Images de page
PDF
ePub

pour faire connaître aux fidèles, d'une manière plus expresse, ce qu'elle croyait auparavant; son enseignement s'est développé, mais il n'a point changé; il n'a jamais souffert la moindre altération. Elle se sert quelquefois, il est vrai, de termes nouveaux; mais ce n'est que pour mieux exprimer les anciens dogmes et confondre les novateurs. « Qu'a fait l'Église catholique, se demande Vincent de Lérins, lorsqu'elle s'est assemblée en concile « contre les nouveautés des hérétiques, sinon de laisser à la posté« rité dans ses décrets ce que les anciens lui avaient transmis par a la tradition, réduisant en peu de mots les dogmes de la religion, « et se servant au besoin d'une expression nouvelle pour expliquer « une ancienne croyance, et en faciliter l'intelligence aux fide«les (1)?» D'ailleurs, en exposant les dogmes de l'Église romaine dans le second volume de cet ouvrage, nous aurons l'occasion de montrer que sa croyance et son enseignement s'accordent, en tout, avec les traditions apostoliques.

a

954. L'Église romaine est une non-seulement quant à la doctrine, mais encore quant au ministère : elle nous offre comme institution divine la hiérarchie la plus parfaite, composée des évêques, des prêtres et autres ministres de la religion. Les laïques ou simples fidèles et les lévites sont unis aux prêtres; les prêtres, avec le reste du troupeau, sont unis à l'évêque; les évêques sont unis au pape, dont la chaire est le centre de l'unité catholique. Cette subordination n'est point nouvelle; elle remonte aux Pères apostoliques, des Pères apostoliques aux apôtres, des apôtres à Jésus-Christ. De tout temps, dans l'Église catholique romaine, on a regardé comme schismatiques, et les fidèles et les prêtres qui se séparent de l'évêque en communion avec le pape, et les prêtres et les évêques qui se séparent du pape, l'évêque de Rome, successeur de saint Pierre prince des apôtres. L'Eglise romaine a donc l'unité du ministère avec l'unité de doctrine; elle est une, non-seulement de fait, mais de droit; elle est une en vertu de sa constitution, qu'elle tient de Jésus-Christ. Sa discipline a varié suivant les temps et les lieux, dans l'intérêt moral et spirituel des fidèles et du clergé, mais son gouvernement n'a jamais varié; elle sera toujours, comme elle a toujours été, la société des fidèles qui professent une même foi et participent aux mêmes sacrements, sous l'obéissance du pape et des évêques qui sont en communion avec le pape.

(1) Commonitoire, no xxш.

ARTICLE IV.

L'Église romaine est sainte.

955. L'Église romaine est sainte : elle est sainte dans sa doctrine et dans un certain nombre de ses membres, qui suivent en tout ses enseignements. Elle est sainte dans ses dogmes et ses mystères; ils tendent tous plus ou moins directement à nous unir à Dieu, notre premier principe et notre fin dernière; ils nous inspirent le détachement des biens du monde et le désir des biens éternels, l'horreur du vice et l'amour de la vertu. Elle est sainte dans son culte rien n'est plus propre que ses fêtes et ses cérémonies à ranimer en nous la piété, le respect pour la majesté divine, et la confiance en Dieu. Elle nous représente sous des formes symboliques les vérités tout à la fois terribles et consolantes de la religion, et nous rappelle, par ses assemblées dans le lieu saint, que nous sommes tous indistinctement les enfants de Dieu, tous frères en Jésus-Christ, ne devant tous avoir qu'un cœur et qu'une âme. Celles même des pratiques de dévotion qu'elle favorise sans les rendre obligatoires, celles de ses pratiques que certains hérétiques et les incrédules traitent de superstitieuses parce qu'ils n'en connaissent point l'esprit, contribuent puissamment à entretenir en nous, avec la piété chrétienne, la piété filiale et la piété fraternelle, nous voulons dire la charité, l'amour de nos semblables, que l'on tenterait en vain de remplacer par la philanthropie, qu dégénère si facilement en égoïsme. L'Église est sainte dans sa morale: il n'est aucun crime, aucune mauvaise action qu'elle ne condamne, aucune vertu qu'elle ne commande, aucun dévouement qu'elle n'encourage et qu'elle, ne sanctifie par ses bénédictions. Ses lois, ses règlements, ses usages, toujours conformes à l'esprit de l'Evangile, sont autant de moyens de nous faciliter l'accomplissement de la loi divine, et de nous faire avancer dans la perfection chrétienne. Oui, l'Église romaine peut défier ses ennemis de la trouver en défaut, sous le rapport de la sainteté de ses enseignements et de ses ordonnances: Quis ex vobis arguet me de peccato (1)?

956. Enfin elle est sainte dans une partie de ses membres, dans ceux-là mêmes qui suivent ses instructions. Ce n'est pas seulement

(1) Saint Jean, c. VIII, v. 46.

dans les trois premiers siècles, comme l'ont prétendu les chefs de la réforme, que l'Église romaine a eu des saints; le monde, en devenant chrétien, ne l'a point rendue stérile; jamais elle n'a cessé d'enfanter des justes. Sans parler de ce grand nombre de fidèles qui, dans tous les états, se sont sanctifiés sans sortir des voies ordinaires, sans pousser la sainteté jusqu'à l'héroïsme, l'histoire nous offre une multitude de pontifes, d'évêques, de prêtres, de religieux, de vierges, de simples fidèles de tout rang, qui dans les différents âges de l'Église ont lutté contre la corruption de leur siècle, et se sont fait admirer par leur dévouement pour la foi, par leur zèle pour le salut de leurs frères, par cet esprit de sacrifice et d'abnégation qui confond tout à la fois les mauvais chrétiens et les ennemis de la religion catholique. De tout temps, même de nos jours, on voit dans l'Église romaine des martyrs et des confesseurs de la foi, des justes en qui le Seigneur se plaît, tandis qu'ils sont sur la terre, à manifester les prodiges de sa grâce, comme il se plaît, après leur mort, à révéler leur gloire par les prodiges de sa toute-puissance. On sait avec quelle circonspection l'Église procède à la canonisation des saints, avec quelle maturité elle examine les miracles opérés par leur intercession. Il n'est aucun fait mieux constaté que les faits surnaturels sur lesquels elle s'appuie, quand il s'agit pour elle de proclamer la sainteté des héros du christianisme, et de permettre d'honorer leur mémoire. Nous ne parlons pas de ces miracles que certains auteurs ignorants et crédules ont adoptés sans examen : la critique a su les distinguer de ceux qui sont tellement avérés, tellement prouvés par des témoignages publics et contemporains, par l'enchaînement des faits, qu'on ne peut les révoquer en doute sans ébranler les fondements de l'histoire (1).

957. Quand nous disons que l'Église romaine est sainte dans une partie de ses membres, nous convenons par là même qu'elle ne l'est pas dans tous. Nous l'avons vu plus haut (2), elle comprend dans son sein tous les chrétiens bons ou méchants, justes ou pécheurs, qui sont unis entre eux par la profession d'une même foi, par la participation des mêmes sacrements et la soumission aux mêmes pasteurs, principalement au souverain pontife. Il y a eu et il y aura toujours des abus et des scandales dans l'Église, même de la part de quelques-uns de ses ministres; Judas, le

(1) Voyez le savant Traité de Benoit XIV, De Beatificatione et canonizatione servorum Dei. — (2) Voyez le no 921.

traître Judas, était un des douze apôtres de Jésus-Christ. Tout prêtre, tout évêque, tout pontife, est pris parmi les hommes: omnis pontifex ex hominibus assumptus (1); le prêtre, l'évêque, le pontife, sont donc sujets aux passions et aux faiblesses humaines. Mais les fautes dont ils peuvent se rendre coupables ne sauraient nuire à la sainteté de l'Église, puisqu'elle les condamne, et qu'elle a constamment mis en œuvre tous les moyens possibles pour les prévenir ou les faire cesser. D'ailleurs, soyez justes, et vous conviendrez que le clergé catholique a toujours été riche en grands hommes; et que c'est autant par la sagesse de ses règlements et par ses vertus, que par la culture des lettres et des sciences, qu'il a civilisé le monde. Pour ne parler que de l'Église de Rome, la mère et la maîtresse des autres Églises, combien d'hommes éminents n'a-t-on pas vus sur le trône de ses pontifes? Couronne glorieuse pour cette Église, toute resplendissante de sainteté, de dévouement pour la religion, de fermeté contre l'erreur et la corruption des mœurs, de sagesse dans le choix du temps et des moyens pour la réforme des abus, de zèle pour l'abolition de l'esclavage et la liberté des peuples. Vous êtes étonné qu'il y ait eu des papes indignes de ce nom; mais ne devriez-vous pas l'être bien davantage qu'il y en ait eu si peu dans une aussi longue succession, dans l'intervalle de dix-huit siècles? surtout si vous considérez que l'on doit chercher la cause des mauvais choix principalement dans les discordes civiles et dans les triomphes passagers des factions, qui voulaient disposer de la papauté à leur profit.

"

[ocr errors]

958. Nous dirons donc aux ennemis de l'Église ce que saint Augustin disait aux hérétiques de son temps: « Ne mettrez-vous pas un terme à vos invectives contre l'Église catholique? Ses désordres, que vous censurez si amèrement, elle les condamne • comme vous; et ceux qui en sont coupables, elle travaille sans « cesse à les corriger, pour en faire des enfants dignes d'elle.... « Pourquoi donc ces attaques si passionnées? Pourquoi vous lais« ser aveugler par l'esprit de parti? Que gagnerez-vous à défendre ⚫ si péniblement l'erreur? L'Église n'est ni un champ sans fruit, « ni une aire sans froment; cherchez les fruits, cherchez le bon « grain; vous serez étonnés vous-mêmes de leur abondance (2). Si « nous avons dans quelques scandales publics de justes sujets de douleur, il est aussi d'admirables vertus dont le spectacle doit

[ocr errors]
[ocr errors]

(1) Lettre aux Hébreux, c. v, v. 1. — (2) Liv. 1, Des mœurs de l'Eglise catholique, c. iv et v.

« nous consoler. Cette lie épaisse, qui attriste vos regards, ne doit

[ocr errors]

point faire hair le pressoir d'où sort en même temps l'huile

« pure dont la flamme brillante éclaire la maison de Dieu (1). »

ARTICLE V.

L'Église romaine est catholique.

959. L'Église romaine est répandue dans tout l'univers; elle étend son empire en Europe, en Asie, en Afrique, en Amérique, dans l'Océanie, dans toutes les parties du monde; et il n'est aucune société chrétienne, séparée de sa communion, qui soit aussi universellement répandue qu'elle. Il ne s'agit pas de savoir si l'Église romaine l'emporte, par le nombre de ses membres, sur toutes les autres communions réunies ensemble, mais bien sur chacune d'elles prise isolément. Or il n'est aucune de ces communions, hérétiques ou schismatiques, qui puisse être comparée à l'Église romaine sous le rapport de l'universalité; il n'en est aucune, quelle que soit sa diffusion sur le globe, qui ait autant de chrétiens pour elle qu'il y a de catholiques romains. Jamais aucune société d'hérétiques n'a été et ne sera aussi universelle que la commu nion à laquelle nous avons le bonheur d'appartenir; car ¿est constant qu'une secte ne se répand que pour se diviser en plusieurs autres sectes, aussi opposées les unes aux autres qu'elles le sont à l'Église romaine. Ainsi, par exemple, les protestants, fussent-ils beaucoup plus nombreux qu'ils ne le sont, parce qu'ils seront toujours divisés entre eux, que les uns seront luthériens, les autres calvinistes, les autres anglicans, les autres enfin toute autre chose, anabaptistes, arminiens, gomaristes, piétistes, méthodistes, sociniens, rationalistes, ne pourraient jamais former une seule et même Église qui fùt catholique; une Église qui enseignât partout la même doctrine, qui administrât partout les mêmes sacrements, qui eût partout le même ministère. Ceux qui ont secoué le joug de la foi tombent infailliblement dans l'anarchie, n'ayant, généralement, plus rien de commun entre eux que la haine pour l'Eglise qui les a frappés d'anathème. Ainsi, à partir de la vraie notion de la catholicité, l'Église romaine est la seule qui soit vraiment catholique, la seule qui ait été catholique dans tous les temps.

(1) Lettre LXXVIII.

« PrécédentContinuer »