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SI. De l'infaillibilité de l'Église, selon l'Écriture sainte.

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983. Si quelqu'un, dit Jésus-Christ, n'écoute pas l'Église, qu'il soit pour vous comme un païen et un publicain (1). » Remarquez que Notre-Seigneur ne dit point: Si quelqu'un n'écoute pas telle ou telle Église particulière, telle ou telle société qui prend le nom d'Église ; il ne suppose point plusieurs Églises opposées les unes aux autres, entre lesquelles on soit libre de choisir à son gré. Il ne suppose qu'une seule Église, parce qu'il n'a fondé qu'une seule Église, l'Église unique et universelle, qui doit parler à toutes les nations, et faire entendre sa voix d'un bout de l'univers à l'autre. De plus, Notre-Seigneur parle pour tous les temps comme pour tous les peuples. Il prend donc l'engagement d'être toujours avec son Église, afin de l'empêcher de tomber jamais dans l'erreur. Autrement, il n'aurait pu dire absolument et sans restriction : « Si quelqu'un n'écoute pas l'Église, qu'il soit pour vous comme un païen et un publicain: Si Ecclesiam non audierit, sit tibi sicut « ethnicus et publicanus. » Il n'eût pas manqué de dire tout au contraire « Si quelqu'un écoute l'Église lorsqu'elle enseignera l'erreur, qu'il soit pour vous comme un païen et un publicain. 984. « Jésus-Christ, s'adressant à Pierre: Et moi je te dis que « tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église; et les « portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle (2). Par les portes de l'enfer on entend, suivant le langage de l'Écriture, les puissances infernales. Or, quel sens pourrait-on donner à cette promesse, si elle ne devait pas garantir l'Église de toute erreur ? Si l'Église entière était tombée dans l'erreur, dans l'idolâtrie, par exemple, comme les protestants le lui reprochent injustement, les puissances de l'enfer n'auraient-elles pas, dès ce moment, prévalu contre elle? Il n'y a pas de milieu: ou il faut faire mentir celui qui est la vérité même, ou il faut reconnaître que l'erreur ne prévaudra jamais contre l'Église.

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985. Le Sauveur dit à ses apôtres : « Toute puissance m'a été « donnée dans le ciel et sur la terre: allez donc, enseignez toutes « les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du « Saint-Esprit, et leur apprenant à observer toutes les choses que je vous ai commandées; et voilà que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles (3). » Jésus-Christ sera

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(1) Saint Matthieu, c. xvi, v. 17. dem, c. XXVIII, v. 19 et 20.

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(2) Ibidem, c. XVI, v. 18. — (3) Ibi.

donc avec ses apôtres lorsqu'ils enseigneront et qu'ils baptiseront; son assistance se rapporte évidemment à la mission qu'il vient de leur donner: Allez, enseignez, baptisez; et voilà que je suis avec vous. Il sera avec eux, non pas un jour, mais tous les jours; non pas pour un temps, mais jusqu'à la consommation des siècles; il sera, par conséquent, toujours avec eux dans la personne de leurs successeurs, afin de les assister dans l'enseignement de sa doctrine, dans l'administration de ses sacrements, dans le gouvernement de son Église.

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986. « Ce mot, Je suis avec vous, tient lieu de tout; et il n'y « a secours ni puissance qu'il ne contienne. Quand je marcherais, « disait David, au milieu de l'ombre de la mort, je ne craindrais « aucun mal, parce que vous êtes avec moi (1). Cent passages de « cette sorte, dans toutes les pages de l'Écriture, nous marquent « cette expression comme la plus claire pour exclure tout sujet de « crainte. Quand vous passerez par les eaux, JE SERAI AVEC vous, « et les fleuves ne vous couvriront pas; vous marcherez au milieu « des feux ardents, sans que leur ardeur vous blesse (2). Nul complot, nul accablement, nulle persécution ne pourra vous nuire : « défiez hardiment tous vos ennemis; dites-leur avec le prophète : « Tenez conseil, et il sera dissipé; parlez ensemble pour conspi«-rer notre perle, et il n'en sera rien, parce que le Seigneur est « AVEC NOUS (3). Mais qu'est-ce encore, avec vous, dans la pro«< messe de Jésus-Christ? avec vous, enseignants et baptisants. « Ceux qui veulent être enseignés de Dieu (4) n'auront qu'à vous croire, comme ceux qui voudront être baptisés n'auront qu'à « s'adresser à vous. Mais peut-être que cette promesse, Je suis a avec vous, souffrira de l'interruption? Non : Jésus-Christ n'ou« blie rien : Je suis avec vous tous les jours. Quelle discontinuation « y a-t-il à craindre avec des paroles si claires? Enfin, de peur qu'on ne croie qu'un secours si présent et si efficace ne soit pro« mis que pour un temps: Je suis, dit-il, avec vous tous les jours jusqu'à la fin des siècles. Ce n'est pas seulement avec ceux à qui « je parlais alors que je dois être, c'est-à-dire, avec mes apôtres ; « le cours de leur vie est borné, mais aussi ma promesse va plus loin, et je les vois dans leurs successeurs. C'est dans leurs suc«cesseurs que je leur ai dit: Je suis avec vous des enfants nai« tront au lieu des pères, pro patribus nati sunt filii. Ils laisse

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(1) Psaume XXII, v. 4. (2) Isaïe, c. XLIII, v. 2. (3) Ibidem, c. VIII, v. 10. — (4) Saint Jean, c. vi, v. 45.

◄ront après eux des héritiers; ils ne cesseront de se substituer des ◄ successeurs les uns aux autres, et cette race ne finira jamais (1). » Voilà donc les apôtres et leurs successeurs assistés de Jésus-Christ, sans interruption, depuis le moment où il leur a fait sa promesse, jusqu'à la fin du monde. Or, cette assistance divine, spéciale, surnaturelle, doit nécessairement avoir pour effet l'infaillibilité de leur enseignement : non toutefois qu'en vertu de la promesse, Je suis avec vous, chaque évêque ou chaque Église particulière soit infaillible; cette promesse ne s'adresse qu'au collége apostolique, qu'au corps des évêques.

987. Notre-Seigneur dit aux soixante-douze disciples qu'il avait associés aux apôtres : « Celui qui vous écoute, m'écoute; celui qui « vous méprise, me méprise; et celui qui me méprise, méprise celui « qui m'a envoyé (2). » C'est donc Jésus-Christ qui parle dans les apôtres et les disciples ou simples prêtres qui sont en communion avec les apôtres, expliquant aux peuples l'enseignement des apôtres et des évèques, successeurs des apôtres.

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988. Suivant saint Paul, « Dieu lui-même a donné à son Église << quelques-uns pour être apôtres, d'autres pour être prophètes, d'autres pour être évangélistes, d'autres pour être pasteurs et « docteurs, afin qu'ils travaillent à la perfection des saints, qu'ils · s'appliquent aux fonctions de leur ministère, et qu'ils édifient le corps (mystique) de Jésus-Christ; jusqu'à ce que nous parvenions « tous à l'unité d'une même foi et d'une même connaissance du « Fils de Dieu...., afin que nous ne soyons point comme des en«fants flottants et emportés çà et là à tout vent de doctrine par la tromperie des hommes, et l'astuce dont ils se servent pour nous circonvenir et nous engager dans l'erreur (3). » On voit, par ce passage, qu'outre les prophètes et les évangélistes, dont la mission était passagère, les apótres, les pasteurs et les docteurs sont établis de Dieu comme moyen de maintenir l'unité, et de nous prémunir contre l'erreur; non pour un temps, mais indéfiniment, pour toujours. Or, comment les pasteurs et les docteurs, c'est-à-dire, les évêques successeurs des apôtres, pourraient-ils maintenir l'unité, nous affermir dans la foi et nous garantir de toute erreur, s'ils n'avaient reçu de Dieu même le don de l'infaillibilité? Aussi le même apôtre reconnaît expressément cette prérogative dans l'E

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(1) 1'e instruction pastorale sur les promesses de l'Église, no v et vi. — (2) Saint Luc, c. x, v. 16. — (3) Lettre aux Ephésiens, c. iv, v. 11. Voyez la ⚫ page 534, note 2.

glise, qu'il appelle la colonne et le soutien de la vérité, columna et firmamentum veritatis (1).

989. Les protestants, il est vrai, n'entendent pas comme nous les passages que nous venons de citer; ils ne pensent pas qu'on puisse en rien conclure en faveur du corps enseignant de l'Église, ou d'un tribunal suprême qui prononce en dernier ressort sur les controverses qui s'élèvent sur le sens des Écritur s et l'existence des traditions apostoliques. Mais, tandis que nous avons pour nous l'interprétation générale de tous les temps, la croyance universelle et constante de l'Église catholique, l'existence même d'un tribunal suprême qui juge sans appel, c'est-à-dire, un fait public, notoire, permanent, et aussi ancien que le christianisme; les protestants ne peuvent alléguer pour eux que l'interprétation privée, le sens ou l'esprit particulier, avec la distinction des articles fondamentaux et non fondamentaux ; ils n'ont, en dernière analyse, que la raison individuelle, qui ne tend à rien moins qu'à détruire l'économie de la révélation chrétienne.

990. Et qu'on ne dise pas que nous prouvons l'autorité de l'Église en matière de religion par l'autorité de l'Écriture, et l'autorité de l'Écriture par l'autorité de l'Église; ou que notre argumentation ne repose que sur un cercle vicieux. Car, premièrement, les catholiques prouvent d'abord l'origine et l'autorité des livres saints par la tradition générale et la croyance non interrompue des Églises chrétiennes, dont le témoignage, sur ce point, ne peut pas plus être révoqué en doute que le témoignage de toute autre société, pour ce qui regarde l'authenticité des titres de sa constitution. Secondement, l'autorité de ces livres une fois constatée, ils établissent la nécessité d'un tribunal suprême pour en fixer l'interprétation, soit par l'impossibilité d'en connaitre autrement le véritable sens, soit par l'existence même de ce tribunal qui remonte jusqu'aux apôtres, soit par la jurisprudence invariable de ce même tribunal, qui s'est constamment attribué le droit de terminer les controverses concernant la religion, soit enfin par la tradition, dont nous avons pour témoins les Pères et les docteurs de tous les temps. Si nous invoquons l'Écriture, c'est moins pour établir directement l'autorité infaillible de l'Église, que pour montrer que le texte sacré, pris à la lettre, s'accorde parfaitement avec la tradition, l'histoire et la constitution native d'une société dépositaire de la doctrine de Jésus-Christ, ou pour confondre nos ad

(1) Ire épître à Timothée, c in, v. 15.

versaires, en les forçant d'en adopter le sens catholique et traditionnel sur l'infaillibilité de l'Église, sous peine d'admettre que le Sauveur du monde ne l'a établie que pour introduire la division parmi les hommes, en faire le jouet des opinions humaines, et la livrer à tout vent de doctrine, aux caprices, à l'anarchie, à la déprédation de l'esprit humain.

991. Qu'on ne dise pas non plus que l'Église, en se regardant comme juge suprême et infaillible des controverses, se met audessus de l'Écriture, ou qu'elle attribue à sa parole une plus grande autorité qu'à la parole divine: elle ne se met pas plus au-dessus de l'Écriture, en l'interprétant, que les tribunaux et les magistrats, dans l'ordre civil, ne se mettent au-dessus de la loi qu'ils interprètent d'office, et dont ils font l'application dans leurs arrêts. D'ailleurs, qu'on y fasse attention, le protestant ne peut nous faire sérieusement cette difficulté, si toutefois c'en est une, sans qu'il l'ait à résoudre lui-même; puisque, en refusant à l'Église entière ou au corps enseignant de toute l'Église le droit d'interpréter l'Écriture et de donner son interprétation comme règle de foi, comme conforme à la parole de Dieu, il s'arroge à lui-même individuellement le droit de l'interpréter, et de tenir à son interprétation individuelle, comme à la parole divine. De deux choses l'une ou il regarde son interprétation comme infaillible, ou il ne la regarde pas comme telle; dans le premier cas, il ne peut nous reprocher d'accorder à l'Église une plus grande autorité qu'à la parole divine, vu que nous n'attribuons à l'Église que ce qu'il attribue à chaque particulier, que ce qu'il s'attribue à lui-même. Si, au contraire, il ne se croit pas infaillible dans l'interprétation du texte sacré, il ne peut plus avoir la foi, il est obligé de douter de toutes les vérités chrétiennes, même de la divinité du christianisme.

992. Mais est-il bien vrai qu'il soit impossible de connaître la doctrine de Jésus-Christ autrement que par la voie d'autorité? Est-il bien vrai qu'il y ait toujours eu dans l'Église un tribunal suprême, et prononçant en dernier ressort sur les controverses? Nous sommes dispensés de répondre à la première question; car nous avons démontré qu'on ne peut rejeter l'autorité de l'Église enseignante, sans tomber dans l'indifférence en matière de religion (1). Nous avons également prévenu la seconde question (2), en montrant que depuis les apôtres jusqu'à nous l'Église s'est constamment prononcée contre les erreurs et les hérésies qui se sont

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