ne ⚫ jugeras point injustement. Tu n'auras point égard, dans tes jugements, ni à la personne du pauvre, ni à la personne de l'homme puissant. Juge ton prochain selon la justice. Tu ne seras point, parmi le peuple, ni un calomniateur public ni un médisant se«cret. Tu ne feras rien contre le sang de ton prochain: je suis le Seigneur. Tu ne haïras point ton frère en ton cœur... Ne cherche point à te venger, et ne conserve point le souvenir des injures de tes concitoyens. Tu aimeras ton prochain (3) comme toi« même je suis le Seigneur (4). Lève-toi devant celui qui a les cheveux blancs; honore la personne du vieillard, et crains Seigneur ton Dieu je suis le Seigneur. Si un étranger habite

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(1) Ibid., ch. xxi, v. 28. — (2) Ibid., c. xx, v. 13, etc.— (3) La Vulgate porte : Diliges AMICUM TUUM Sicut teipsum. L'hébreu peut signifier: Tu aimeras ton prochain, PROXIMUM. C'est ainsi que les Septante le traduisent.

6. XIX, V. 9.

- (4) Lévitique,

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