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ARTICLE VI.

L'Eglise romaine est apostolique.

960. L'Église catholique romaine est apostolique : elle l'est sous le double rapport de la doctrine et du ministère. D'abord, elle est apostolique sous le rapport de la doctrine: ce qu'elle croit, elle l'a toujours cru; elle n'a jamais enseigné d'autres vérités que celles qui lui ont été transmises par les apôtres, de vive voix ou par écrit; il n'est aucun dogme, dans l'enseignement de l'Église catholique, en faveur duquel on ne puisse invoquer une croyance aussi ancienne que le christianisme; aucun article, dont on puisse expliquer l'origine sans remonter aux apôtres. De l'aveu des protestants, l'Eglise primitive a conservé pure, sans mélange d'erreur, la doctrine de Jésus-Christ; durant des trois premiers siècles, elle a été fidèle, disent-ils, au mandat de son divin Maître, qui lui avait confié le dépôt de la foi. Or, sa croyance n'a pu souffrir la moindre altération, ni au quatrième siècle, ni dans les siècles suivants. En effet, indépendamment de la parole de Notre-Seigneur, qui a pro-· mis d'être tous les jours, avec ses apôtres et leurs successeurs, enseignants et baptisants, jusqu'à la consommation des siècles (1), si vous ouvrez l'histoire, vous y verrez l'Église romaine constamment opposée à toute innovation en matière de religion. Toujours et partout elle invoque contre les novateurs les traditions apostoliques. Jamais elle ne s'est écartée de cette règle par laquelle elle a confondu toutes les hérésies, Nihil innovetur, nisi quod traditum est. Ce sont les paroles du pape saint Étienne contre l'erreur des rebaptisants. « Ce grand homme, dit Vincent de Lérins, « comprenait bien que la piété ne permettait point de recevoir d'au« tre doctrine que celle qui nous est venue de la foi de nos prédé«< cesseurs, et que nous sommes obligés de la transmettre aux « autres avec la même fidélité que nous l'avons reçue. Il était persuadé qu'il ne faut pas mener la religion par où nous voulons, mais la suivre partout où elle nous mène; et que le caractère « de la religion chrétienne est de conserver fidèlement les saintes << maximes que nous ont laissées nos pères, et non pas de faire passer « les nôtres à la postérité (2). On ne peut donc supposer que l'Église romaine ait introduit ni même toléré aucun changement

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dans la foi.

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961. D'ailleurs, si elle n'a pas toujours eu la même croyance, si son enseignement s'est altéré, qu'on nous dise donc comment cette altération a pu devenir universelle. Si, comme le prétendent les protestants, les dogmes de la présence réelle, par exemple, de la confession sacramentelle, de l'invocation des saints, de la prière pour les morts, sont des dogmes inventés par les catholiques, qu'on nous montre donc depuis quand ils ont paru dans le monde, quels en sont les auteurs, par quels moyens ils se sont répandus dans tout l'univers. Il serait bien étonnant qu'on ignorât ceux qui auraient ajouté ces dogmes à la foi primitive, tandis que l'on connaît les Arius, les Macédonius, les Pélage, les Nestorius, les Eutychès, et généralement tous ceux qui ont tenté de porter atteinte a l'intégrité de la doctrine catholique. On ne se persuadera point que des changements dans la foi de nos pères aient pu s'opérer sans bruit, sans difficulté, sans contradiction; on ne se persuadera point que les Grecs et les Latins, entre lesquels il y a toujours eu plus ou moins de rivalités, se soient accordés à reconnaître comme apostoliques des vérités qui n'étaient point reçues partout comme venant des apôtres. Enfin, c'est un fait constant qu'il y a toujours eu des hérésies. Or, comment supposer que l'Église, qui s'est constamment opposée à toute nouveauté, ait osé innover elle-même, en présence des novateurs qu'elle avait condamnés? N'aurait-elle pas craint qu'on lui reprochat en face de faire ce qu'elle reprochait aux autres ? Le moindre changement de sa part, sur un point dogmatique, n'eût-il pas été un sujet de triomphe pour ses ennemis? Il est donc démontré que l'Église catholique romaine a toujours eu la même croyance; que sa doctrine par conséquent ne peut venir que des apôtres : « Quod universa tenet Ecclesia, dit saint Augustin, « nec conciliis institutum, sed semper retentum est, non nisi auc«toritate apostolica traditum rectissime creditur (1). »

962. L'Église romaine est apostolique quant à la doctrine; elle l'est également quant au ministère. La succession de ses pasteurs commence aux apôtres, et vient jusqu'à nous sans interruption. <«< Je suis retenu dans l'Eglise, disait saint Augustin, par la suc« cession des pontifes sur la chaire de saint Pierre, depuis cet apôtre à qui le Seigneur a confié ses brebis, jusqu'au pape ac<< tuel (2).» Avant l'évêque d'Hippone, saint Epiphane, saint Optat, Tertullien, saint Irénée, prouvaient aux héretiques de Icur temps l'apostolicité de l'Eglise romaine par la succession non

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(1) Du Baptême, contre les donatistes, liv. iv, C. XXIV.

—(2) Voyez le n° 947.

interrompue des évêques sur les siéges apostoliques, notamment sur le siége de saint Pierre (1). Or aujourd'hui, comme dans les premiers siècles, nous remontons de notre très-saint père le pape Pie IX jusqu'au prince des apôtres. On connaît les noms de tous ceux qui ont successivement succédé à saint Pierre, comme on connaît les évêques des Églises particulières fondées par les autres apôtres, ainsi que ceux qui ont été institués par leurs successeurs, conformément aux règlements établis par l'Église elle-même. Partout et dans tous les temps on voit, dans les évêques de l'Église catholique, la succession de l'ordination avec la succession du pouvoir de juridiction, dont le mode de transmission a toujours été déterminé par la puissance apostolique.

963. L'Église romaine est une, sainte, catholique et apostolique; elle a d'ailleurs toujours été visible, depuis la promulgation de l'Évangile jusqu'à nous; elle est elle-même juge des controverses qui intéressent la religion. Donc elle a toutes les propriétés de la vraie Église, toutes les marques qui distinguent l'Église de Dieu des sociétés hérétiques et schismatiques; donc l'Église romaine est l'Église de Jésus-Christ.

CHAPITRE X.

L'Église catholique romaine seule est la véritable Église de Jésus-Christ.

964. Il n'y a qu'un Dieu, qu'une religion; il n'y a donc qu'une Église, qui est l'Église de Jésus-Christ. Or l'Église romaine est vraiment l'Église de Jésus-Christ, elle en a tous les caractères distinctifs; il n'y a donc que l'Église romaine qui soit l'Église de Jésus-Christ, la véritable Église, hors de laquelle il n'y a point de salut. D'ailleurs, de toutes les sociétés chrétiennes séparées de la communion romaine, il n'en est aucune qui réunisse toutes les propriétés et toutes les marques qui distinguent l'Église de JésusChrist. En effet, il ne peut être ici question que des Églises protestantes et de l'Église grecque, nous voulons dire l'Église des Grecs non réunis à l'Église romaine, de ceux qui sont demeurés attachés au schisme de Photius. Or, ni les Églises protestantes ni

(1) Voyez, plus haut, les no 940, 941, 942, 945 et 946.

l'Église grecque ne peuvent réclamer les propriétés de l'Église de Dieu, les caractères essentiels à l'Église de Jésus-Christ. Donc, encore une fois, l'Église catholique romaine seule est la véritable Église.

ARTICLE I.

Les Églises protestantes n'ont point les propriétés de l'Église de Jésus-Christ.

965. Les propriétés de l'Église de Jésus-Christ sont : l'autorité de l'enseignement, la visibilité et la perpétuité, l'unité, la sainteté, la catholicité et l'apostolicité. Or, le protestantisme n'a aucune de ces propriétés, aucune des marques, soit négatives, soit positives, de l'Église de Jésus-Christ.

Premièrement le protestantisme n'a pas l'autorité de l'enseignement loin de là, le caractère du protestantisme est de rejeter l'autorité de l'Église enseignante, en accordant à chacun le droit d'interpréter l'Écriture sainte d'après les lumières de sa raison, et de regarder ses interprétations particulières ou individuelles comme étant l'unique règle de sa foi. L'Église protestante n'oserait donc réclamer le premier caractère de l'Église de Jésus-Christ: elle ne peut par conséquent se donner pour l'Église de JésusChrist: et comment pourrait-elle se donner pour la véritable Église, elle, dont le principe fondamental tend à détruire la foi chrétienne? « Il n'y a pas de foi pour le protestant, dit M. Laval, qui avait été lui-même ministre protestant: ce qu'il appelle sa • foi n'est qu'une opinion aussi vaine, aussi inconstante que les ⚫ autres opinions. La religion, la foi divine, n'est pour lui qu'une « manière de voir, un système, et rien de plus. Il devra toujours « craindre de s'être trompé, et il devra le craindre d'autant plus qu'il sera plus défiant de lui-même, qu'il sera plus humble, « c'est-à-dire plus chrétien. Jamais il ne pourra prononcer avec pleine assurance la première parole du fidèle, Je crois; et, quoi qu'il fasse, le doute sera toujours le fond de son symbole. Hélas! je ne l'ai que trop éprouvé moi-même, en ne recueillant, pour prix d'un long examen et de pénibles recherches, que le sentiment de mon impuissance à me créer à moi-même une foi certaine. Lorsque, pour remplir le premier devoir du chrétien, je ⚫ demandais à ma raison un acte de foi, elle n'osait répondre. Chaque recherche nouvelle amenait avec elle de nouvelles incertitudes. « Ce que je croyais un jour, parce qu'il me semblait le trouver • clairement dans l'Écriture, j'en doutais le lendemain, parce que

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je ne l'y voyais plus aussi clairement ; et quelquefois je finissais << par y trouver le dogme contraire. Souvent, pressé par le besoin << d'une croyance fixe, je me faisais un symbole, je le déclarais ir« révocable ce symbole éternel durait à peine quelques jours, et « ma raison recommençait a errer d'opinion en opinion, sans rien « trouver en elle-même de stable que sa propre instabilité. Com« ment rester dans cet état? Comment s'y complaire? Et si je dis << que tout protestant qui veut se rendre compte de sa foi tombe né« cessairement dans les mêmes perplexités, et que l'inconstance de « ses opinions augmente en proportion de son instruction et de ses « recherches, quelle conscience protestante me démentira (1)? ►

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966. Non-seulement l'Église protestante n'est point l'Église chrétienne, mais elle n'est pas même une Église proprement dite, puisqu'elle se divise avec elle-mème, et se fractio..ne à l'infini. D'ailleurs, on ne peut concevoir une Église, une société religieuse, sans un symbole de foi qui règle et fixe les esprits sur le dogme, le culte et la morale: aussi les apôtres, en organisant l'Église de Jésus-Christ, ont-ils laissé aux premiers chrétiens le symbole qui porte leur nom, Symbolum apostolorum. « Or, dès que l'on « donne à chaque individu le droit de former lui-même sa croyance d'après sa propre interprétation de la Bible, qui ne voit qu'un symbole est la chose la plus rigoureusement impossible qu'on puisse imaginer? Un symbole renferme ce qu'il est nécessaire de croire; or, comment déterminer ce qui est nécessaire, lorsque chaque individu a droit de choisir lui-même ce qu'il doit ad« mettre ou rejeter? Reconnaître ce droit, n'est-ce pas déclarer « formellement qu'on ne reconnait aucun dogme dont la foi est « nécessaire? La raison de tout homme étant naturellement indé« pendante de la raison de tout autre homme, nul ne peut faire à <«< autrui une obligation de croire ce qu'il croit lui-mème dans sa << seule raison; ils peuvent avoir chacun des opinions purement « individuelles, mais jamais il n'en sortira une règle de foi à laquelle ils soient tenus de se soumettre. Vous apercevez tel dogme dans la Bible, et vous le croyez d'après votre raison : mais si «ma raison ne l'y aperçoit pas, ou y aperçoit le contraire, je dois « le rejeter, en vertu du même principe qui vous le fait admettre. « Ainsi le luthérien admet la présence réelle de Jésus Christ dans « l'Eucharistie, parce que sa raison découvre ce dogme dans la Bible; mais la raison du calviniste, qui n'est pas obligée de céder

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(1) Lettre de M. Laval, ci-devant ministre à Condé-sur-Noireau.

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