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de l'an 787 Les légats d'Adrien I", ayant fait lire les deux lettres que ce pape avait écrites, l'une à l'empereur et l'autre à Taraise, patriarche de Constantinople, demandèrent au concile ce qu'il en pensait. Les Pères répondirent : « Nous les recevons, « nous les admettons, et nous les suivons (1). Tout le sacré concile « croit ainsi, pense ainsi, enseigne ainsi (2). » Or nous lisons dans la première de ces lettres : « Le bienheureux Pierre, prince des apôtres, qui s'est assis le premier sur le saint-siége, a laissé à ses « successeurs, qui ne manqueront jamais de remplir le même siége, « la principauté de son apostolat et sa qualité de pasteur, avec la « même autorité et la même puissance qu'il a reçue de JésusChrist (3). Le Sauveur a dit: Les portes de l'enfer ne prévaudront point contre l'Eglise romaine; et encore: Tu es Pierre, « et sur cette pierre je bátirai mon Église; et je te donnerai les - clefs du royaume des cieux, etc. Le siége de cet apôtre, qui

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« exerce la primauté dans tout l'univers, est la tête de toutes les Églises de Dieu. Aussi, le bienheureux Pierre, qui gouverne l'Église par le précepte du Seigneur, a-t-il retenu et retient-il tou<< jours la principauté..... Nous avons été fort surpris que, dans « votre lettre, on donne à Taraise le titre de patriarche universel. Nous ignorons si c'est par impéritie, par schisme ou par hérésie, que cette parole a été écrite. Toujours est-il que nous supplions « votre majesté de ne plus s'en servir; car cela est contraire aux << saints canons et aux décrets des saints Pères. Le siége de Constantinople n'aurait pas même le second rang, sans l'autorité de << notre sainte Église catholique et apostolique ; ce que chacun sait. Que si Taraise se dit universel, comme s'il était au-dessus de la « sainte Église romaine, qui est le chef de toutes les Eglises, il se << montre certainement et manifestement hérétique et rebelle aux « saints conciles. Car le Rédempteur du monde a donné à saint « Pierre la principauté et la puissance dans tout l'univers; et par «< cet apôtre, dont nous remplissons la place, quoique sans l'avoir méritée, la sainte Église romaine catholique et apostolique, jusqu'à présent et à jamais, tient la principauté et l'autorité de la puissance; en sorte que si quelqu'un nomme Taraise évèque universel, qu'il sache qu'il est étranger à la foi orthodoxe, et « rebelle à notre sainte Église catholique et apostolique (4). On remarquera que le pape Adrien, en refusant au patriarche de

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(1) Voyez Labbe, tom. vii, col. 130. — (2) Ibidem, col. 127. Labbe, ibidem, col. 102.

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(3) Voyez

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Constantinople le titre d'universel, se l'attribue à lui-même indirectement, en donnant le nom de catholique ou universel à l'Église romaine, qui est, comme il le dit lui-même, la tête de toutes les Églises de Dieu, caput omnium Dei Ecclesiarum.

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1154. La seconde lettre de ce pape, qui est adressée à Taraise, renferme la même doctrine : « Le siége de Pierre brille par la principauté qu'il a sur tout l'univers, et il est établi chef de « toutes les Églises. En vertu de l'ordre de Notre-Seigneur, le « même bienheureux Pierre, paissant l'Église, n'a jamais rien laissé << se dissoudre; mais il a toujours conservé et conserve encore la ⚫ principauté. Si donc vous désirez être uni à Pierre, si vous voulez sincèrement conserver intacte la forme sainte et orthodoxe << de notre siége apostolique, qui est la tête de toutes les Églises de « Dieu, en preuve de votre orthodoxie et de votre fidélité au « service du Seigneur, commencez par offrir à Dieu ce sacrifice; « obtenez de l'empereur que les saintes images soient rétablies << dans les temples, conformément à la tradition de l'Église ro« maine (1). » On reconnaissait donc à Nicée comme à Rome, en Orient comme en Occident, la suprématie du pape sur toute l'Église.

1155. Le huitième concile général, qui se tint à Constantinople en 869, à l'occasion du schisme de Photius, proclame également la principauté du siége apostolique. Les légats du pape Adrien II arrivèrent au concile avec une profession de foi, qu'on devait exiger de Photius et de ses adhérents. Cette profession est le formulaire même d'Hormisdas. Or, ayant donné lecture de ce formulaire au concile, les légats firent cette question : « Le formu<< laire canonique, plein de foi et de sagesse, qui vient d'être lu, plaît-il à tous? Tous les Pères répondirent: Le formulaire qui «< vient de nous être exposé par l'Église romaine est juste et convenable; c'est pourquoi il plaît à tous, omnibus plucet (2). Voilà donc le huitième concile œcuménique qui approuve le formulaire d'Hormisdas, où la suprématie du saint-siége est si clairement exprimée (3). Nous lisons, dans les décrets du même concile, que si, dans un concile universel, il s'élève un doute ou une question « touchant la sainte Église romaine, il faudra (dans le grec, on « pourra) en demander les éclaircissements avec beaucoup de « respect, sans jamais avoir l'audace de prononcer une sentence

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(1) Voyez Labbe, ibidem, col. 126. (2) Labbe, tom. VIII, col. 988. (3) Voyez ce formulaire, ci-dessus, n° 1150.

« contre les souverains pontifes de l'ancienne Rome: Non tamen « audacter sententiam dicere contra summos senioris Romæ " pontifices (1). »

1156. Le troisième concile œcuménique de Latran, de l'an 1179, s'occupant des lois à suivre pour l'élection des papes, fait des règlements plus sévères que pour tout autre siége. La raison qu'il en donne, c'est que, lorsqu'il s'agit de l'Église de Rome, il faut quelque chose de particulier, parce qu'il n'est point de supérieur auquel on puisse avoir recours : In romana Ecclesia aliquid speciale constituilur; quia non potest recursus ad superiorem haberi (2).

1157. Un autre concile, également œcuménique, de Latran, qui eut lieu en 1215, nous a laissé le décret suivant : « En renouvelant «< les anciens priviléges des Églises patriarcales, avec l'approba«<tion du saint concile universel, nous statuons qu'après l'Église « romaine, qui, en sa qualité de mère et de maîtresse de tous les fidèles, a, par la disposition de Jésus-Christ même, la principauté de la puissance ordinaire sur toutes les autres Eglises, ⚫ celle de Constantinople aura le premier rang, celle d'Alexandrie « aura le second, celle d'Antioche le troisième, chacune conser« vant la dignité qui lui est propre. Les patriarches de ces Églises « recevront du pontife romain le pallium, qui est l'insigne de la « plénitude de la dignité pontificale, après lui avoir prêté le ser<< ment de fidélité et d'obéissance; et ils pourront eux-mêmes don« ner le pallium à leurs suffragants, en recevant pour eux la profession canonique, et pour l'Eglise romaine la promesse d'o«béissance.... Dans toutes les provinces de leur juridiction, « les appellations seront portées devant eux, sauf les appels au « siége apostolique, auquel il faut que tous défèrent avec hu« milité (3). »

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1158. Au second concile général de Lyon, de l'an 1274, les évêques grecs et l'empereur Michel Paléologue se trouvent d'accord avec les Latins, et professent hautement la primauté et la suprématie de l'Église romaine. On lut à ce concile la lettre de l'empereur à Grégoire X, dans laquelle on donne à l'évêque de Rome les titres de premier et de souverain pontife, de pape œcuménique, et de père commun de tous les chrétiens. Voici d'ailleurs la profession de foi que contient cette lettre : « La sainte Eglise

(1) Labbe, tom. vii, col. 1140.. tom. xi, col. 153.

(2) Labbe, tom. x, col. 1507. — (3) Labbe,

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. romaine a la primauté suprême et pleine, et la principauté sur l'Eglise universelle. Ainsi qu'il le reconnaît lui-même avec « vérité et humilité, cette Église a reçu sa principauté avec la plé«nitude de puissance de Jésus-Christ même, dans la personne du . bienheureux Pierre, prince ou chef des apôtres, auquel le pon« tife romain a succédé. Comme ce pontife est tenu plus que tout « autre de défendre la vérité de la foi, c'est par son autorité que « doivent être définies les questions qui s'élèvent touchant la foi. Quiconque ayant à se plaindre de quelques injustices en matière « ecclésiastique peut en appeler à son tribunal, et recourir à « son jugement. Toutes les Églises lui sont soumises, et les évê« ques lui doivent respect et obéissance. Telle est la nature de la « plénitude de sa puissance, qu'il admet à une partie de sa solli«citude les autres Églises, dont plusieurs, et surtout les Églises pa« triarcales, ont été honorées de divers priviléges par l'Église romaine, sans cependant que sa prérogative puisse être violée, << soit dans les conciles généraux, soit dans les autres. En sous⚫ crivant à ces vérités, telles qu'elles viennent d'êtres exposées, " nous admettons la foi vraie, sainte, catholique, orthodoxe; nous « confessons de cœur et de bouche la vraie doctrine, que tient, « enseigne et prêche la sainte Église romaine; nous promettons de « l'observer inviolablement, et de ne jamais nous en écarter en « aucune manière. Nous reconnaissons, nous confessons et nous acceptons la primauté de l'Église romaine, comme elle vient « d'être exprimée dans le texte de cette lettre, voulant obéir en << tout à cette Église (1). » On lut aussi dans le même concile la lettre des évêques grecs, où le pape est appelé le premier et le souverain pontife de toutes les Églises, primum et summum pontificem omnium Ecclesiarum (2).

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1159. Au concile œcuménique de Florence, en 1439, les Grecs et les Latins ont souscrit au décret d'Eugène IV, ainsi conçu . Nous définissons que le saint-siége apostolique et le pontife ro« main a la primauté sur l'univers entier; que ce même pontife

(1) Ipsa quoque sancta romana Ecclesia summum et plenum primatum et principatum super universam Ecclesiam catholicam obtinet; quem se ab ipso Domino in beato Petro apostolorum principe sive vertice, cujus romanus pontifex est successor, cum potestatis plenitudine recepisse veraciter et humiliter recognoscit. Et sicut præ cæteris tenetur fidei veritatem defendere; sic et si quæ de fide subortæ fuerint quæstiones, suo debent judicio definiri.... et eidem omnes Ecclesiæ sunt subjectæ, ipsarum prælati obedientiam et reverentiam sibi dant. Labbe, tom. xi, col. 966, etc. — (2) Ibidem, col. 970.

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- romain est le successeur du bienheureux Pierre, prince des apo« tres; qu'il est le vicaire de Jésus-Christ et le chef de toute l'Église, ⚫ le père et le docteur de tous les chrétiens; et qu'il a reçu de Notre« Seigneur, dans la personne du bienheureux Pierre, le plein pou⚫ voir de paître, régir et gouverner l'Église universelle, ainsi qu'il « est exprimé dans les actes des conciles œcuméniques (1). »

1160. Le concile de Latran, de l'an 1512, auquel le pape Pie VI donne le titre de concile général (2), et qui est généralement reçu comme tel, a approuvé la bulle du pape Léon X pour l'abrogation de la pragmatique sanction. Or, cette bulle porte : « Le Pas« teur éternel qui n'abandonnera jamais son troupeau, étant près <de quitter le monde pour retourner à son Père, a établi, sur la « solidité de la pierre, l'apôtre saint Pierre et ses successeurs pour « ses vicaires, auxquels il est tellement nécessaire d'obéir, que • celui qui ne leur obéit pas doit mourir de la mort éternelle, « suivant l'expression des Écritures. Et, comme il est dit ailleurs, « celui-là ne peut être dans l'Église, qui abandonne la chaire du pontife romain... Que ce pontife, comme ayant autorité sur tous « les conciles, ait plein droit et puissance de les indiquer, trans«férer et dissoudre, cela se constate manifestement, non-seulement par le témoignage de l'Écriture sainte, les paroles des saints Pères et des souverains pontifes nos prédécesseurs, ainsi que « par les décrets des saints canons, mais encore par la confession << manifeste des conciles (3).

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1161. Enfin le concile de Trente, le dernier concile œcuménique, appelle l'Église romaine la mère et la maîtresse de toutes les Églises, romana Ecclesia omnium Ecclesiarum mater et magis

(1) Definimus sanctam apostolicam sedem et romanum pontificem in universum orbem tenere primatum, et ipsum pontificem romanum successorem esse beati Petri, principis apostolorum, et verum Christi vicarium, totiusque Ecclesiæ caput, et omnium christianorum patrem et doctorem existere, et ipsi in beato Petro pascendi, regendi et gubernandi universalem Ecclesiam a Domino nostro Jesu Christo plenam potestatem traditam esse; quemadmodum etiam in gestis œcumenicorum conciliorum et sacris canonibus continetur. Labbe, tom. xii, col. 1167. (2) Bref de Pie VI, du 10 mars 1791, aux évêques de l'assemblée nationale. — (3) Cum solum romanum pontificem pro tempore existentem, tanquam auctoritatem super omnia concilia habentem, tam indicendorunı, transferendorum ac dissolvendorum plenum jus et potestatem habere, nedum ex sacræ Scripturæ testimonio, dictis sanctorum Patrum, ac aliorum romanorum pontificum etiam prædecessorum nostroruin, sacrorumque canonum decretis, sed propria etiam eorumdem conciliorum confessione manifeste constet. Voyez cette bulle dans la collection des conciles du P. Labbe, tom. xiv, col. 309, etc.

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