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fidèles. C'est à l'Église, c'est à son chef et aux évêques, à connaître des moyens les plus propres à défendre le royaume de Dieu, à conserver intact le dépôt sacré qui leur a été confié par Jésus-Christ. Aussi, de tout temps, même du temps des apôtres, les pasteurs de l'Église ont tenu des conciles statuant sur le dogme, la morale et la discipline: malgré la difficulté qu'avaient les évêques de se réunir dans les trois premiers siècles, on compte plus de soixante conciles, depuis le commencement de la prédication de l'Évangile jusqu'au concile de Nicée de l'an 325. D'ailleurs, l'Église est une société, société légitime sans doute, puisqu'elle est établie de Dieu; or, pourquoi cette société n'aurait-elle pas ce qui convient à toutes les sociétés humaines, le droit de réunir ses représentants? Est-ce que sa constitution serait moins parfaite, moins complète, par cela même qu'elle est divine? Non; on ne peut contester à l'Église le droit de s'assembler en concile. Quoi! les hérétiques, les schismatiques, les ennemis de la religion, pourraient avoir des réunions ou tenir des clubs en faveur de l'erreur, et les évêques ne pourraient avoir leurs conciles! Nou-seulement l'Ég ise a ce droit, mais elle peut même prescrire aux évêques de se réunir de temps en temps, comme nous le verrons dans l'article suivant.

ARTICLE II.

De la nécessité des conciles.

1013. Les conciles généraux ne sont point nécessaires : réunis ou non, les évêques, le pape principalement, forment un tribunal permanent, tribunal suprême et infaillible, qui suffit pour terminer toutes les controverses en inatière de religion. Si la tenue des conciles œcuméniques était nécessaire à l'Église, elle l'eût été surtout dans les trois premiers siècles, soit comme moyen, pour I'Église, de développer son organisation native; soit à raison du besoin de fixer la liturgie et la discipline générale parmi le clergé et les fidèles dispersés dans l'univers; soit pour confondre les anciens hérétiques, qui, sous mille formes différentes, s'efforçaient de concilier les dogmes chrétiens avec les erreurs de la philosophie grecque, ou avec les rêves du paganisme. Or, cependant, elle a fait toutes ces choses, elle a surmonté tous les obstacles, sans le secours d'aucun concile général; donc, il est vrai de dire que les conciles généraux ne sont point nécessaires à l'Église.

1014. Néanmoins, quoique l'autorité de l'Église dispersée soit

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la même que celle d'un concile général, quoique ce concile ne soit point nécessaire pour étouffer l'hérésie ou en arrêter les progrès, on convient qu'un concile œcuménique est utile. En effet, une assemblée composée d'évêques de toute la chrétienté, lors même qu'elle ne réunit pas tous les évêques, montre plus promptement, et d'une manière plus sensible ou plus solennelle, quelle est la croyance de toutes les Églises, de l'Église universelle. Il peut même arriver qu'un concile œcuménique soit si utile, qu'on puisse dire alors qu'il est moralement nécessaire: tel serait, à Dieu ne plaise, le cas d'un schisme qui diviserait l'Église à l'occasion de plusieurs prétendants à la papauté, si l'élection, de part et d'autre, était généralement regardée comme douteuse, et qu'aucun des prétendants ne voulût se démettre en faveur de l'autre.

1015. Les conciles particuliers ne sont point non plus nécessaires; mais ils sont plus ou moins utiles, suivant les circonstances. C'est pourquoi l'Église impose aux évêques l'obligation de se réunir de temps en temps. Nous pourrions, en effet, citer les conciles généraux de Nicée, de 325 et 787; de Constantinople, de l'an 381; de Chalcédoine, de l'an 451; de Latran, de l'an 1215; et le concile de Trente, qui veut que les conciles provinciaux se tiennent tous les trois ans (1). Nous trouvons le même règlement dans les conciles de Reims, de l'an 1583; de Bordeaux, de 1583 et 1624; de Bourges, de l'an 1584; et de Narbonne, de 1609.

1016. Pourquoi donc, nous demandera-t-on, l'usage des conciles provinciaux est-il tombé parmi nous? Pourquoi les évêques de France ne se rassemblent-ils plus aujourd'hui comme autrefois? Est-ce négligence, ou défaut de zèle de la part de l'épiscopat? Non : si les évêques ne se réunissent plus, malgré les besoins de leurs diocèses, c'est que la législation française ne le souffre pas; il n'est pas même permis à un évêque, suivant un ancien ministre des cultes (2), de signer une lettre qui aurait été rédigée par son métropolitain. Mais alors pourquoi cette opposition? Pourquoi la loi qui accorde, parmi nous, une égale protection à tous les cultes reconnus, ne protége-t-elle pas le culte catholique à l'égal des autres cultes? Est-ce comme protecteur des canons que le gouvernement s'oppose à ce que les évêques observent les règlements canoniques qui les concernent? Singulière protection pour l'Église, que celle

(1) Session XXIV, De reformalione, c. 11. — (2) Correspondance de M. Martin (du Nord) avec les archevêques de Paris, de Keims, etc., concernant les réclamations des évêques en faveur de la liberté d'enseignement.

qui refuse aux évêques l'exercice d'un droit et l'accomplissement d'un devoir! A ce prix, l'empereur Licinius, qui persécutait le christianisme, eût mieux mérité de la religion que l'empereur Constantin : celui-ci favorisait la tenue des conciles, tandis que le premier les interdisait, défendant même aux évêques de se concerter sur quoi que ce fût : Præcepit ne episcopi uspiam inter se de ulla re conferrent (1). Dira-t-on qu'on peut abuser des conciles? Mais, à défaut de preuve, le parjure des évêques envers le gouvernement ne se présume point; l'équité ne le veut pas : Nemo præsumitur malus, nisi probetur. On peut abuser des conciles! Soit. Mais si la crainte seule, feinte ou réelle ; si la possibilité des abus suffit pour légitimer la suppression des conciles, il faudra donc supprimer l'épiscopat, supprimer le ministère évangélique, puisqu'un évêque, un ministre de la religion peut, sans être dans un concile, abuser de son caractère et de ses fonctions. On peut abuser des conciles! Mais de quoi n'abuse-t-on pas? On abuse de la liberté de la presse, on abuse des élections; on peut même, de l'aveu de tous, abuser d'une constitution fondamentale. Eh bien! abolirez-vous la liberté de la presse? abolirez-vous les élections? abolirez-vous la constitution? Non, répondrez-vous. On est donc forcé de convenir que l'abus, et encore moins la possibilité d'un abus, n'est point une raison de supprimer ou de suspendre une institution utile, de quelque genre qu'elle soit.

ARTICLE III

Des conditions requises pour la célébration des conciles.

1017. Parmi les conditions nécessaires pour la tenue des conciles, les unes regardent les conciles œcuméniques, les autres les conciles particuliers. Pour qu'un concile soit œcuménique, il faut que tous les évêques catholiques y soient convoqués; qu'un certain nombre parmi les évêques des Eglises principales y assistent, et que tout s'y passe avec la liberté nécessaire à toute assemblée délibérante.

Premièrement, il faut, moralement parlant, que tous les évèques du monde soient convoqués. Aucun ne doit être exclu, s'il n'est hérétique ou schismatique : autrement le concile ne serait point œcuménique dans sa convocation, puisqu'on ne l'appelle ainsi

(1) Eusèbe, Vie de Constantin, liv. 1, c. 11.

que parce qu'il représente l'Église universelle. Or, c'est au pape à faire cette convocation, soit par lui-même, soit par ceux qu'il en a chargés ou qu'il en a priés par déférence. Le droit de convoquer un concile général ne peut convenir qu'au souverain pontife; il est le seul dans le monde qui, en sa qualité de chef de l'Église, ait autorité sur tous les évêques. En vain nous objecterait-on que les premiers conciles œcuméniques ont été convoqués par les empereurs, car cela ne s'est fait qu'avec le concours du pape. Ainsi, par exemple, comme le disent les Pères du sixième concile général, c'est saint Sylvestre qui a réuni, de concert avec l'empereur Constantin, les évêques de la chrétienté pour le premier concile de Nicée Constantinus semper Augustus et Sylvester laudabilis magnam atque insignem Nicænam synodum congregabant (1). Ni les rois, ni les empereurs, quelle que soit l'étendue de leur puissance et de leur empire, ne peuvent qu'en vertu d'un pouvoir d'emprunt prendre l'initiative, par voie d'autorité, sur les questions qui intéressent la religion. Il est sans doute bien digne des princes chrétiens, c'est même un devoir pour eux, de seconder l'Église, autant que les temps et les circonstances le permettent. Ils doivent du moins, en tout cas, lui assurer la liberté dont elle a besoin pour remplir sa mission. Mais ce ne serait point la protéger, ce serait au contraire vouloir l'asservir, que de lui dicter des lois en ce qui tient à la religion, que d'ordonner des conciles qu'elle ne croirait point utiles à la cause de la foi catholique.

1018. Secondement, pour la célébration du concile général, il n'est pas nécessaire qu'il soit composé de tous les évêques, ni même du plus grand nombre d'entre eux : pour représenter l'Église universelle, il suffit que quelques évêques des principales Églises y assistent, les absents étant censés adhérer d'avance à ce qui sera décidé sur les questions qui sont l'objet de la convocation du concile. Ainsi, un concile œcuménique peut être moins nombreux que certains conciles particuliers. Au reste, s'il y avait du doute sur l'œcuménicité d'un concile, soit à raison du trop petit nombre des assistants, soit pour toute autre cause, toutes les difficultés disparaîtraient par la confirmation du pape, et l'acceptation des évêques qui n'y auraient pas assisté. Ce n'est qu'en vertu d'une approbation générale, que les conciles de Constantinople de 381 et 553 ont été mis au rang des conciles œcuméniques.

(1) Labbe, Concil., tom. vi, col. 1049. Voyez l'ouvrage intitulé De l'autorité des deux puissances, etc.

1019. Quant à la présidence, elle ne peut non plus appartenir qu'au pape, qui préside en personne ou par ses légats. C'est à Pierre seul et à ses successeurs que Jésus-Christ a ordonné de paitre les agneaux et les brebis, c'est-à-dire, les fidèles et les évêques. Cependant, dans le cas où l'élection de plusieurs prétendants à la papauté serait vraiment douteuse, les Pères du concile se choisiraient un président. Mais le schisme, pour l'extinction duquel ils seraient réunis, ayant pris fin, les décisions dogmatiques qu'ils auraient arrêtées devraient être confirmées par celui qui serait généralement reconnu pour pape légitime. Ce n'est qu'en vertu de cette confirmation qu'elles acquerraient l'autorité d'un concile œcuménique.

1020. Troisièmement, il est nécessaire, pour l'œcuménicité d'un concile, que toutes les délibérations soient libres. Une assemblée où tout se fait sous l'impression de la crainte, où les suffrages sont arrachés par la violence ou les menaces, ne peut plus être regardée comme une assemblée délibérante: en cessant d'être libre, un concile a cessé d'exister, ou il n'existe plus que de nom. Mais quelques mauvais traitements que l'on se permette, soit envers les évêques que l'on tient sous les verrous, soit envers les autres prélats qui ne sont point venus au concile, on ne parviendra jamais à faire prévariquer le pape et le plus grand nombre des évêques. Jésus-Christ l'a dit, et ses paroles ne passeront point : Les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre l'Église, et portæ inferi non prævalebunt adversus eam (1).

1021. Les opérations du concile étant terminées, les décrets en sont confirmés par le souverain pontife. Il n'est aucun concile reconnu pour général, dont les décisions n'aient reçu la sanction du siége apostolique. Mais cette confirmation est-elle nécessaire pour l'infaillibilité du concile? Nous distinguons ou le pape a présidé le concile par ses légats, ou il l'a présidé en personne. Dans le premier cas, le concile ne devient infaillible que par la confirmation du pape, soit parce que les légats, quel que soit leur caractère, n'ont pas la même autorité que celui qu'ils représentent en ce qui regarde les définitions dogmatiques; soit parce qu'ils ont pu s'écarter des instructions qu'ils ont reçues du vicaire de JésusChrist. Dans le second cas, la confirmation n'ajoute rien à l'autorité du concile, puisque les décisions ont été arrêtées par le pape conjointement avec les évêques; elle n'a pas d'autre objet

(1) Saint Matthien, c. xvi, v. 18.

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