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à la sienne, ne l'y découvrant pas, il ne peut exiger de lui cette croyance, ni prononcer qu'elle est nécessaire. Ainsi encore, la << raison du luthérien et du calviniste est convaincue que la divi« nité de Jésus est très-clairement exprimée dans la Bible; mais • comme le socinien, interprétant également l'Écriture sainte d'a« près sa raison, croit y trouver le fondement d'une opinion con« traire, non-seulement ils ne peuvent affirmer que la foi à la di« vinité de Jésus-Christ soit nécessaire, mais ils doivent reconnaitre qu'en vertu du principe commun des protestants, le socinien doit la rejeter. Parcourez toutes les vérités révélées, il en sera de << même pour toutes on n'en trouvera pas une seule dont on « puisse affirmer, dans les principes de la Réforme, qu'il est né« cessaire de la croire pour être chrétien (1). »

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967. Il est donc vrai de dire que l'Église réformée, loin d'être l'Église de Jésus-Christ, n'est pas même une Église chrétienne quelconque: plus ses confessions de foi sont multipliées, plus elles sont impuissantes à fixer l'intelligence; ne représentant ellesmêmes que des opinions individuelles, elles ne peuvent être obligatoires pour personne. « Le protestantisme n'est au fond qu'un « véritable système d'incrédulité, reposant sur la même base que «< tous les autres systèmes d'erreur, et dont le développement complet şerait la destruction du christianisme. Sous quelque face qu'on le considère, on est toujours ramené à cette terrible vé«< rité : elle sort, pour ainsi dire, de tout son étre, elle est écrite « dans toute son histoire (2). »

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968. Secondement: l'Eglise protestante n'a point la perpétuelle visibilité de l'Eglise de Jésus-Christ. Avant le seizième siècle, où parut la Reforme, il n'y avait ni reformés ni protestants; avant Luther et Calvin, il n'y avait ni luthériens ni calvinistes; avant le schisme de Heuri VIII, roi d'Angleterre, il n'y avait pas d'anglicans. Dire avec les uns que les protestants ont succédé aux fidèles qui ont été de tout temps cachés dans le sein de l'Église romaine, sans participer à ses erreurs, ne serait ce pas par là mème renoncer à la visibilité de l'Eglise? Comment en effet ces pretendus fidèles, que l'on suppose avoir professé secrètement les dogmes publiés depuis par la Réforme, que l'on dit avoir été caches, invisibles dans l'Eglise romaine, auraient-ils formé l'Église visible de Dieu, cette maison du Seigneur qui, suivant l'expression d'un prophète, est élevée sur le sommet des montagnes; cette cité qui, · (2) Ibidem,

(1) M. Laval, ibidem.

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étant placée sur les hauteurs, ne peut étre cachée. D'ailleurs, comment prouverait-on que la doctrine des réformateurs a été suivie, dans la communion romaine, par des justes qui n'avaient pas courbé le genou devant Baal? Bossuet disait aux protestants: Si la messe ou toute autre chose que vous voudrez imaginer est le Baal devant lequel les sept mille n'avaient pas fléchi le genou « quand Luther, ou Zuingle, ou OEcolampade, ou Bucer, ou Cal⚫ vin, ont éclaté, les sept mille qui croyaient comme eux secrète«ment ont dû venir leur déclarer leur secrète croyance, et leur « dire : Nous étions déjà dans ces sentiments; vous n'avez fait que « nous rallier, et nous donner la hardiesse de nous découvrir. Mais, « loin d'en trouver sept mille qui leur tinssent ce langage, nous « avons pressé vos ministres d'en nommer un seul. J'en ai moi« même interpellé M. Claude, et il a dit: M. de Meaux croit-il que « tout soit écrit ? Je l'ai demandé à M. Jurieu, et il a répondu : • Que nous importe (1)? »

969. Direz-vous avec d'autres, que les protestants descendent des hussites, des wicléfistes, des vaudois, des albigeois, des manichéens, des prédestinatiens, des pélagiens, des donatistes, des sectes même des premiers siècles du christianisme? Mais comment faire sortir une Église visible des anciennes sectes, qui étaient aussi opposées les unes aux autres qu'elles l'étaient à l'Eglise romaine, qu'elles le sont même, sur plusieurs points, au protestantisme? Comment former une Église perpétuelle et indéfectible avec les différentes hérésies, qui n'ont aucune suite entre elles, dont les unes ont disparu presque aussitôt après avoir vu le jour, dont aucune ne remonte jusqu'aux apôtres? Quel est, en effet, l'hérésiarque qui n'ait été confondu par la nouveauté de sa doctrine? Les réformés l'ont reconnu ; il est impossible à la Réforme de maintenir le principe de la perpétuelle visibilité de l'Église, en recourant, soit aux sectes séparées de l'Eglise romaine, soit aux prétendus fidèles qui seraient demeurés cachés dans le sein de cette Église sans en avoir l'esprit. C'est pourquoi ils n'ont cru pouvoir sortir de leur embarras qu'en admettant le système du ministre Jurieu, qui fait consister l'Église de Jésus-Christ dans la réunion de toutes les sociétés chrétiennes. Mais adopter un tel système pour justifier la Réforme du reproche de nouveauté, n'est-ce pas avouer l'impossibilité où l'on est de prouver que la Réforme n'est point nouvelle? Et cet aveu n'est-il

(1) n Instruction pastorale sur les promesses de Jésus-Christ à son Église n° LXXVIII.

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pas une preuve évidente que l'Église protestante ne peut réclamer la visibilité perpétuelle et indéfectible de la véritable Église? Ainsi donc, par cela même que la Réforme n'est pas une Église qui ait été perpétuellement et constamment visible, il est démontré qu'elle n'est point l'Église de Jésus-Christ.

970. Troisièmement: l'Église protestante n'a point l'unité, qui est un caractère distinctif de la vraie Église; elle n'a ni l'unité de doctrine, ni l'unité de ministère ou de gouvernement. Les protestants sont forcés d'en convenir, puisqu'ils sont divisés en mille sectes opposées, qui tantôt se tolèrent, tantôt s'anathématisent mu tuellement. Comptez, s'il se peut, en France, en Allemagne, en Angleterre, en Amérique, la multitude de symboles ou de systèmes divers compris sous le nom général de Réforme, de protestantisme, de luthérianisme, de calvinisme, d'anglicanisme; chaque famille, presque chaque docteur, vous offrira une religion différente. Ils en conviennent en effet, puisque, pour justifier les variations et les confessions de foi contradictoires de la Réforme, ils ont été forcés de recourir à la distinction des articles fondamentaux et non fondamentaux. Non-seulement ils n'ont pas l'unité, mais ils ne peuvent l'avoir; comme ils n'admettent pas d'autre règle de foi que l'Écriture, pas d'autre moyen de l'interpréter que l'examen particulier, il y a nécessairement autant d'interprétations individuelles qu'il y a d'interprètes, autant de sentiments, d'opinions que de têtes, pour ce qui regarde la doctrine de l'Église.

971. Quatrièmement: elle n'a pas non plus la sainteté : en détruisant le principe d'unité, la Réforme, qui donne à chaque particulier le droit d'interpréter l'Écriture d'après sa propre raison, détruit par là même la base de la inorale évangélique. « Le protestantisme ne « peut établir de morale certaine, parce que la raison de chaque in«dividu en est l'unique juge; point de morale commune, parce qu'elle doit être aussi diverse que les opinions de chaque homme point de morale fixe, puisqu'elle doit suivre toutes les varia <«<tions des opinions individuelles; point de morale obligatoire << pour tous, puisque la raison de chaque homme étant indépendante de la raison de tout autre sur la morale comme sur les dogmes, nul ne peut obliger autrui à recevoir la morale qu'il adopte « pour lui, pas plus qu'il ne peut lui faire une obligation d'admettre les dogmes, les opinions qu'il admet lui-même. Ainsi, qu'un homme soutienne, par exemple, que les bonnes œuvres sont inu⚫ tiles au salut, et que l'homme, une fois justifié devant Dieu, est « sûr d'être sauvé, quelques crimes qu'il commette ensuite, un

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protestant, malgré l'horreur que doit lui inspirer une semblable « doctrine, qui détruit la morale par sa base, ne saurait condamner « celui qui la professe, puisque celui-ci, en adoptant cette doctrine, « ne fait qu'user du droit de l'interprétation particulière reconnue « par les protestants (1). » De fait, ces maximes ont été formellement soutenues, la première par Luther, et la seconde par Calvin; et ils prétendaient, l'un et l'autre, les lire très-clairement dans la Bible. « Il n'est aucun point de la morale chrétienne dont le protestantisme puisse affirmer qu'il est nécessaire de le croire, ou d'y << soumettre sa raison, et de même que son symbole peut se ré« duire à ce seul article, Je crois tout ce qui me paraît vrai, son «< code de morale peut se réduire à celui-ci : Je dois pratiquer tout « ce qui me paraît bon; formule de morale dont tout homme, quelles « que fussent ses passions, pourrait se contenter, comme il se con<< tenterait, quelles que fussent ses erreurs, de la formule de foi qui y correspond (2). » De plus, les deux chefs de la Réforme, en niant le libre arbitre, rendent l'homme incapable de faire aucun acte méritoire, et justifient tous les crimes. D'après cela, qui oserait soutenir que la Réforme est sainte dans ses principes et ses institutions? Quelle garantie de sainteté nous offre-t-elle, en laissant chaque individu l'arbitre de ses devoirs envers Dieu et envers ses semblables? Il y a sans doute des protestants qui pratiquent les vertus évangéliques; mais ils ne sont pas en droit de se plaindre de ceux qui, conséquents avec eux-mêmes, ne croient point ces vertus comme nécessaires au salut, et n'en tiennent aucun compte, ne pratiquant que les vertus purement naturelles ou philosophiques, civiles ou philanthropiques.

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972. Aussi, de l'aveu des protestants, on ne trouve point dans le protestantisme ces fidèles de l'un et de l'autre sexe qui se consacrent à Dieu d'une manière plus particulière, afin de se destiner a l'instruction des ignorants et au soulagement des malheureux, avec un dévouement que la piété seule peut inspirer; « ce qui n'est point, dit Leibnitz, une des moindres prérogatives de « cette Eglise, qui seule a retenu le nom et le caractère de catholique, et qui seule offre et propage les exemples éminents de toutes les excellentes vertus de la vie ascétique. En vérité, « j'avoue que j'ai toujours singulierement approuvé les ordres religieux, les pieuses associations, et toutes les institutions loua«bles en ce genre, qui sont une sorte de milice céleste sur la terre,

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(1) Lettre de M. Laval, ci-devant ministre protestant.

(2) Ibidem.

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« pourvu que, éloignant les abus et la corruption, on les dirige « selon les règles de leurs fondateurs, et que le souverain pontife « les applique aux besoins de l'Église universelle. Que peut-il en << effet y avoir de plus excellent que de porter la lumière de la vérité aux nations éloignées, à travers les mers, les feux et les glaives; de n'ètre occupé que du salut des âmes; de s'interdire « tous les plaisirs, et jusqu'aux douceurs de la conversation et de « la société, pour vaquer à la contemplation des vérités surnatu«relles et aux méditations divines; de se dévouer à l'éducation de « la jeunesse, pour lui donner le goût de la science et de la vertu; « d'aller porter des secours aux malheureux, à des hommes perdus « et désespérés, aux prisonniers, à ceux qui sont condamnés, aux malades, à tous ceux qui sont dénués de tout, ou dans les fers, « ou dans des régions lointaines, et, dans ces services de la charité « la plus étendue, de n'ètre pas même effraye par la crainte de la peste? Quiconque ignore ou méprise ces choses n'a de la vertu qu'une idée rétrécie et vulgaire, et croit soltement avoir rempli « les obligations envers Dieu lorsqu'il s'est acquitté a l'extérieur « de quelques pratiques usitées, avec cette froide habitude qui or« dinairement n'est accompagnée d'aucun zèle, d'aucun senti<< ment (1). »

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973. Nulle part, dans le protestantisme, on ne voit cette foi calme. forte, héroïque, qui résiste à tout, qui fait les martyrs. Non, le protestantisme n'a point la sainteté de l'Église de Jésus-Christ; il ne peut pas même avoir, d'après ses principes, les vertus évangéliques, puisqu'il laisse chaque particulier libre d'interpréter l'Évangile à son gré pour ce qui a rapport aux mœurs comme pour ce qui regarde la foi, sans laquelle la morale, manquant de base et de sanction, n'a plus d'autre mobile que l'amour-propre ou l'égoïsme. Donc le protestantisme n'est point la véritable Eglise.

974. Cinquièmement le protestantisme ne forme point une société catholique: chacune de ses sectes, prise à part, est à peine connue dans un coin du globe, et aucune d'elles ne peut se développer sans se diviser encore, en se fractionnant par de nouvelles sectes. Les protestants ont été forcés de le reconnaitre : loin d'aspirer à la catholicité, ou de présenter la Réforme comme une Eglise universelle, soit dans le lutheranisme, soit dans le calvinisme, soit dans l'anglicanisme, ils ne l'ont donnée, avec toutes ses sectes, que comme une portion de l'Église catholique, qu'ils font consister

(1) Système théologique de Leibnitz.

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